Le projet d’aménagement du site classé de Taputapuātea a fait l’objet d’une présentation publique mardi soir à Raiatea. Le planning prévoit un début du chantier en janvier 2027.
Raiatea, le 25 février 2026 - Attendu de longue date, le projet d’aménagement du site du marae de Taputapuātea de Raiatea a été présenté mardi soir lors d'une réunion publique. Un ambitieux projet, pour ce site classé au patrimoine mondial de l’Unesco, mais dont la mise en œuvre nécessitera divers ajustements s’il veut répondre aux attentes des prestataires touristiques et des habitants.
Mardi soir, une petite centaine d'habitants et d'acteurs locaux étaient présents au Fare Ofe pour la présentation du projet d’aménagement du site du marae de Taputapuātea.
Le projet présenté s'avère très ambitieux et pour le moins séduisant au premier abord. Organisé autour d'un centre d'interprétation qui s'implantera sur le site de Fare Ofe – initialement terrain municipal qui fait l'objet d'un échange avec le pays –, il s'attache à préserver le site tout en permettant aux visiteurs de l'aborder dans la sérénité et munis des connaissances nécessaires à une bonne compréhension de son importance tant culturelle que cultuelle.
S'informer avant de visiter
L'aménagement présenté s'organise en quatre espaces. Côté Fare Ofe, qui deviendrait la porte d'entrée du site, autour d'une place centrale, sont prévus un fare d'introduction, un centre d'interprétation, ainsi que des espaces réservés pour la vente d'artisanat, un stand de tatouage et une zone de restauration. Les parkings bus et voitures seraient situés côté montagne, de l'autre côté de la route.
Après la projection d'un film de 8 minutes dans le bâtiment de présentation, les visiteurs seraient amenés à cheminer le long d'un parcours courant le long de la plage jusqu'au site lui-même, soit sur environ 250 mètres. Une déambulation jalonnée d'arrêts permettant d'en apprendre sur le site grâce à un système d'audioguides qui se prolongera sur le site lui-même, avec une petite vingtaine de bornes d'information. L'objectif étant de permettre aux visiteurs de “passer du profane au sacré” avant d'entrer sur le site des marae.
Le sacré préservé
Au retour de la visite un fare d'interprétation, réalisé en lien avec le musée de Tahiti et les équipes scientifiques qui sont associées au projet, permettra aux visiteurs d'en apprendre un peu plus sur le site mais aussi sur la civilisation polynésienne, ses origines et la place qu'occupe ce marae de Raiatea. À l'image des autres fare du site, l'architecture du bâtiment est pensée dans le respect de l’habitat local avec de grands volumes, des poutres apparentes ainsi que des toitures végétales en pandanus. En son sein, panneaux explicatifs, herbiers, projections et artefacts selon une muséographie qui rappelle celle du Fare Pote'e de Maeva à Huahine permettra de satisfaire les visiteurs désireux d'approfondir leurs connaissances.
L’espace des marae ne serait que très peu impacté par ce nouvel aménagement dans une volonté affichée d'en préserver l'environnement. Les remblais seront limités dans le seul but d’améliorer le parcours de la visite et mettre hors d'eau les passages en zones un peu marécageuses. L'actuel aménagement côté montage perdurerait, devenant une “zone technique” avec l'ajout d'un nouvel entrepôt.
Un projet “hors sol” ?
Réflexion en amont, quête de sens, souci de préservation et aménagement paysager sans dénaturer sont les principes qui ont servi de lignes directrices pour la conception d’un projet dont on pouvait espérer qu'il ferait l'unanimité.
Mais, comme cela a étonné mardi, dans la longue liste des personnes consultées pour le projet inutile de chercher un représentant de l'office de tourisme ou des croisiéristes alors que la centaine de touchers de paquebots a représenté plus de 110 000 touristes en 2025 dont une bonne part s’est rendue sur le site de Taputapuātea.
D'autant que les prestataires présents, habitués à travailler avec cette clientèle, ont d'entrée souligné un point important : l'âge de ces touristes. Il semble difficile, même sur un cheminement partiellement ombragé, d'envisager de faire parcourir plus d'un demi-kilomètre sous nos latitudes tropicales à ces visiteurs potentiels. De plus, leur temps de visite étant restreint – en général environ 3h30, sachant que l'aller-retour depuis le quai de Uturoa prend déjà 1h30 –, une visite d'une durée minimum de 1h30, telle qu’envisagée, leur semble inadaptée, voire déconnectée de la réalité.
Gestionnaire indéterminé et accès payant “en concertation”
Les représentants présents ont néanmoins tenté de rassurer sur ces points en indiquant qu'une possibilité de dépose des touristes âgés ou à mobilité réduite serait envisageable à proximité immédiate du site, à savoir le lieu d'accueil actuel. Un tel procédé se ferait donc au détriment non seulement de toute l'installation à vocation culturelle, mais aussi des commerces d'artisanat et de la zone de restauration, pour des touristes au fort pouvoir d'achat.
En outre la pérennisation d'un tel dispositif resterait suspendue au bon vouloir du gestionnaire du site car, ainsi que l’a souligné l'un des intervenants, “celui qui paie a le contrôle”. Un gestionnaire qui n'est d'ailleurs à ce jour aucunement évoqué, sa structure même – établissement public, privé, mixte ? – n'étant pas établie, pas plus d'ailleurs que l'option d'un accès payant au site nouvellement aménagé dont les modalités sont encore en concertation.
Dans un autre registre, certains des auditeurs présents n’ont pas manqué d'interroger sur des préoccupations au plus proche des habitants. Cette hausse de fréquentation attendue pourra-t-elle encore garantir la sérénité de ce site sacré ? Les lieux actuels de villégiature de fin de semaine des familles, le Fare Ofe, la plage du marae, sont donc appelés à faire partie intégrante du nouvel aménagement. Des solutions ont-elles été prévues pour remplacer ces sites ? Qu'en sera-t-il des cérémonies religieuses régulièrement demandées par les visiteurs mā'ohi qui se font aujourd’hui sur simple demande administrative ? Nombre de questions demeurent donc en suspens.
Dans ces circonstances, le calendrier de travail présenté, qui envisage un dépôt du permis de construire courant mars 2026 pour un début de travaux en janvier 2027 interroge. L'arrivée prochaine au Fenua d'Elisabeth Cayrel, du cabinet SIA-Heritage spécialisé dans les plans de gestion des sites inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco, pour recueillir les observations sera peut-être aussi l’occasion d’apporter des réponses aux sceptiques : “Il faudra voir une fois l'exploitation lancée” et “il est encore temps de modifier pour adapter aux habitudes mais je ne peux pas dire que les habitudes ne devront pas changer”. Elle s'inscrit dans une volonté affichée d'inciter la population à faire connaître ses réserves et “observations” : “Nous sommes ici pour recueillir votre aval.” Préserver l'esprit du site, ses caractères cultuels et culturels mais aussi faire bénéficier la population locale des attraits nés de ce futur aménagement. Le projet est ambitieux et mérite sans doute qu'on s'y attarde encore.
Mardi soir, une petite centaine d'habitants et d'acteurs locaux étaient présents au Fare Ofe pour la présentation du projet d’aménagement du site du marae de Taputapuātea.
Le projet présenté s'avère très ambitieux et pour le moins séduisant au premier abord. Organisé autour d'un centre d'interprétation qui s'implantera sur le site de Fare Ofe – initialement terrain municipal qui fait l'objet d'un échange avec le pays –, il s'attache à préserver le site tout en permettant aux visiteurs de l'aborder dans la sérénité et munis des connaissances nécessaires à une bonne compréhension de son importance tant culturelle que cultuelle.
S'informer avant de visiter
L'aménagement présenté s'organise en quatre espaces. Côté Fare Ofe, qui deviendrait la porte d'entrée du site, autour d'une place centrale, sont prévus un fare d'introduction, un centre d'interprétation, ainsi que des espaces réservés pour la vente d'artisanat, un stand de tatouage et une zone de restauration. Les parkings bus et voitures seraient situés côté montagne, de l'autre côté de la route.
Après la projection d'un film de 8 minutes dans le bâtiment de présentation, les visiteurs seraient amenés à cheminer le long d'un parcours courant le long de la plage jusqu'au site lui-même, soit sur environ 250 mètres. Une déambulation jalonnée d'arrêts permettant d'en apprendre sur le site grâce à un système d'audioguides qui se prolongera sur le site lui-même, avec une petite vingtaine de bornes d'information. L'objectif étant de permettre aux visiteurs de “passer du profane au sacré” avant d'entrer sur le site des marae.
Le sacré préservé
Au retour de la visite un fare d'interprétation, réalisé en lien avec le musée de Tahiti et les équipes scientifiques qui sont associées au projet, permettra aux visiteurs d'en apprendre un peu plus sur le site mais aussi sur la civilisation polynésienne, ses origines et la place qu'occupe ce marae de Raiatea. À l'image des autres fare du site, l'architecture du bâtiment est pensée dans le respect de l’habitat local avec de grands volumes, des poutres apparentes ainsi que des toitures végétales en pandanus. En son sein, panneaux explicatifs, herbiers, projections et artefacts selon une muséographie qui rappelle celle du Fare Pote'e de Maeva à Huahine permettra de satisfaire les visiteurs désireux d'approfondir leurs connaissances.
L’espace des marae ne serait que très peu impacté par ce nouvel aménagement dans une volonté affichée d'en préserver l'environnement. Les remblais seront limités dans le seul but d’améliorer le parcours de la visite et mettre hors d'eau les passages en zones un peu marécageuses. L'actuel aménagement côté montage perdurerait, devenant une “zone technique” avec l'ajout d'un nouvel entrepôt.
Un projet “hors sol” ?
Réflexion en amont, quête de sens, souci de préservation et aménagement paysager sans dénaturer sont les principes qui ont servi de lignes directrices pour la conception d’un projet dont on pouvait espérer qu'il ferait l'unanimité.
Mais, comme cela a étonné mardi, dans la longue liste des personnes consultées pour le projet inutile de chercher un représentant de l'office de tourisme ou des croisiéristes alors que la centaine de touchers de paquebots a représenté plus de 110 000 touristes en 2025 dont une bonne part s’est rendue sur le site de Taputapuātea.
D'autant que les prestataires présents, habitués à travailler avec cette clientèle, ont d'entrée souligné un point important : l'âge de ces touristes. Il semble difficile, même sur un cheminement partiellement ombragé, d'envisager de faire parcourir plus d'un demi-kilomètre sous nos latitudes tropicales à ces visiteurs potentiels. De plus, leur temps de visite étant restreint – en général environ 3h30, sachant que l'aller-retour depuis le quai de Uturoa prend déjà 1h30 –, une visite d'une durée minimum de 1h30, telle qu’envisagée, leur semble inadaptée, voire déconnectée de la réalité.
Gestionnaire indéterminé et accès payant “en concertation”
Les représentants présents ont néanmoins tenté de rassurer sur ces points en indiquant qu'une possibilité de dépose des touristes âgés ou à mobilité réduite serait envisageable à proximité immédiate du site, à savoir le lieu d'accueil actuel. Un tel procédé se ferait donc au détriment non seulement de toute l'installation à vocation culturelle, mais aussi des commerces d'artisanat et de la zone de restauration, pour des touristes au fort pouvoir d'achat.
En outre la pérennisation d'un tel dispositif resterait suspendue au bon vouloir du gestionnaire du site car, ainsi que l’a souligné l'un des intervenants, “celui qui paie a le contrôle”. Un gestionnaire qui n'est d'ailleurs à ce jour aucunement évoqué, sa structure même – établissement public, privé, mixte ? – n'étant pas établie, pas plus d'ailleurs que l'option d'un accès payant au site nouvellement aménagé dont les modalités sont encore en concertation.
Dans un autre registre, certains des auditeurs présents n’ont pas manqué d'interroger sur des préoccupations au plus proche des habitants. Cette hausse de fréquentation attendue pourra-t-elle encore garantir la sérénité de ce site sacré ? Les lieux actuels de villégiature de fin de semaine des familles, le Fare Ofe, la plage du marae, sont donc appelés à faire partie intégrante du nouvel aménagement. Des solutions ont-elles été prévues pour remplacer ces sites ? Qu'en sera-t-il des cérémonies religieuses régulièrement demandées par les visiteurs mā'ohi qui se font aujourd’hui sur simple demande administrative ? Nombre de questions demeurent donc en suspens.
Dans ces circonstances, le calendrier de travail présenté, qui envisage un dépôt du permis de construire courant mars 2026 pour un début de travaux en janvier 2027 interroge. L'arrivée prochaine au Fenua d'Elisabeth Cayrel, du cabinet SIA-Heritage spécialisé dans les plans de gestion des sites inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco, pour recueillir les observations sera peut-être aussi l’occasion d’apporter des réponses aux sceptiques : “Il faudra voir une fois l'exploitation lancée” et “il est encore temps de modifier pour adapter aux habitudes mais je ne peux pas dire que les habitudes ne devront pas changer”. Elle s'inscrit dans une volonté affichée d'inciter la population à faire connaître ses réserves et “observations” : “Nous sommes ici pour recueillir votre aval.” Préserver l'esprit du site, ses caractères cultuels et culturels mais aussi faire bénéficier la population locale des attraits nés de ce futur aménagement. Le projet est ambitieux et mérite sans doute qu'on s'y attarde encore.

































