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Samuel Garcia : “Construire des habitudes”


Samuel Garcia, toujours présent pour prodiguer les bons conseils à ses joueurs.
Samuel Garcia, toujours présent pour prodiguer les bons conseils à ses joueurs.
Tahiti, le 16 février 2026 - Après un mois de compétition, l’entraîneur de Tahiti United, Samuel Garcia, est revenu pour Tahiti Infos sur les débuts de son équipe dans la Pro League. Une aventure extraordinaire et unique pour ses joueurs, qui ont dû s’adapter à ce changement de vie, au niveau de jeu, à l’exigence, mais aussi à un éloignement difficile. Grâce à son expérience, le coach a su construire patiemment des habitudes pour performer dans ce championnat. Et le résultat commence à se faire ressentir.
 
Samuel, cela fait un mois que la compétition a commencé. Vous êtes rentrés quelques jours pour vous ressourcer, j’imagine que cela vous a fait du bien ?
“C’était important pour tout le monde de retrouver sa famille et ses amis. On savait que, pour certains, ce ne serait pas évident de partir aussi longtemps. On a mis en place des choses entre nous pour justement exprimer les ressentis de chacun, afin que l’on aborde tous les sujets, et notamment celui-là. C’est important pour le groupe, surtout quand on est loin de chez soi aussi longtemps.”
 
Qu’est-ce que vous avez ressenti quand vous êtes arrivés en Nouvelle-Zélande pour la première étape ?
“La première des choses, c’est qu’on est vraiment contents de participer à cette compétition. Le chemin pour y arriver a été long et difficile, mais maintenant qu’on y est, on est vraiment fiers de s’être battus pour ce projet. Car emmener nos joueurs dans cette aventure, ça ne sera que du positif pour le football polynésien. On est rentrés de plain-pied dans le professionnalisme et c’est une expérience incroyable. On joue dans des stades magnifiques, on est logés dans de très bonnes conditions, on s’entraîne dans des infrastructures de haut niveau. L’OFC a fait les choses en grand pour cette compétition.”
 
Durant cette période, vous avez disputé cinq matchs, avec une victoire, deux nuls et deux défaites. C’est plutôt positif, surtout que vous êtes montés en puissance au fil des rencontres ?
“Quand on est arrivés, on n’avait aucun repère. D’entrée, on joue South Melbourne, qui est champion d’Australie. Beaucoup nous voyaient prendre une raclée, surtout qu’on est arrivés tard et qu’on n’a pas pu commencer les entraînements à la date que l’on voulait. Mais j’ai la chance d’avoir un groupe de joueurs très sérieux et très impliqués. Je peux aussi m’appuyer sur un staff compétent et investi. Et finalement, à la fin de ce match, on a bien vu qu’il y avait un écart entre eux et nous, c’est normal, mais pas si important que ça. Ça nous a mis en confiance, car on a dû tous, moi y compris, entrer dans cette compétition qui est complètement différente de ce qu’on avait vécu avant. Des terrains parfaits, une forte médiatisation, c’est aussi un nouveau cadre de travail que nous avons dû mettre en place. Et dans le jeu, notre manque de préparation nous a apporté quelques carences dans l’utilisation du ballon. Mais le temps fait que nous sommes en train de gommer ces petites imperfections et les choses se mettent en place naturellement.”
 
Comment organisez-vous vos journées ?
“On s’entraîne tous les jours. Après, on gère car on joue tous les trois jours et il faut ménager les organismes, surtout quand il fait très chaud. Donc on met des contenus adaptés, on fait beaucoup de vidéos et de récupération. On fait pas mal de travail musculaire spécifique pour renforcer des zones essentielles à la pratique du football de haut niveau. On travaille aussi sur les habitudes, qu’elles soient sportives ou alimentaires, sur une discipline personnelle qui va permettre à chacun de prendre soin de lui. On met également en place des moments de travail sur la vie en communauté pour que tout le monde vive cette aventure de la meilleure des manières. C’est donc très chargé, mais on a aussi pris le temps de sortir du football pour s’évader un peu. On est allés dans une école en Papouasie Nouvelle-Guinée pour aller à la rencontre des enfants, c’était vraiment bien.”
 
Justement, quand vous parlez de prendre de bonnes habitudes, c’est aussi un pas vers le professionnalisme ?
“Oui, bien sûr. On est en train de procéder à un changement dans les habitudes de nos joueurs. On veut leur faire comprendre qu’ils peuvent vivre normalement, tout en prenant conscience qu’ils sont devenus des professionnels et donc qu’il y a des habitudes à adopter. Par exemple, quand ils ont du temps libre, et ils en ont car c’est primordial pour leur mental, ils peuvent vivre normalement, mais en faisant attention à ce qu’ils mangent et à ce qu’ils boivent. Si on veut performer et ne pas vivre cette compétition dans les bas-fonds du classement, il faut comprendre et accepter certaines conditions. Et on est très contents, car on voit une progression dans les mentalités depuis qu’on est partis. Donc on sait qu’ils ont conscience de tout ça et que, petit à petit, les choses vont se mettre en place.”
 
Cette évolution et cette entrée progressive dans le professionnalisme se sont fait ressentir, notamment lors des dernières rencontres ?
“Oui, c’est vrai, surtout depuis le début du deuxième bloc. On commence à voir un jeu qui nous ressemble. On a beaucoup travaillé sur la déformation de notre bloc quand on a le ballon, sur nos circuits préférentiels pour mieux l’utiliser. On était déjà assez en place sans ballon et il faut vraiment que notre organisation offensive trouve sa place. On n’est pas encore totalement dans la pleine maîtrise de notre système de jeu, mais on y arrive. Notre victoire contre Bula valide la progression de notre projet, mais maintenant il va falloir confirmer lors de la troisième étape en Australie. Ça ne sera pas simple car on a un gros bloc avec South Island United, South Melbourne et Auckland FC, les trois grosses écuries du championnat. Mais nos objectifs sont clairs et bien définis. Après, si ça ne se passe pas comme prévu, on ne va rien remettre en cause, car notre projet est solide et il demande du temps, on le sait. Il faut être patients et continuer de construire, pierre après pierre.”


Rédigé par Manu Rodor le Lundi 16 Février 2026 à 13:51 | Lu 689 fois