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Municipales à Papeete : le Here Ai’a tente un nouveau retour


Le programme des élections municipales du parti Here ai’a repose sur dix axes prioritaires.
Le programme des élections municipales du parti Here ai’a repose sur dix axes prioritaires.
Tahiti, le 23 janvier 2026 - Endormi pendant plus de 20 ans, le Here Ai’a a officialisé son retour sur la scène politique municipale. Le parti autonomiste, fondé en 1965 par John Teariki, a présenté sa candidature aux élections municipales de mars 2026 lors d’une conférence de presse organisée à Papeete. 
 
Un retour que ses responsables justifient avant tout par un long travail de redressement interne. “Il fallait à tout prix redresser les finances”, ont-ils affirmé, assurant aujourd’hui que “les finances sont clean”.
 
Mené depuis une vingtaine d’années par Gustave Taputu, le mouvement revendique une “renaissance”, un “renouveau”, largement mis en avant durant la conférence. Le slogan choisi pour cette relance : “Amour, partage et respect”, entend honorer “le grand papa fondateur” Pouvana'a a Oopa. 
 
Un retour déjà amorcé en 2023
 
Cette tentative de relance n’est toutefois pas une première. Dès 2023, à quelques mois des élections territoriales, le Here Ai’a avait déjà annoncé vouloir “renaître de ses cendres” et retrouver une place dans le paysage politique. Des discussions avaient alors été engagées avec d’autres formations, sans aboutir à une traduction électorale concrète. Trois ans plus tard, le parti fait le choix de partir seul pour les municipales, avec une liste composée exclusivement de ses militants dont un seul, Aldo Sarciaux, a déjà été conseiller municipal. 
 
Dix axes larges, peu de déclinaisons concrètes
 
Le programme municipal présenté par le parti rose repose sur dix grands axes dont notamment : la culture, le logement, le soutien à l’économie locale, l’éducation et la jeunesse, la sécurité, la lutte contre les addictions, gestion de l’eau et des ressources naturelles. Des thèmes abordés de manière très générale, parfois sans distinction claire entre les compétences communales et celles du Pays.
 
Parmi les propositions évoquées figurent la création d’une école bilingue pour “redécouvrir notre histoire”, le retour des dispensaires dans les quartiers ou encore la création d’un lieu d’expression pour les Car-bass, jugés “nécessaires” pour canaliser l’énergie de certains jeunes. L’idée d’un emplacement à Fare Ute a été avancée, avec un encadrement par la police municipale.
 
La sécurité a également occupé une place centrale dans les échanges, vendredi, notamment face à “l’explosion du trafic de drogue”. Autre sujet longuement abordé : la présence de gaz et d’hydrocarbures en centre-ville, certains intervenants évoquant un risque majeur en cas d’accident.
 
En revanche, interrogés sur le financement des mesures présentées, les responsables du Here Ai’a ont reconnu ne pas être en mesure de fournir le moindre budget prévisionnel. 
 
Les intervenants ont invoqué la nécessité de définir d’abord des priorités, de procéder à un audit interne et de “mettre le personnel à disposition”, sans préciser ni calendrier, ni méthode, ni ordre de grandeur financier. 
 
Une campagne fondée sur les valeurs plus que sur un programme
 
Au fil des échanges, le discours a progressivement quitté le terrain des compétences municipales pour adopter un registre essentiellement moral et affectif. Les références à “l’amour”, au “respect”, au “partage” et au rôle de “serviteur du peuple” ont largement supplanté les éléments de méthode ou de gouvernance d’une commune de plus de 26 000 habitants.
 
Cette orientation s’est matérialisée jusque dans l’imagerie de campagne. L’affiche présentant la tête de liste formant un cœur avec ses doigts et appelant à une “distribution d’amour” a donné à cette entrée en campagne une tonalité résolument candide, déconnectée des enjeux techniques, budgétaires et administratifs d’une mandature municipale.
 
Le Here Ai’a met en avant une vision humaniste, mais sans préciser comment celle-ci pourrait se traduire concrètement dans la gestion quotidienne de la commune.

Mahinui Temarii, une tête de liste novice mais ancrée dans le syndicalisme
 
À 71 ans, Mahinui Temarii se lance pour la première fois dans une campagne municipale à Papeete, à la tête de la liste du Here Ai’a. Un choix qu’il présente comme une rupture avec les profils déjà en lice. “Je vais apporter du nouveau”, affirme-t-il.
 
Il revendique un parcours entièrement ancré dans le terrain. Manutentionnaire puis docker, il a progressivement évolué vers les ressources humaines, puis a travaillé comme administrateur à la Caisse de prévoyance sociale tout en restant engagé dans le syndicalisme. “Le combat syndical, c’est un combat de travail. Le combat politique, c’est un combat de commune, un combat social”, résume-t-il, établissant une continuité directe entre ses engagements professionnels et sa candidature.
 
S’il n’était pas lui-même membre du Here Ai’a, il explique son ralliement par une histoire familiale et une proximité de valeurs. Il dit également agir en père de famille ayant, selon ses mots, “assuré l’avenir” de ses enfants, estimant que l’aide apportée aux salariés tout au long de sa carrière peut aujourd’hui bénéficier aux habitants de Papeete.
 
Très critique de la situation sociale dans la capitale, il pointe en particulier la question des personnes à la rue. “Aujourd’hui, il y a plus de 700, voire 1 000 SDF dans la ville. C’est vraiment grave. On ne peut pas les laisser comme ça”, insiste-t-il. Évangéliste revendiqué, il assume une motivation profondément morale. “Je fais partie de l’église, je ne peux pas fermer les yeux, je ne peux pas fermer la bouche. J’apporte la paix.”
 
Interrogé sur sa première priorité en cas d’élection, sa réponse est immédiate : “La première action, c’est que ces personnes puissent manger. Il y a une dignité à leur rendre.” Concrètement ? “Si je leur apporte de l’argent, ils ne vont pas manger. Ça ne sert à rien. Mais si on travaille avec le cœur, comme je l’ai fait au port, je crois qu’on peut faire avancer beaucoup de choses.

Rédigé par Darianna Myszka le Samedi 24 Janvier 2026 à 07:37 | Lu 411 fois