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Rétrospective : L’actualité santé de l’année 2025


Tahiti, le 6 janvier 2025 - Que retenir de l'année écoulée en matière de santé au Fenua ? Tahiti Infos vous propose pour 2025 une sélection de la rédaction des événements qui auront marqué l’actualité polynésienne depuis janvier.

2025 en quelques dates

8 janvier : La Direction de la santé invite la population, et notamment les plus vulnérables, à se faire vacciner contre la grippe alors qu'en ce début d'année, une grippe particulièrement sévère a déjà frappé la France et l'Europe.
 
15 janvier : La CPS déplore des retards sur ses remboursements en mettant en cause des feuilles de soins toujours plus nombreuses et encore trop souvent mal remplies.
 
23 janvier : Le ministère de la Santé ouvre la cinquième édition de l’appel à projets Ora Maita’i avec une enveloppe de 150 millions de francs à partager pour les lauréats.
 
29 janvier : La commission constituée à l’Assemblée nationale pour se pencher sur la politique française d'expérimentation nucléaire auditionne le président du Comité d’indemnisation des essais nucléaires (Civen).
 
10 février : Le Centre hospitalier de Taaone est victime d'une tentative d'intrusion informatique depuis l'extérieur. Il s’agit de nombreuses tentatives de connexion depuis des sites internet extérieurs, qui peuvent être rapprochées d’une opération identifiée à l’échelle mondiale.
 
15 février : L’enquête Ea Piahi sur les comportements de santé des adolescents, menée en 2024 sur un échantillon représentatif de 3 118 collégiens et lycéens âgés de 13 à 17 ans, révèle une inquiétante dégradation du bien-être et de la santé physique et mentale des jeunes.
 
20 février : Le ministre de la Santé annonce la création d’un poste de médecin itinérant pour les îles de Raivavae, Rurutu et Rimatara, lors d’une visite de l’infirmerie de Raivavae.
 
18 mars : Après l’échec des négociations à la suite du refus de la direction de l’association de recevoir les syndicalistes, une grève est déclarée au sein de l’Apair-Apurad, en charge de l’équipement des patients atteints d’insuffisance rénale ou respiratoire.
 
21 mars : Un cas d’infection à méningocoque est diagnostiqué chez un enfant résidant à Tahiti. Présentant des signes inquiétants de méningite le 12 mars, l’enfant a été rapidement pris en charge au Centre hospitalier de la Polynésie française (CHPF). 
 
22 mars : Pierre Frébault est nommé directeur de la Caisse de prévoyance sociale (CPS) après avoir dirigé l’Agence de régulation de l’action sanitaire et sociale (Arass).
 
23 avril : Alors que le ministre de la Santé affirme en séance à Tarahoi “se casser le c..l” pour faire avancer les dossiers, il est rattrapé par les questions orales de Cathy Puchon et Hinamoeura Morgant-Cross qui s’inquiètent ouvertement sur le traitement des cancers au Fenua.
 
25 avril : Le Fare Ora de Hitia’a o te Ra est inauguré pour une ouverture au public dès le lundi 28 avril. Il offre la particularité de réunir un dispensaire et un large panel de services administratifs dans un même bâtiment, à Mahaena.
 
28 mai : Le service d’hospitalisation de chirurgie et le service de nuit des urgences de l’hôpital de Raiatea sont menacés de fermeture à partir du lundi 2 juin. Selon la CSTP-FO, trois contrats d’infirmières n’ont pas été renouvelés dans les délais impartis. Le secrétaire général Patrick Galenon sollicite une rencontre en urgence avec le ministre de la Santé, Cédric Mercadal, laissant poindre la menace d’une nouvelle grève.
 
4 juillet : Interpellé à Tarahoi lors de la séance des questions orales sur la prise en charge des traitements préventifs contre le VIH, le ministre de la Santé, Cédric Mercadal, confirme que le Pays prévoit la gratuité des traitements contre le VIH, à savoir la prophylaxie préexposition (PrEP) et la prophylaxie post-exposition (PEP). 
 
25 août : La commune de Paea organise sur trois jours la quatrième édition du Hotu Ora i Paea, un événement autour de la médecine traditionnelle et du bien-être. L’événement prévoit des stands d'information sur la santé, la nutrition et le bien-être, des expositions de produits artisanaux et naturels, et des ateliers de démonstration de rā’au tahiti par des tradipraticiens.
 
3 septembre : Les auxiliaires de santé de l’administration en poste dans les îles profitent du focus qui leur est dédié sur deux jours, au Centre hospitalier de la Polynésie française, pour faire connaître leur travail et le contexte difficile dans lequel ils évoluent. Aujourd'hui relégués dans la catégorie D de la fonction publique, ils remplacent pourtant quotidiennement médecins et infirmiers, absents de certaines îles.
 
6 septembre : De Papeete jusque dans les îles, la marche contre l’ice organisée par la Fédération citoyenne polynésienne de lutte contre les drogues et la toxicomanie rassemble près de 7 000 personnes. Associations sportives, culturelles et de jeunesse, confessions religieuses, représentants politiques, familles, tous ont manifesté en faveur de la prévention et de l’accompagnement, mais aussi de plus d’actions et de sanctions.
 
29 octobre : Yolande Vernaudon est remplacée par Titaua Peu au poste de déléguée au suivi des conséquences des essais nucléaires. Elle était en poste depuis 2017, en remplacement de Bruno Barillot, et est débarquée par arrêté de la vice-présidente, Chantal Galenon.

C'était le 5 mars : le constat du fléau sous-estimé du RAA en Polynésie

En mission de dépistage du rhumatisme articulaire aigu (RAA) au collège de Hakahau, à Ua Pou, le Dr Jean-Marc Ségalin en profite pour faire le point avec l'équipe du centre médical sur cette maladie qui, sans prise en charge rigoureuse, peut entraîner de graves complications cardiaques.
 
Le rhumatisme articulaire aigu (RAA), aussi appelé maladie de Bouillaud, est une pathologie grave qui touche le cœur, les articulations, la peau et le système nerveux. En Polynésie française, la maladie constitue un véritable problème de santé publique, avec une prévalence similaire à celle des populations aborigènes d’Australie, des îles Tonga ou de certaines régions d’Afrique. Chaque année, on recense environ 300 000 nouveaux cas dans le monde, et en Polynésie, de nombreux enfants sont diagnostiqués trop tard, parfois en insuffisance cardiaque avancée.
 
Depuis 2019, la Direction de la santé a mis en place un programme de dépistage scolaire, piloté par le centre du RAA. Chaque année, le Dr Jean-Marc Ségalin et son équipe réalisent plusieurs centaines d’échographies cardiaques sur les élèves de 6e et 5e. Cette méthode permet d'identifier des lésions cardiaques infracliniques, non détectables au simple stéthoscope, et présentes chez un nombre bien plus important d'enfants qu'on ne le pensait.
 
Le diagnostic de RAA impose généralement un traitement rigoureux sur une durée minimale de dix ans. L'omission répétée du traitement augmente considérablement le risque de rechute et d'aggravation de la maladie.

C'était le 11 mars : Le pari du cannabis thérapeutique

Après l'adoption de la loi du Pays sur le cannabis thérapeutique et les arrêtés d'application, la Direction de l'agriculture (DAG) lance un appel à candidatures jusqu'au 1er avril pour participer à la phase pilote qui durera un an. Deux agriculteurs par archipel, soit dix au total, sont recherchés. La DAG leur fournira 500 graines chacun et un accompagnement technique.
 
Après la publication des arrêtés d'application de la loi du Pays adoptée en août 2024, la DAG lance un appel à candidatures pour la phase pilote de production de cannabis thérapeutique à faible teneur en THC (inférieure ou égale à 0,3 %). L'objectif majeur étant de répondre à un enjeu de santé publique en permettant l'accès à de nouvelles options de traitement pour les Polynésiens grâce au CBD notamment.
 
Dix candidats seront retenus. Les futurs pionniers de cette filière devront être particulièrement motivés et visionnaires car ils devront répondre à des critères précis : être agriculteur professionnel et résider en Polynésie depuis au moins dix ans.
 
Une expérimentation qui fait un pari sur l'avenir, comme l'explique Tetia Peu, ingénieure agronome en charge des filières horticoles et plantes aromatiques médicinales à la DAG : “On sait que le cannabis sur le marché mondial représente une part importante. Il y a divers débouchés potentiels pour la production de cannabis, que ce soit pour le CBD avec les fleurs, pour la fibre de chanvre ou l'aspect alimentaire avec les graines de chanvre, donc on sait qu'il y a un potentiel économique.” Elle ajoute que cette législation va servir de “levier pour le développement” de la filière et qu'à terme, cela va créer de l'emploi.


Après la clôture des dépôts de candidatures prévue le 1er avril, la DAG prévoit environ deux mois pour instruire les dossiers et choisir les heureux élus, “et on espère une mise en œuvre de la phase pilote, et donc des premières graines semées, d'ici mi-2025, en juin", précise Tetia Peu.

C'était le 27 mai : l'Assemblée nationale vote en faveur du “droit à l'aide à mourir”

L'Assemblée nationale vote en première lecture en faveur du “droit à l'aide à mourir”, permettant à cette réforme en gestation depuis plusieurs années de franchir une étape décisive.
 
Ils sont 305 députés contre 199 à avoir approuvé la réforme sur “l’aide à mourir”, mise en chantier en 2022 par le président de la République, et qui serait la plus importante dans le champ sociétal depuis l'instauration du mariage pour tous en 2012 si elle aboutissait. Les députés avaient auparavant approuvé, cette fois-ci à l'unanimité, un texte sur les soins palliatifs.
 
“Dans le respect des sensibilités, des doutes et espoirs, le chemin de fraternité que je souhaitais s'ouvre peu à peu. Avec dignité et humanité”, a réagi sur X Emmanuel Macron, saluant “une étape importante”.
 
La proposition de loi du député du groupe MoDem Olivier Falorni, engagé depuis des décennies pour cette cause, crée un “droit à l'aide à mourir” consistant à “autoriser et à accompagner” un malade qui le souhaite à s'administrer une substance létale, ou à se la faire administrer s'il n'est “pas en mesure physiquement d'y procéder”.
 
Elle légalise donc le suicide assisté, et de manière exceptionnelle l'euthanasie, sans pour autant que ces mots jugés connotés négativement ne figurent dans le texte. Elle définit cinq critères cumulatifs, dont le fait d'être atteint “d'une affection grave et incurable” qui “engage le pronostic vital, en phase avancée” ou “terminale”, et présentant “une souffrance physique ou psychologique constante”.
 
La loi, qui sera étendue à la Polynésie française, doit désormais franchir les portes du Sénat. Du côté des élus Polynésiens, c'est l'absence de décision qui a primé dans le débat. Mereana Reid-Arbelot et Nicole Sanquer se sont abstenues, alors que le député Moerani Frébault n'a pas pris part au vote. Son absence de délégation de vote à un autre élu de son groupe en dit cependant long sur sa position sur le sujet.

C'était le 10 juillet : la Cour des comptes alerte sur la bombe à retardement du diabète

Dans un document publié début juillet, la Cour des comptes alerte sur les lacunes de la prévention et de la prise en charge du diabète de type 2 en métropole. Une pathologie en forte croissance, coûteuse et profondément inégalitaire. Des constats qui résonnent particulièrement au Fenua, où l’obésité et la précarité alimentent une explosion du diabète, qui touche plus de 45 000 personnes.
 
Alors que la Polynésie française détient la compétence en matière de santé, les conclusions alarmantes de la Cour des comptes sur la prévention et la prise en charge du diabète de type 2 en métropole résonnent avec une acuité particulière au Fenua. Ce rapport, publié début juillet, brosse le portrait d’une pathologie en pleine expansion, coûteuse, inégalitaire et encore trop peu anticipée par les pouvoirs publics. Un signal d’alarme à considérer sérieusement en Polynésie, un territoire où l’obésité et la précarité font le lit du diabète. La Direction de la santé annonce que plus de “45 000 personnes” souffriraient de diabète et que “3 000 nouveaux cas sont recensés tous les ans”.
 
Le diabète frappe plus durement les populations précaires : les 10 % les plus modestes ont près de trois fois plus de risques d’en être atteints que les plus aisés. Ce constat est encore plus marqué chez les femmes. Ce gradient social très fort s’observe aussi en Outre-mer, où la prévalence du “diabète traité est jusqu’à 1,9 fois supérieur à la moyenne nationale”. Si les données spécifiques à la Polynésie ne sont pas prises en compte dans ce rapport, les réalités sanitaires locales – obésité massive, transition alimentaire rapide, précarité structurelle – laissent peu de doutes quant à la pertinence du diagnostic.

C'était le 15 juillet : l'annonce de 30 nouveaux cas de tuberculose identifiés au Fenua en 2024

Les autorités de santé publient un bulletin de veille sanitaire qui fait un point sur la situation de la tuberculose en Polynésie française, en précisant les bons comportements à adopter face à une maladie qui circule toujours au Fenua.
 
C’est une maladie qui pourrait être perçue comme une infection appartenant à un passé révolu, mais la tuberculose n’en demeure pas moins toujours présente en Polynésie française, comme le démontre le bilan publié par la Direction de la santé sur la situation de la maladie en Polynésie.
 
En 2024, on enregistre 33 cas de tuberculose symptomatique, précise le bulletin de surveillance sanitaire, soit une incidence de 11,8 pour 100 000 habitants, en nette diminution par rapport aux années précédentes. Sur ces 33 cas déclarés, 30 étaient des nouveaux cas et trois des rechutes qui avaient déjà été traitées par le passé. La majorité des cas (73 %) étaient des formes pulmonaires. Quatre décès ont été enregistrés, mais un seul a été directement attribué à la tuberculose. Les autres concernaient des patients âgés ou présentant des comorbidités. Deux cas de tuberculose multirésistante (TB-MDR) ont également été détectés.
 
La répartition géographique reste concentrée sur les îles du Vent (75,75 %), principalement sur Tahiti. Le profil des patients est stable, avec un âge moyen de 56,5 ans et une légère prédominance masculine (57,5 %). Sur les 33 cas, 29 enquêtes ont été menées, permettant d’identifier 288 sujets contacts. Les quatre cas n’ayant pas fait l’objet d’enquête étaient des formes extra-pulmonaires non contagieuses.

C'était le 4 novembre : 80 personnes touchées par une intoxication alimentaire à Rangiroa

Le bulletin de surveillance sanitaire fait état de plus de 80 personnes touchées par une intoxication alimentaire à Rangiroa.
 
En cause, “la consommation de plats préparés localement, composés de poulet fumé et salade russe préparée avec une mayonnaise maison”.
 
Trois personnes ont dû être évasanées et “un décès a été rapporté chez une personne présentant des comorbidités”, rapporte le bulletin de surveillance sanitaire.
 
“La symptomatologie et le délai d’apparition des symptômes ont orienté vers une infection à Salmonella, confirmée par des analyses effectuées chez plusieurs patients. Les premiers éléments de l’enquête alimentaire ont mis en évidence plusieurs manquements aux règles d’hygiène : décongélation à température ambiante, rupture de la chaîne du chaud et du froid, absence de dispositif conforme pour le lavage des mains. De plus, les analyses réalisées sur les restes alimentaires montrent la présence de salmonelles (Salmonella enteritidis) ainsi que de plusieurs germes pathogènes d’origine environnementale et fécale”, conclut le rapport de l'Agence de régulation de l’action sanitaire et sociale (Arass).

C'était le 20 novembre : les enfants polynésiens à bout de souffle face aux allergies

Le Fenua fait face à une prévalence élevée d’allergies et d’asthme, notamment chez l’enfant. Des experts du Pacifique et de métropole en colloque à Tahiti dressent un état des lieux préoccupant : diagnostics tardifs, traitements coûteux et exposition massive aux allergènes. Ils appellent à renforcer la prévention et la prise en charge.
 
Mal connus, sous-diagnostiqués et souvent mal pris en charge : les troubles allergiques et l’asthme chez l’enfant constituent pourtant l’un des enjeux de santé majeurs en Polynésie. C’est l’un des constats mis en lumière lors du congrès médical organisé à Tahiti par l’Association d’immuno-allergologie du Pacifique Sud (AIAPS) et l’association Cœur, Poumon, Réhabilitation (CPR).
 
Faute d’étude épidémiologique récente, la pédiatre-allergologue Marie-Paule Debarthez du CHPF a analysé les données d’hospitalisation des enfants de 3 à 15 ans de l'hôpital de Taaone entre 2022 et 2024 : “Sur l’ensemble des admissions pédiatriques, environ 12 % concernent des crises d’asthme. C’est beaucoup par rapport à la métropole”, explique-t-elle, ajoutant qu'une cinquantaine d’enfants sont passés par les soins intensifs sur cette période, dont un enfant transféré en service de réanimation et qui est “malheureusement décédé”.
 
Des chiffres élevés qui s'expliquent notamment par le fait que “la Polynésie est le royaume des acariens”“Chaleur, humidité, maisons ouvertes… C’est l’environnement idéal pour les allergènes responsables de la majorité des crises d’asthme. Les blattes (cafards) arrivent en deuxième position”, analyse encore la spécialiste. À cela s’ajoutent les “facteurs irritants”, très présents dans le quotidien des familles : tabagisme passif (“70 % des enfants y seraient exposés, souvent via leur maman”), feux de jardin, tortillons antimoustiques ou pollution domestique. Sans oublier l’obésité infantile qui est un facteur majeur de déséquilibre de l’asthme.

Rédigé par Jean-Pierre Viatge le Mardi 6 Janvier 2026 à 17:49 | Lu 569 fois