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Papeete d’antan : La place de la cathédrale


PAPEETE, le 12 février 2016. La cathédrale de Papeete se dresse majestueusement en plein centre ville telle une reine qui veille sur la capitale de la Polynésie française. C’est de là que part le «point kilométrique zéro» du tour de l’île de Tahiti. Mais c’est également un lieu riche en histoires que vous présente Tahiti Heritage et Vaiheitaria.
Retour de pêche, rue Jeanne d’arc, devant la cathédrale.
Retour de pêche, rue Jeanne d’arc, devant la cathédrale.

La place de la cathédrale en 1952 vue de l’entrée de la banque d’Indochine, avec en face la construction en bois à l’emplacement de l’actuelle pharmacie de la cathédrale. Photo Whites Aviation
La place de la cathédrale en 1952 vue de l’entrée de la banque d’Indochine, avec en face la construction en bois à l’emplacement de l’actuelle pharmacie de la cathédrale. Photo Whites Aviation

La rue de Rivoli

La rue de Rivoli part de l’avenue Bruat et va jusqu’a la place de la cathédrale de Papeete. En 1941, plus personne ne savait qui était ce « Rivoli » et elle est rebaptisée rue du Général De Gaulle.
Sur la photo de 1958, on remarque à gauche une grande bâtisse en bois qui abrite le magasin Baldwing. Plus loin sur le même trottoir on peut voir les grilles de la Banque de l’Indochine. En 1970, l'immeuble Norman Hall avec sa fameuse fresque de Ravello sur le Bounty est construit à la place du magasin Baldwing.

La rue de Rivoli vers 1910. Carte colorisée Lucien Gauthier
La rue de Rivoli vers 1910. Carte colorisée Lucien Gauthier

La rue de Rivoli en 1958. Photo René Reboul
La rue de Rivoli en 1958. Photo René Reboul

La rue de Rivoli vers 1970
La rue de Rivoli vers 1970

Banque de l'Indochine, d'Indosuez puis de Polynésie

En 1900, les établissements français d'Océanie ne disposent d'aucun établissement bancaire si ce n'est la Caisse agricole, fondée en 1863.
En 1904, la Banque de l’Indochine s’installe à Papeete, à côté de la cathédrale en construction, et n’en bougera plus. Le 30 novembre 1905, elle acquiert le privilège d'émission. La Banque s'attache tout d'abord à assainir le régime monétaire de l'île en faisant disparaître les piastres chiliennes dépréciées qui y avaient encore cours. En même temps, elle initie la clientèle commerciale aux usages modernes comme l’utilisation de traites et offre de grandes facilités de crédit. Malheureusement, des cyclones dévastateurs, de graves épidémies, et plusieurs crises économiques viennent contrecarrer ses efforts. La Banque participe à la constitution ou aux augmentations de capital des principales sociétés du Pays, dont la compagnie des Phosphates de Makatea.

Dans les années 60, plusieurs événements vont bousculer la quiétude de l’île et de la banque. Pour l’île c’est tout d’abord en 1960 la construction de l’aérodrome de Faaa. Puis en 1964, la création du Centre d’Expérimentation du Pacifique qui déplace près de 17 000 personnes avec de bons salaires et apporte des phénomènes bien modernes mais encore peu connus sur place, comme le financement de terrains et de constructions de logements locatifs.

En 1975, la Banque de l'Indochine et la Banque de Suez et de l'Union des Mines fusionnent donnant naissance à la Banque Indosuez; qui deviendra en 1989 la banque Westpac. Fin 1992 la banque sera reprise, sous la houlette de la Société Générale métropolitaine, par la Banque de Polynésie en 1999.

La banque d’Indochine en 1940
La banque d’Indochine en 1940

La banque d’Indochine en 1952.  Photo Whites Aviation
La banque d’Indochine en 1952. Photo Whites Aviation

La banque d’Indochine en 1970. Carte postale
La banque d’Indochine en 1970. Carte postale

Le tupapa’u du fare moni

Gare aux ancêtres. Il y avait il y a longtemps, à côté de la banque de l’Indochine un arbre si gros et si vieux, sans doute un autera’a, que l’on avait renoncé à l’abattre lors de la construction du bâtiment. Mais vint le jour où l’on vit apparaitre à Tahiti les premières voitures et le chemin qui reliait la route à la banque devint trop étroit. Aucune alternative, il fallait abattre l’arbre.

Des ouvriers armés de haches, de scies, d’échelles et de cordes, commencèrent par l’émondage. Le lendemain matin, le gardien portait son bras droit en écharpe et disait qu’au coucher du soleil, un homme noir était venu lui prendre le bras et lui dire que cet arbre était tabu et qu’il ne fallait pas le couper. Vers le milieu de l’après-midi, une énorme branche tomba sur le petit groupe d’ouvriers qui déjeunaient. Ils ne furent que légèrement blessés. Le lendemain, le gardien tremblant de fièvre raconta que l’homme noir était revenu en lui rappelant qu’il ne fallait pas couper l’arbre en lui serrant le bras si fort qu’il s’est évanoui. Son bras était énorme, gonflé avec de grosses marques rouges. Le docteur se déclara impuissant et on décida de suspendre provisoirement les travaux d’abattage. Le lendemain matin, le gardien, souriant et détendu, annonçait que l’homme noir était revenu, lui a dit « C’est bien » en lui touchant le bras et que depuis son bras ne portait plus aucune trace. Il y eut la mauvaise saison, il ne fut plus question d’abattre le grand arbre.

Quelques mois plus tard, pendant un violent orage, la foudre tomba sur le grand arbre, le fracassant au ras du sol. Quand on arracha la lourde souche. on trouva, entre les racines, un crâne humain posé sur une pierre plate comme un coussin…

Massacre à la tronçonneuse

Sur le terre plein en face de la cathédrale de Papeete, près de pharmacie, il existait il y a quelques dizaines d’années un très grand arbre sous lequel les paroissiens se retrouvaient traditionnellement après la messe dominicale : un Marumaru planté lors de la création des grandes avenues de la capitale. Sous son ombrage, depuis plusieurs décennies on se racontait toutes les aventures et mésaventures familiales de la semaine. S’il avait pu parlé, il nous aurait exposé la véritable histoire de Papeete, celle vécue par ses habitants.

Mais un matin d’une belle journée d’avril 1994, c’est la stupeur puisque des employés municipaux en grève, menés par le syndicaliste Hiro Tefaarere n’ont rien trouvé de mieux que de tronçonner cet arbre centenaire pour se faire entendre. Mais le plus étonnant c’est que la municipalité n’a jamais osé replanter un nouvel arbre pour agrémenter ce triste lieu.


Le marumaru abattu par les grévistes en avril 1994 -  Photo Beslu
Le marumaru abattu par les grévistes en avril 1994 - Photo Beslu

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Rédigé par TAHITI HERITAGE le Vendredi 12 Février 2016 à 14:40 | Lu 4475 fois