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Taaria Walker, "la femme Rurutu porteuse de savoirs", est décédée



PAPEETE, le 2 février 2018. Taaria Walker est décédée jeudi soir à l'âge de 87 ans. Taaria Walker était une femme Rurutu porteuse de nombreux savoirs. Une veillée est prévue au domicile familial à Hamuta à partir de 18h30. La levée du corps est prévue ce samedi matin à 9h30. Elle sera ensuite inhumée dans le cimetière familial.

Son père s’appelait Tuarii Uura, il venait d’une famille idolâtre et il ne savait écrire que son nom. Sa mère se nommait Rumepa Mateau, c’était une femme éduquée et protestante. Taaria Walker était une femme Rurutu, issue d’une famille nombreuse de huit enfants. Elle a eu 6 enfants. C'est notamment la maman de Sunny Walker.

Taaria Walker avait écrit « Rurutu, Mémoires d’avenir d’une île australe », paru en 1999 aux éditions Haere Po.


Ariirau Richard-Vivi avait rencontré en 2015 Taaria Walker

À l’origine, Rurutu, Mémoires d’avenir d’une île australe a été écrit en tahitien pour un concours sur la langue tahitienne. Taaria s’est inscrite à ce concours, sans vraiment penser qu’elle transmettrait des histoires et surtout une Histoire avec un grand H, celle de l’île de Rurutu aux Australes; son objectif premier était la langue tahitienne. Quand elle a gagné le prix du concours, Taaria Walker a été interpellée par une écrivaine tahitienne qui lui a reproché de ne pas être tahitienne mais Rurutu, « Tu n’aurais pas dû avoir ce prix, tu n’es pas Tahitienne, tu es Rurutu ! Je suis sûre que tu as fait des fautes » Mais ça n’était pas connaître Taaria qui a vite recadré les choses avec son franc parler et l’infirmière a répondu à la professeure: « Et toi donc ? Si tu es Tahitienne, pourquoi TU n’as pas gagné?! Moi je vais toujours à l’école du dimanche, là on lit la bible en Tahitien, c’est pour ça que je sais bien écrire en Tahitien ! En bon Tahitien ! Mon Tahitien c’est le Tahitien de la bible… » Si Taaria ne se souvient pas de tout, elle se souvient de ça, car elle est avant tout une femme RURUTU qui a fait l’effort d’écrire en Tahitien, le contraire ne s’est jamais vu. L’humilité et le travail sont des valeurs qui ont forgé sa vie : Il faut savoir féliciter les gens qui travaillent et qui sont méritants.

« Mon père parlait comme un prophète, comme la plupart des Rurutu, mais ne savait ni lire ni écrire… à cause de son ignorance il n’a jamais pu être membre de l’église car il ne savait pas lire la bible »

Dès sa plus tendre enfance, son tempérament et sa joie de vivre l’ont démarquée des autres. En 1942, elle n’a que 12 ans lorsqu’elle s’enfuit de l’école où elle est pensionnaire pour rejoindre son père souffrant à Rurutu. Alors qu’il est sur le point d’être ébouillanté dans une pirogue, pour « enlever le mal », selon la décision du tahu’a Matamoni de Avera, la jeune Taaria et sa sœur aînée réussissent à détourner les plans du sorcier Matamonien empêchant les adultes de porter son père, Tuarii, dans cette pirogue. Cet événement lui fait prendre de la distance par rapport aux pratiques païennes. Taaria a toujours eu un esprit libre, elle adore ce père dont elle ne porte pas le nom « Uura », ceci à cause d’une entourloupe culturelle dont elle parle dans son 1er et seul livre publié à présent, qui a reçu un prix spécial du Festival de Ouessant.

Tous les Uura de Rurutu descendent du peuple inca dont quelques rescapés sont arrivés sur l’île dans les temps anciens lorsque leur population a été décimée par les conquistadors. C’est grâce à ce père qui ne sait pas écrire que Taaria va pouvoir poursuivre ses études à Papeete. Le souvenir de Tuarii Uura reste en elle avec une immense tendresse et une éternelle reconnaissance. Malgré la différence de croyance et d’éducation, il adorait sa femme Rumepa. Après ses études à Tahiti, Taaria retournera à RURUTU pour être infirmière et y rencontrera son époux Clet Walker, alors instituteur : « Il était beau et si élégant ! C’était un homme travailleur et bon, son seul problème était qu’il était très jaloux. Mais il était toujours bien rasé et impeccable ! »Taaria a mis au monde ses 3 premiers enfants seule, à Rurutu, et son mari Clet Walker l’a aidée en suivant scrupuleusement les directives de cette ancienne infirmière.

Taaria Walker est avant tout une femme Rurutu. Dans les années soixante, elle arrive dans la vallée de Hamuta avec son époux Clet Walker, mais cette nouvelle vie à Tahiti n’est pas de tout repos : « Les Tahitiens étaient racistes contre moi, on se moquait de moi « Rurutu, sauvage ! », il y avait de la médisance mais heureusement que mon mari ne faisait pas attention aux ragots, ça ne lui faisait rien si on venait lui dire du mal de moi, il ne se laissait pas influencer par les mauvaises langues. Heureusement que je travaillais aussi, c’était important »

Lorsque je dis à Taaria Walker, vous êtes une « porteuse de savoirs », elle me répond : « Mais je n’ai plus de mémoire, j’ai tout oublié ou presque. Je faisais partie du conseil des sages de Rurutu, mais le conseil des Sages n’existe plus, les anciens sont soit vieux, ou morts, chacun fait son association, ce n’est plus comme avant. … Ce que j’ai écrit dans mon livre, on ne le connaît pas à l’extérieur, je l’ai appris dans les réunions, où on racontait les histoires d’autrefois. Aujourd’hui, on ne se regroupe plus pour parler des histoires du passé ou même pour parler de ce qu’on a fait dans la journée. C’est perdu. Il n’y a que moi qui restais, j’aimais bien écouter les vieux, j’adorais… dès fois les vieux se disputaient entre eux et puis au fil des discussions, ils trouvaient les bons termes. Dès que je rentrais à la maison, j’écrivais tout, et c’est comme ça que j’ai eu les histoires qui ont fait l’Histoire de mon île Rurutu. Aujourd’hui, la transmission ça n’est pas le fait de ne pas vouloir, mais aussi c’est parce que les vieux oublient … J’aime bien raconter des histoires, mais je ne me souviens plus de tout. »


En août 1999, le 1er salon du livre insulaire de Ouessant crée un prix spécial pour un petit livre qui regorge d’histoires inconnues au monde, celui de Taaria Walker : « Rurutu, Mémoires d’avenir d’une île australe » est un livre précieux du patrimoine polynésien, écrit par une femme Rurutu, porteuse de savoir.

Taaria Walker, l’enfant de Tuarii Uura et de Rumepa Mateau, née en octobre 1930 sur l’île de Rurutu, a parcouru un long chemin et elle le poursuit, fidèle à elle-même, portant sur elle, les couleurs de sa vie, elle nous montre humilité, gentillesse et elle nous incite au respect des cultes, quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent.

Message de condoléances du ministre de la Culture suite au décès de Madame Taaria Walker, dite « Mama Pare »

"C’est avec regret que nous avons appris vendredi matin le décès de Madame Taaria Walker, dite « Mama Pare », figure emblématique de la vie associative et culturelle des îles Australes, auteur émérite et chevalier dans l’ordre de Tahiti Nui.
Mama Pare, était une femme remarquable, qui a eu, tout au long de sa vie un parcours volontaire et actif. Originaire de Rurutu et issue d’une famille de douze enfants, c’était une femme de cœur très impliquée de la vie de son île.
Son action associative en faveur des artisans et de la culture est connue et reconnue. Elle a été la fondatrice de plusieurs associations artisanales, contribuant ainsi au maintien de cette activité si caractéristique des îles Australes.
Bien qu’elle écrive avant tout pour le plaisir, elle était surtout inspirée par une volonté de perpétuer la mémoire des Australes. Son œuvre principale « Rurutu, mémoires d’avenir d’une île Australe » a fait découvrir horizons et coutumes qui étaient jusqu’alors peu connus. Elle nous a décrit très précisément Rurutu, ses origines, ses recettes typiques, ses coutumes et ses cultures. Ses mots sont à jamais l’héritage d’une femme dépositaire de la mémoire des Australes.
A sa famille, à ses proches, le gouvernement adresse ses plus sincères condoléances."

Rédigé par Ariirau RICHARD-VIVI le Vendredi 2 Février 2018 à 08:47 | Lu 4793 fois





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