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“On ne s’interdit pas” de saisir le tribunal


“On ne s’interdit pas” de saisir le tribunal
Tahiti le 5 janvier 2026 – Toujours pas d’avancée entre la direction du Service d’État de l’aviation civile en Polynésie (SEAC) et le syndicat Usac-CGT qui regrette qu’il n’ait pas transmis, comme promis, ses doléances au plus haut niveau. Un nouveau préavis de grève devrait être déposé sous peu et le syndicat refuse de “prendre en otage les usagers” pour se faire entendre, même s’il considère que le droit de grève est “bafoué”. Le syndicat n’exclut pas de saisir le tribunal.
 
Rien de neuf sous le ciel de Tahiti-Faaa et notamment à l’aviation civile concernant le mouvement de grève effectif parmi les agents du contrôle aérien depuis 48 jours maintenant. Ce mouvement pourrait bien de se prolonger puisqu’un nouveau préavis de grève est annoncé pour mardi. “On va continuer le mouvement, on ne lâche rien. On n'a pas de problème à poursuivre”, menace Tiarama Lehartel. Certains contrôleurs aériens se sont d’ailleurs réunis ce lundi : “On s’oriente vers le dépôt d’un préavis”, indique la représentante du syndicat Usac-CGT. “La détermination ne faiblit pas, et on espère qu'ils finiront par céder.”
 
Tiarama Lehartel ne comprend d’ailleurs pas pourquoi la direction du Service d’Etat de l’aviation civile en Polynésie (SEAC) n’a pas transmis par écrit leurs liste de doléances à la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) comme promis mercredi dernier lors des négociations.
 
Même si la représentante du syndicat Usac-CGT considère que pour la première fois” leurs revendications ont été prises en compte, elle estime que “l'administration, finalement ne veut pas résoudre” ce problème.
 
Elle rappelle qu’initialement le syndicat Usac-CGT était parti pour déposer un préavis illimité “donc après, on peut continuer comme ça longtemps et chaque mois, déposer un préavis illimité (…). J'ai envie quand même de faire confiance à leur bon sens mais c'est un peu difficile”. La syndicaliste ne veut pas perdre espoir et pour elle tant que le personnel est “mobilisé, le temps est de notre côté”.

“On ne veut pas prendre en otage les usagers”

Cette dernière insiste même sur le fait que pour le syndicat il est hors de question de “prendre en otage – expression souvent utilisée – les usagers (…). Ce n'est pas notre but”. Elle considère que cette “histoire” est “interne” et que ce classement en Liste 5 est la stricte application des textes en vigueur.
 
La syndicaliste rappelle que la grève est un droit constitutionnel et insiste sur le fait que ce droit-là n’est pas du tout respecté et est même “bafoué”, notamment en raison des réquisitions ordonnées pour la continuité du service public. “Le service minimum, c'est vraiment la continuité territoriale, c'est vraiment pour les cas importants et extrême et urgents”, estime-t-elle. La syndicaliste fait le constat que finalement avec la continuité territoriale “tous les vols sont maintenus” notamment ceux d’Air Tahiti et Air Moana. “Donc, en fait, ce n'est pas un service minimum. C'est un service qui est presque égal au nominal. En fait notre droit de grève, il est un peu bafoué” et prive la grève des effets coercitifs qui permettraient de faire avancer leur cause.
 
La représentante du syndicat Usac-CGT, Tiarama Lehartel n’exclut pas de porter ce contentieux devant les tribunaux. Pour la syndicaliste il y a des “délais à respecter”. Le syndicat est désormais en attente d’une réponse de la SEAC concernant notamment leur demande de classement en Liste 5 : “On nous répond oui ou non. Oui : tant mieux, on est content. Non : on n'est pas content, on attaque la décision pour demander au juge d'obliger l'État à accepter, parce que ça correspond à l'application de la loi.”
 
Le syndicat est par ailleurs toujours en attente de la réponse du haut-commissaire quant à leur demande de rendez-vous faîte samedi dernier. “Il y avait la période de Noël, le jour de l'an, ou comme on dit, la trêve des confiseurs. Là, je pense que normalement, on devrait avoir des retours.” Elle regrette tout de même ne pas avoir reçu ne serait-ce qu’un accusé de réception”. “On n'a pas la même définition de l'urgence.

Le SEAC regrette l’attitude des syndicats

À la suite de la publication dans nos colonnes, ce lundi, des suites de la grève à l’Aviation civile, le Service d’État de l’aviation civile (SEAC) en Polynésie française a souhaité apporter quelques précisions importantes en réponse aux éléments qui sont abordés dans l’article.
 
“La grève dure maintenant depuis 45 jours et c’est une minorité de contrôleurs concernés par le périmètre du préavis qui se déclarent grévistes”, assure le SEAC. “Plus de quatre réunions de conciliation ont été tenues depuis mi-novembre afin d’apporter des réponses aux revendications et des avancées concrètes ont été proposées. La Direction générale de l’aviation civile (DGAC) s’est engagée à définir un plan pluriannuel d’affectation de nouveaux contrôleurs sur les prochaines années afin de maintenir une stabilité des effectifs.”
 
Dans le courrier envoyé à la rédaction, le SEAC explique aussi avoir proposé de nouvelles modalités concernant un nouveau tour de service. Des propositions “qui ont toutes été rejetées par le syndicat, sans avoir fait de contre-proposition”, assure toujours le SEAC dans son courrier qui explique vouloir “proposer un nouveau tour de service qui sera soumis à l’avis de l’ensemble des contrôleurs”. L’administration suivra l’avis majoritaire.
 
Concernant le reclassement immédiat en liste 5 du centre de contrôle de Tahiti, demande principale des grévistes depuis le début du conflit social, “cette revendication ne peut être satisfaite immédiatement car elle s’inscrit dans un équilibre national avec les organismes de contrôle français”, explique la direction qui propose de “faire appel, sans délai aucun, à une instance administrative qui se prononcerait sur cette revendication”. Une proposition rejetée par l’Usac-CGT.
 
Plus loin dans le courrier, le SEAC affirme pour sa part que “des échéances précises d’aboutissement des groupes de travail ont été annoncées afin que des réponses étayées et conclusives soient apportées au plus tard au cours des prochains trimestres 2026” et que “les services SAR (recherche et sauvetage) sont déjà assurés H24 à Tahiti, par une fonction chef de tour H24, permettant à tout moment de déclencher les recherches et sauvetages, notamment avec l’appui du JRCC Tahiti, structure permanente et professionnalisée”. De 6 à 23 heures, deux chefs de tour se relaient en permanence.
 
Enfin, pour répondre aux grévistes qui affirment que l’organisation du travail n’est pas respectée, le SEAC conclut que “la profession de contrôleur aérien est régie par des règles strictes encadrant l’organisation du travail et la gestion de la fatigue (notamment 10 heures maximum par jour, 4 heures maximum de travail sur position avant une pause de 30 minutes minimum, volume horaire hebdomadaire maximal, etc.)”, qu’elles sont “respectées” et qu’ont été “mis en place les 35 contrôleurs nécessaires à la bonne tenue du tour de service”.
 
Sur ces 35 agents, douze d’entre eux sont actuellement en formation et, toujours selon le SEAC, “le mouvement social empêche la formation et la qualification de ces contrôleurs alors même qu’elles constituent une solution incontournable à court terme pour résoudre le sous-effectif actuel et, par voie de conséquence, pour améliorer les conditions de travail”. Un mouvement social qu’elle regrette “en dépit des efforts de conciliation qu’elle a menés”. Elle appelle “à la poursuite du dialogue social dans un esprit de responsabilité et de construction”.
Bertrand Prévost
 

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Lundi 5 Janvier 2026 à 19:57 | Lu 1139 fois