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Têtes Maories conservées en France : nouvelle vague de restitutions dans quelques jours


Têtes Maories conservées en France : nouvelle vague de restitutions dans quelques jours
WELLINGTON, jeudi 12 janvier 2012 (Flash d’Océanie) – Après une première série de cérémonies de restitutions de têtes momifiées Maori, également connues sous le nom de « Toi Moko », de France à leurs terres ancestrales de Nouvelle-Zélande, mi-mai 2011, une nouvelle série de gestes similaires est prévue pour avoir lieu le 22 janvier 2012 pour une vingtaine de pièces.
L’annonce avait été faite à l’origine par le Musée du Quai Branly, à l’occasion du vernissage, mardi 4 octobre 2011, d’une exposition intitulée « Maori : leurs trésors ont une âme » en association avec le musée néo-zélandais Te Papa Tongarewa.

Les Toi Moko figurent dans cette exposition, même si l’exposition en question avait été programmée avant le vote de la loi française autorisant le retour de ces objets vers leur pays d’origine.
La date du 22 janvier 2012 a été confirmée jeudi par l’ambassade de France à Wellington.
Comme ce fut le cas lors des précédentes cérémonies de 2011, le départ de ces têtes de France donnera lieu à une cérémonie à Paris, au Musée du quai Branly, en présence du ministre français de la culture, Frédéric Mitterrand, pour marquer la fin de l’exposition consacrée aux Maori.
Cette cérémonie devrait aussi donner lieu à la signature d’une convention entre les musées Te Papa et du Quai Branly, avec comme idée forte de « formaliser et de renforcer » les relations de coopération entre les deux établissements culturels, précise l’ambassade de France dans un communiqué.
Le 26 janvier 2012, à Wellington, l’arrivée des têtes Maori fera l’objet d’une cérémonie sur le Marae (emplacement sacré) du Musée Te Papa pour ces vingt têtes momifiées, en présence des hautes autorités locales et de l’ambassadeur de France en Nouvelle-Zélande, Francis Etienne, qui prononcera un discours au nom u gouvernement de son pays.


Première vague en mai 2011

La première vague de restitutions de ces têtes Maori au Musée néo-zélandais Te Papa (Wellington) a eu lieu le 12 mai 2011.
Le lot de têtes tatouées comprenait notamment une tête détenue depuis 1875 par le Muséum de Rouen (France).
Trois jours avant, à Rouen (France), une cérémonie officielle, en présence de délégation Maori et du gouvernement néo-zélandais, avait eu lieu afin de marquer cette restitution.
Cette cérémonie a notamment été fortement marquée par des gestes coutumiers Maori et un accueil de la délégation néo-zélandaise à l’Hôtel de Ville de Rouen par la députée-maire de Rouen, Valérie Fourneyron (considérée comme l’une des chevilles ouvrières du vote de cette loi).
Cette délégation incluait aussi Rosemary Banks, ambassadrice de Nouvelle-Zélande en France.
Une fois remise aux représentants de ce peuple premier de Nouvelle-Zélande, la tête maorie du Muséum d’Histoire Naturelle de Rouen s’est ensuite retrouvée au centre d’une cérémonie coutumière élaborée et réglée par les tribus et clans Maori et comprenant danses, hakas et hommages à l’esprit guerrier de l’ancêtre défunt.
Cette tête tatouée, désormais de retour en Nouvelle-Zélande, fera l’objet de toutes les attentions, comme toutes les autres récemment revenues, du Musée Te Papa de Wellington.
C’est en effet après un rigoureux travail d’identification, en utilisant aussi les techniques les plus avancées, que chaque tête devrait retrouver son clan (« iwi ») d’origine.
Chacune d’entre elles devrait ainsi, au terme de ce processus, être inhumée selon les rites coutumiers et ancestraux des clans d’origine.

En janvier 2012, avant le lancement du processus de transfert de ces têtes, des cérémonies similaires sont aussi prévues, a précisé Stéphane Martin, Président du Musée du Quai Branly.
Tout comme pour le lot précédent, une fois revenues sur leur sol natal, ces têtes devraient faire l’objet d’une enquête approfondie de la part du Musée Te Papa afin de tenter d’en identifier un maximum et déterminer ainsi à quels clans traditionnels Maori elles appartiennent.

Le Moko version « Têtu »

Mi-juillet 2011, les communautés Maori n’avaient pas apprécié non plus la photo de couverture du magazine français « Têtu » (magazine des communautés gay et lesbiennes), qui montrait le rugbyman français Alexis Palisson torse nu et arborant sur son menton un tatouage reproduisant des motifs se trouvant d’ordinaire sur des « Moko » et sur le torse et le dos, des tatouages d’inspiration Maori.
Le joueur français arborait aussi une lance traditionnelle.
Les réactions, en Nouvelle-Zélande, comprenait des propos faisant allusion à un « vol culturel ».
Alexis Palisson avait dû s’expliquer en précisant qu’il n’avait pas l’intention d’offenser qui que ce soit et qu’il respectait les tatouages Maori dans le contexte de la tradition à laquelle ils appartiennent.

Le Haka « abâtardi » ?

À l’occasion de la coupe du monde de rugby à XV, qui se tenait en septembre et octobre2011 en Nouvelle-Zélande, plusieurs polémiques se sont à nouveau fait jour concernant l’usage abusif d’emblème ou de signes identitaires Maori, à commencer par le fameux « haka », le « Ka Mate », chant guerrier des All Blacks et dont plusieurs équipes régionales et internationales ont utilisé le vocable pour désigner leur version de ce prélude aux matches, sans vraiment en connaître la vraie signification spirituelle.
Certains, dont chef Maori Peter Love, n’ont pas hésité à parler d’un « abâtardissement » et d’un « détournement » de cette coutume ancestrale, au contact du culte mondial du rugby.



Un long combat politique en France

Têtes Maories conservées en France : nouvelle vague de restitutions dans quelques jours
Au plan français, ces restitutions, depuis le vote d’une loi les autorisant en 2010,
marquent aussi la fin d’une longue polémique concernant ces restes humains détenus par des établissements français.
Outre la vingtaine de têtes du Musée du Quai Branly, d’autres de ces objets, détenus dans d’autres établissements français (La Rochelle, Lyon, Rochefort, Dunkerque, Rouen, Lille, Marseille, Montpellier, Nantes) devrait aussi retrouver le chemin de la Nouvelle-Zélande courant 2012.
Deux autres têtes Maori momifiées « Toi Moko », jusqu’ici détenues par des établissements culturels norvégiens, ont été restituées début mai 2011 à une délégation néo-zélandaise venue spécialement pour l’occasion recevoir ce bien culturel des mains des responsables du Muséum d’Histoire Culturelle d’Oslo, où elles se trouvaient depuis les années 1930 au rayon ethnographie.
Mi-mars 2011, le Muséum d’histoire naturelle de Londres a pour sa part restitué les restes humains de 138 Aborigènes d’Australie originaires du Détroit de Torrès (extrême Nord du pays).
Pour la France, le facteur déclenchant remonte à mai 2010, lorsque l’Assemblée Nationale française a adopté un texte de loi qui scelle définitivement le processus de restitution à la Nouvelle-Zélande de têtes Maori momifiées se trouvant dans des musées français.
« Depuis 2003, les autorités néo-zélandaises ont suivi une politique visant à faciliter le rapatriement des Toi Moko et des « koiwi tangata Maori » (les restes d’ancêtres Maori) se trouvant dans les musées à travers le monde. Les Toi moko et les koiwi tangata de certaines collections de musées d’objets océaniens datant du dix neuvième siècle. À ce jour, quelque trente neuf institutions à travers le monde ont collaboré dans le cadre de rapatriements similaires », rappelait alors le gouvernement néo-zélandais, tout en saluant le vote français de cette loi.
Au plan mondial, sur un total d’environ cinq cent têtes Maori « expatriées » à travers le monde, près de trois cent ont déjà été rapatriées en Nouvelle-Zélande, notamment du Royaume-Uni et des États-Unis.

La gratitude du gouvernement néo-zélandais

« Cette décision de la part du Parlement français reconnaît l’importance culturelle et spirituelle qu’attache la Nouvelle-Zélande, et en particulier le peuple Maori, de ramener les Toi Moko chez eux, sur leurs terres ancestrales. La Nouvelle-Zélande apprécie ce geste. C’est une question de grande importance pour les Maori, qui croient que, à travers ce retour de leurs ancêtres sur leur sol ancestral, leur dignité s’en trouve rétablie, et que désormais, ils peuvent reposer en paix parmi les leurs », soulignait en mai 2010 le gouvernement néo-zélandais après le vote de la loi française donnant le feu vert à la restitution des têtes.
Ce dossier avait suscité une vive polémique ces quatre dernières années, avec en fer de lance, du côté des partisans de cette restitution, la ville de Rouen et son Muséum d’Histoire Naturelle hébergeant une de ces têtes.
En octobre 2007, une polémique s’était fait jour après que Christine Albanel, alors ministre de la culture, se soit opposée à l’intention de restitution exprimée par Rouen.

Le Sénat, première étape franchie en 2009

Fin juin 2009, le Sénat français s’était prononcé unanimement en faveur d’une motion proposant le retour et de fait la restitution de l’ensemble des têtes momifiées Maori, conservées jusqu’ici dans plusieurs musées de France, sur la base qu’il ne s’agissait non pas d’objets d’arts, mais de restes humains.
La mise aux voix de ce texte avait été précédée de la première intervention devant le Sénat du ministre français de la culture, Frédéric Mitterrand, nommé quelques jours auparavant.
La ville de Rouen s’apprêtait alors à renvoyer la tête d’un grand chef Maori, qu’elle détenait depuis 1875, au musée néo-zélandais Te Papa.
Cette notion avait, en 2009, suscité l’opposition de la ministre de la Culture Christine Albanel, sur la base de craintes selon lesquelles cette décision pourrait ouvrir une sorte de boîte de Pandore.
À l’époque, Christine Albanel s’inquiétait en effet d’une remise à l’ordre du jour d’une procédure visant à rendre obsolète la notion d’ « inaliénabilité » des collections des musées français, qui pourrait alors, de fait, concerner des pièces-clés des collections de musées français, comme par exemple des momies égyptiennes.
À l’origine du texte présenté aux députés : la Sénatrice (Centre) de la Seine-Maritime et conseillère municipale de la ville de Rouen, Catherine Morin-Dessailly.
Ces têtes de personnes tatouées et ensuite momifiées (connues en Nouvelle-Zélande sous le nom de « toi moko « ) sont reconnues dans la culture Maori comme un hommage posthume de la part d’une tribu ou d’un clan envers les plus prestigieux de leurs guerriers décédés.
« À l'origine pratique rituelle (…) la momification des têtes est devenue, sous l'effet de la curiosité macabre des voyageurs et des collectionneurs européens, l'objet d'un commerce particulièrement barbare (…) On ne construit pas une culture sur un trafic, sur un crime.
On construit une culture sur le respect et l'échange, sur une véritable pratique de la mémoire », avait affirmé M. Mitterrand avant le vote des Sénateurs, le 30 juin 2009.

pad

Documents ressource :
LOI n° 2010-501 du 18 mai 2010 visant à autoriser la restitution par la France des têtes maories à la Nouvelle-Zélande et relative à la gestion des collections (1)

À l’adresse suivante :
http://www.senat.fr/basile/visio.do?id=d528606&idtable=d44293920090629_13|d128606-66793_5|d075282|d078852|d528606&_c=maori&rch=ds&de=20080506&au=20110506&dp=3+ans&radio=dp&aff=28606&tri=p&off=0&afd=ppr&afd=ppl&afd=pjl&afd=cvn|d128606-66793_5|d075282|d078852|d528606&_c=maori&rch=ds&de=20080506&au=20110506&dp=3+ans&radio=dp&aff=28606&tri=p&off=0&afd=ppr&afd=ppl&afd=pjl&afd=cvn

Rédigé par PAD le Jeudi 12 Janvier 2012 à 05:51 | Lu 1519 fois