Tahiti Infos

Rétrospective politique de l'année 2025


Tahiti, le 5 janvier 2026 - Que retenir de l'année écoulée ? Tahiti Infos livre une série de rétrospectives thématiques consacrées à l'actualité de l'année 2025 et vous propose aujourd'hui une sélection des événements qui auront marqué la vie politique du fenua.

2025 en quelques dates…

28 janvier : Tematai Le Gayic fait son “coming out” diplomatique sur les réseaux sociaux en dénonçant les manœuvres de Bakou et en appelant son parti, le Tavini, à ne “pas tomber dans le piège”.
 
15 mars : L’ancien numéro 2 du gouvernement Frith, Tearii Alpha, prend son envol politique et crée son propre parti.
 
10 avril : Les présidents du Pays et de l’assemblée promettent de s’attaquer à la lutte contre la cherté de la vie lors de leurs discours d’ouverture de la session administrative.
 
25 mai : Le Pays devient actionnaire d’Air Moana avec l’acquisition symbolique de 54 actions pour un montant de 5 670 francs.
 
17 juin : Union sacrée des autonomistes autour du 29 juin, fête de l’autonomie supprimée par le gouvernement Brotherson.
 
29 juillet : Le gouvernement présente son grand plan de décentralisation de l’administration vers le sud de l’île de Tahiti. Un projet à 27 milliards de francs décliné en trois phases sur 12 ans.
 
30 juillet : Le président du Pays annonce la démission de sa ministre de la Jeunesse et des Sports, en charge de la prévention de la délinquance, Nahema Temarii. Elle sera remplacée par Kainuu Temauri.
 
8 août : L’ancienne élue du Tavini, Tina Cross, sort du bois et tire à boulets rouges sur Antony Géros et Vito Maamaatuaiahutapu qu’elle accuse de “sabotage” contre le gouvernement et la majorité Tavini.
 
11 octobre : Lionel Lao est élu à la tête du Taatira no te Hau et succède ainsi à Charles Fong Loi.
 
24 octobre : Le directeur général de TNTV, Karl Tefaatau, démissionne quelques semaines après le décès du directeur général délégué, Yves Haupert.
 
25 novembre : La représentante électron libre du Tavini, Hinamoeura Morgant-Cross, est officiellement exclue du groupe Tavini à l’assemblée.
 
16 décembre : Le tribunal administratif rejette la création de la commission d’enquête d’Antony Géros censée évaluer la “valeur” de la Polynésie française.
 
30 décembre : Le Conseil constitutionnel valide la modification de l’article 43-2 de la loi organique permettant aux tāvana d’avoir des compétences élargies.
 

C’était le 30 mars : Ahip souffle ses trois bougies et met le cap sur les communales

Réuni en congrès annuel à Mama’o devant près de 200 personnes, le parti de Nicole Sanquer a soufflé sa troisième bougie et affiché une ambition claire : s’implanter enfin dans les communes, où il reste largement absent, à un an des élections municipales.
 
Né des dissensions avec le Tapura durant la crise Covid, Ahip a rappelé, lors de son congrès annuel, le chemin parcouru depuis 2022. Après des débuts difficiles lors des législatives, le jeune parti est parvenu à s’imposer comme la troisième force politique à Tarahoi, avant de décrocher un siège à l’Assemblée nationale lors des législatives anticipées, dans le cadre de la plateforme Amui tatou. Mais malgré cette progression institutionnelle, il lui manque toujours une assise communale.
 
Objectif affiché : obtenir 30 % des sièges dans les conseils municipaux, sans nécessairement viser les mairies. La stratégie sera pragmatique et locale : listes d’union là où des projets communs existent, candidatures autonomes ailleurs. Un “grand test”, selon Nicole Sanquer et Nuihau Laurey, qui doit permettre de préparer les territoriales de 2028. Tout en ménageant encore ses partenaires autonomistes, Ahip assume sa volonté de préserver son ADN en vue de ces prochaines échéances, sachant que les municipales seront aussi décisives en vue des sénatoriales de 2026, les élus communaux constituant le corps électoral. Une étape clé pour transformer l’essai politique d’Ahip.

C’était le 6 avril : Congrès du Tavini : Deux générations, deux visions, un seul objectif

Réuni à Vaitupa devant un peu plus de 500 militants, le congrès du Tavini Huiraatira a surtout servi à remettre au centre du jeu son combat souverainiste, quitte à assumer certaines contradictions.
 
Entre réaffirmation idéologique et annonces municipales, le parti bleu et blanc a affiché, lors de son congrès annuel, ses lignes de fracture autant que son unité de façade. En ouverture, Oscar Temaru a confirmé le soutien du Tavini à la candidature de Tematai Le Gayic, 24 ans, pour les municipales à Papeete, saluée comme un symbole de renouvellement. À l’inverse, l’annonce du retour d’Émile Vernaudon, 81 ans, candidat à Mahina avec l’appui du Tavini, a surpris et gêné, tant son passé judiciaire tranche avec le discours de probité défendu par le parti. Un choix assumé par les instances locales, mais accueilli avec prudence par Moetai Brotherson et Antony Géros, qui appellent à solder les comptes du passé.

Ce grand écart générationnel illustre les deux visions qui coexistent au sein du Tavini : celle des figures historiques, attachées à l’expérience, et celle d’une nouvelle génération prônant le renouvellement. Moetai Brotherson a d’ailleurs annoncé son retrait de la vie politique en 2034, plaidant pour préparer la relève, même si la limitation des mandats a été repoussée à plus tard, indépendance oblige. Au-delà des municipales, le congrès a surtout réaffirmé la stratégie souverainiste du parti, appelée à s’exprimer jusque dans les communes. Entre prudence gouvernementale et discours de lutte assumé, le Tavini a resserré les rangs autour de ses fondamentaux, au risque, assumé, de laisser en chemin une partie de l’électorat de 2023.

C’était le 16 juillet : 160 personnes aux sit-in du Tavini pour accueillir Manuel Valls

Annoncée comme un moment politique fort à l’occasion de la visite du ministre des Outre-mer Manuel Valls, la mobilisation organisée par le Tavini est restée limitée.
 
Les deux sit-in prévus devant le temple protestant de Paofai et la cathédrale de Papeete à l’occasion de la visite du ministre des Outre-mer Manuel Valls n’ont rassemblé qu’environ 160 personnes, avant de se transformer en marches pacifiques vers l’assemblée de la Polynésie française. Dès le matin, une soixantaine de militants à Paofai et une centaine devant la cathédrale ont convergé calmement vers la stèle de Pouvana’a a Oopa, encadrés par les forces de l’ordre. Drapeaux bleu et blanc et banderoles rappelaient l’objectif central : exiger que la France respecte le droit du peuple polynésien à la souveraineté, conformément à l’inscription du territoire en 2013 sur la liste onusienne des pays à décoloniser.
 
Le choix de lieux religieux, assumé par Oscar Temaru et Antony Géros, visait à rappeler le rôle pionnier des Églises dans ce combat, tant au niveau local qu’international. Mais sur le terrain, la faible mobilisation relativise la portée du message envoyé à Paris. D’autant que, quelques jours plus tôt, Oscar Temaru évoquait l’hypothèse d’un basculement politique en cas de mobilisation massive, allant jusqu’à déclarer que “si 100 000 personnes descendent dans la rue, il faut préparer sa valise”, tout en récusant toute logique d’ultimatum. L’écart entre cette rhétorique et la réalité du rapport de force souligne les limites actuelles de la capacité de mobilisation du Tavini, malgré sa position majoritaire dans les institutions. Pour le parti indépendantiste, le combat reste politique et onusien car il peine encore à s’imposer dans la rue.

C’était le 5 août : Fin de vie, opposition politique, adhésion citoyenne

Par surprise et par voie d’amendement, le gouvernement central a décidé d’étendre à la Polynésie française les deux textes nationaux sur la fin de vie, consacrés à l’égal accès aux soins palliatifs et à l’“aide à mourir”.
 
L’annonce de l’extension à la Polynésie des textes sur l’égal accès aux soins palliatifs et à l’“aide à mourir” a été faite lors des débats au Palais Bourbon, alors que rien ne laissait présager une telle application au Fenua, et a immédiatement ravivé un sujet de société parmi les plus sensibles du territoire. Relancé après près d’un an d’interruption, le débat parlementaire a été scindé en deux propositions de loi distinctes. Si le volet sur les soins palliatifs fait largement consensus et s’inscrit dans un dispositif déjà existant en Polynésie, la légalisation du suicide assisté concentre l’essentiel des crispations. Les députés ont acté la création d’un “droit à l’aide à mourir”, strictement encadré et fondé en principe sur l’auto-administration d’une substance létale.
 
À Tarahoi, la commission santé de l’assemblée de la Polynésie française a adopté une résolution s’opposant à l’extension des deux dispositifs, soutenue à la fois par les élus Tavini et Tapura. Une position paradoxale alors que la consultation citoyenne menée par le Conseil économique, social, environnemental et culturel révèle que 82 % des participants y sont favorables. Entre principes de liberté individuelle, réalités sanitaires et fractures culturelles ou religieuses, le débat est loin d’être clos, malgré le vote d’une résolution qui ne reste qu’un vœu pieux.

C’était le 12 novembre : Deux recours déposés contre la commission d’enquête Géros

Plusieurs élus et le haut-commissariat ont saisi le tribunal administratif après la création d’une commission d’enquête à l’assemblée pour évaluer la “valeur” géostratégique, économique, environnementale et financière de la Polynésie française.
 
La création d’une commission d’enquête voulue par Antony Géros sur la “valeur” géostratégique, économique, environnementale et financière de la Polynésie française n’aura finalement été qu’un épisode de plus dans le bras de fer politique à Tarahoi. Présentée par la majorité Tavini comme un outil d’analyse “documenté et actualisé”, fondé sur une expertise indépendante confiée à un cabinet d’audit international, la commission avait immédiatement suscité de vives critiques. L’opposition, Tapura et A Here ia Porinetia en tête, dénonçait une initiative à visée idéologique, craignant que ses conclusions ne servent avant tout le discours indépendantiste. Le coût de la mission, jugé “indécent” par Nicole Sanquer, avait également cristallisé les tensions, tout comme les interrogations sur l’impartialité du cabinet retenu.
 
En séance, le président de l’assemblée, Tony Géros, avait défendu une démarche destinée à mieux apprécier “la valeur de la Polynésie et de sa relation avec l’État”, tandis que l’opposition alertait sur une instrumentalisation politique du rapport à venir. Saisi par plusieurs élus ainsi que par le haut-commissariat, le tribunal administratif a finalement mis un terme au projet. Le 16 décembre, la juridiction a retoqué la délibération créant cette commission d’enquête sur la “valeur” de la Polynésie française, donnant raison aux requérants. Un camouflet juridique pour la majorité, qui referme un dossier aussi sensible que polémique.

C’était le 10 décembre : Des élus irrésolus à Tarahoi

Alors que les élus à l’assemblée devaient examiner une résolution visant à dénoncer une possible reprise des essais nucléaires américains dans le Pacifique pour laquelle tout le monde était d’accord, quelques phrases de la majorité ont suffi à fissurer l’unité.
 
Comment planter une résolution pourtant consensuelle ? L’assemblée de la Polynésie française en a livré une démonstration éclatante ce jour-là à Tarahoi. Les élus examinaient une résolution portée par le Tapura Huiraatira et des non-inscrits, destinée à dénoncer une possible reprise des essais nucléaires américains dans le Pacifique, avant transmission au Forum des îles du Pacifique. Le texte avait été validé en commission, y compris par le Tavini Huiraatira, après de légers ajustements. Tout semblait donc réglé, promis à un vote sans histoire entre le budget et d’autres sujets plus sensibles. Mais en séance, la mécanique s’est grippée. Après la lecture de l’exposé des motifs par Édouard Fritch, appelant à l’unité face au nucléaire, les vieux démons ont resurgi. Allen Salmon a ravivé les rancœurs en rappelant le passé pro-CEP de certains autonomistes et “30 ans de mensonges” autour des essais français. En quelques phrases, l’unanimité s’est fissurée, opposant antinucléaires historiques et repentis tardifs.
 
Les répliques n’ont pas tardé. Des élus ont dénoncé un procès inutile, rappelant les reconnaissances publiques passées, notamment celles d’Édouard Fritch. Le ton est monté, l’agacement a gagné l’hémicycle. Finalement, Fritch a retiré sa résolution et quitté la salle avec son groupe, déplorant une haine inutile et appelant à une réécriture collective. Malgré des excuses tardives, y compris d’Oscar Temaru, la séance a tourné court : la résolution antinucléaire, comme celle sur la souveraineté des ressources, a été retirée. Une fin d’année parlementaire qui devait baigner dans le consensus s’est conclue dans un vinaigre amer.

Rédigé par Stéphanie Delorme le Mardi 6 Janvier 2026 à 07:26 | Lu 581 fois