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Lydie Bourda, entrepreneure solidaire


TAHITI, le 13 avril 2022 - Lydie Bourda a démarré des études universitaires en Science de la vie et de la terre, mais rapidement, elle a souhaité entrer dans le monde du travail. Consciente des enjeux environnementaux actuels, elle a créé son entreprise de dépannage, recyclage et reconditionnement de matériel informatique. Son but : réduire les déchets et rendre accessible le matériel informatique au plus grand nombre.

Lydie Bourda est originaire de Bora Boa. Née en 1994, elle a grandi sur son île qu’elle a quittée pour entrer au lycée à Raiatea. Puis, elle a gagné Tahiti. Au lycée, elle a suivi un cursus scientifique spécialisé en science de la vie et de la terre. Elle a poursuivi dans ce domaine à l’Université de Polynésie française. "Je voulais travailler dans un laboratoire", se souvient-elle. Elle a eu l’occasion de mettre ses compétences en pratique lors d’un stage à la mairie de Bora-Bora qui a duré un mois. "J’ai étudié les conséquences de la présence de la petite fourmi de feu à Bora-Bora, je devais trouver des solutions naturelles pour l’éliminer." Mais, petit à petit, son intérêt pour les sciences de la vie et de la terre a diminué, tandis que son attrait pour le monde informatique a grandi.

Elle se rappelle sa passion pour les jeux vidéos née très tôt grâce à son grand frère. "Il jouait, je m’y suis mise également." Elle a démarré avec une console vidéo puis s’est installée sur un ordinateur. Elle aimait particulièrement les Multiplayer online battle arena (Moba). Ce sont des jeux mettant en scène des arènes dans lesquelles des équipes de joueurs se livrent des batailles. "À partir du moment où il y a une aventure à vivre, ça me plaît." Elle aime toujours jouer mais ne trouve plus assez de temps à consacrer à ce loisir.

Un apprentissage sur le tas

Par ailleurs, elle a appris très jeune à réparer des ordinateurs. "Ma famille ayant des moyens financiers limités, il n’était pas possible d’avoir un ordinateur portable ou autre appareil électronique chez moi. J’utilisais exclusivement ceux de l’école. Mon grand-frère et mes amis m’ont beaucoup influencée dans le domaine. Après les cours, on pouvait passer nos soirées à réparer des ordinateurs que nous avions trouvés au bord de la route." L’informatique n’était pas simplement un passe-temps, elle souhaitait en apprendre toujours plus chaque jour.

En parallèle à ses études et pour gagner de l’argent de poche, Lydie Bourda s’est mise à réparer les ordinateurs de ses amis et de ses professeurs. "Je me suis aperçue à ce moment-là que j’aimais vraiment ça et comme j’avais envie de trouver du travail, j’ai arrêté mes études. Je ne me retrouvais plus dans ce que j’apprenais." La jeune femme était alors en 2e année de licence.

En 2017, elle a quitté les bancs de l'école pour trouver un emploi. Elle a débuté dans la vie active par des missions d’intérim, distribuant des prospectus et effectuant les inventaires de divers rayons pour des grandes surfaces. En 2018, elle a décidé d’ouvrir son entreprise de dépannage informatique : Noé informatique. "J’effectue les réparations sur tous les types de matériel électronique, les consoles, les ordinateurs fixes ou portables..." Elle se déplace au domicile des clients ou reçoit dans son atelier. Elle propose de plus un service de reconditionnement et démantèlement.

Elle a été confortée par les retours positifs des dépannages effectués auparavant à l’université. "Je me suis lancée dans l’aventure de l’entrepreneuriat pour avoir une sécurité chaque mois et bénéficier de revenus réguliers au cas où je ne trouve pas un emploi."

Solidarité et proximité

L’entreprise Néo informatique est basée à Papara où il n’y avait jusqu’alors aucun service après-vente dans ce secteur d’activité. "Il fallait aller soit en ville à Papeete, soit à Taravao pour faire réparer nos appareils électroniques. Mes clients de Papara m’ont fait la remarque et mon encouragée à rester sur la commune parce qu’il y a une forte demande." Répondre à ce besoin motive Lydie Bourda qui tient au service de proximité.

D’autres aspects la motivent comme le respect de l’environnement et la mise à disposition de matériel au plus grand nombre. En reconditionnant les éléments de matériel informatique et en triant les déchets, elle réduit l’impact des nouvelles technologies sur la planète. Ses études en sciences de la vie et de la terre l’ont sensibilisée aux problématiques environnementales. "On vit dans une société de consommation, on a donc tendance à jeter dès qu’il y a une panne alors que parfois il suffit de changer une petite pièce pour allonger la durée de vie du matériel."

Par ailleurs, elle sait que de nombreuses familles ne peuvent pas se doter d’appareils électriques et électroniques. Quand elle reçoit des appareils de clients qui ne sont pas utilisés depuis des années et qui ne fonctionnent pas, elle les récupère et les répare si possible. Elle a déjà pu, ainsi, faire des dons à des élèves ou étudiants de la commune. "Il y a plein de gens qui ne prennent pas conscience de la valeur du matériel quand ils s’en débarrassent."

Se former pour se développer

"L’entrepreneuriat, ce n’est pas une course de vitesse mais un marathon, le but est de tenir le rythme." Lydie Bourda construit donc son projet dans le temps. En mars 2019, elle a décidé de présenter son projet à l’Adie (Association pour le droit à l’initiative économique). "Mon ordinateur portable de l’époque était mon seul outil de travail pour effectuer mes dépannages comme par exemple la récupération de données. Je l’ai tellement sollicité qu’il n’a pas tenu, il m’en fallait un autre." Elle a pu s’équiper grâce à l’Adie.

En 2020, elle s’est formée durant 10 mois en tant que service civique au tri et à la gestion de déchets d’équipements électriques et électroniques.

En Février 2021, elle a de nouveau contacté l’Adie pour construire son atelier, un espace de travail dédié aux dépannages et à l’accueil de la clientèle. Elle a pu investir dans des outils à main comme des tournevis et des pinces, un set de pinceau et des appareils informatique comme une station d’accueil pour disque dur double pour effectuer de la récupération de données.

Elle pense désormais investir dans un fourgon pour rendre son atelier mobile ou bien encore développer une collaboration avec une couturière pour proposer des pochettes d’ordinateurs réalisées à base de matériaux locaux ou recyclés. En attendant, elle a été sollicitée par son beau-père qui a monté la société de construction : Nui construction. Elle met à disposition son savoir-faire et son expérience de l’entrepreneuriat. Elle reste fidèle à ses motivations premières.

Contacts

FB : Noé Informatique
FB : Nui Entreprise

Rédigé par Delphine Barrais le Mercredi 13 Avril 2022 à 17:37 | Lu 2297 fois