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Les nouvelles capacités de l'IA affolent la tech, les investisseurs et au-delà


Justin TALLIS / AFP
Justin TALLIS / AFP
New York, États-Unis | AFP | dimanche 21/02/2026 - L'invasion des agents IA, capables de réaliser des tâches de façon autonome, donne le tournis au monde de la tech et aux marchés financiers, qui cherchent à identifier gagnants et perdants de l'économie du futur.

"Nous sommes à un point d'inflexion", résume Shay Boloor, du cabinet de conseil Futurum Group, tournant pris avec la sortie de nouveaux modèles d'intelligence artificielle d'OpenAI et Anthropic, début février.

Oublié ChatGPT qui se contentait de répondre à une question donnée, et bienvenue aux agents, vrais assistants susceptibles, notamment, d'écrire seuls des milliers de lignes de code, mais aussi de les tester sans répit pour livrer une application directement utilisable.

"On entre dans un monde avec des millions d'agents IA qui tournent en continu" et peuvent même fonctionner de concert sur un projet, décrit Shay Boloor.

De nombreux investisseurs ont vu instantanément dans ce nouveau paradigme une menace existentielle pour les éditeurs de logiciels, en particulier ceux destinés aux entreprises, à la merci d'une armée de bots programmeurs.

Monday.com (gestion de projets), Thomson Reuters (conseil juridique et fiscal notamment) et Salesforce (relations client en ligne) ont ainsi été pris pour cible et perdu chacun au moins 30% à Wall Street en quelques jours.

"Un patron m'a dit l'autre jour: je n'ai plus besoin de consultants. J'en ai un dans ma poche", illustre Jason Schloetzer, professeur de management à l'université Georgetown.

"C'est trop", estime Dan Ives, analyste du cabinet Wedbush Securities, au sujet du coup de grisou en Bourse, "parce que l'idée que ces modèles vont simplement remplacer les logiciels professionnels et les sociétés de cybersécurité est une fiction".

La frénésie a encore été accentuée par la sortie en novembre d'OpenClaw, une plateforme de création d'agents multi-usages en mesure de gérer toutes les fonctionnalités de votre ordinateur, des courriels au paiement en ligne.

Son créateur, Peter Steinberger, devenu superstar en quelques jours, a déjà été embauché par OpenAI.

"C'est extrême, mais cela fait sens", considère Shay Boloor, car "on n'a jamais vu un bouleversement technologique de cette ampleur", qui plus est sur un temps si ramassé.

- "Faire mon travail mieux que moi" -

Derrière ce séisme, se joue aussi la bataille entre les mastodontes de l'intelligence artificielle. En tête sur le lucratif marché de l'IA professionnelle, Anthropic voit se rapprocher OpenAI, mais aussi Gemini (Google) et même Grok (xAI).

Dans ce contexte, "le risque n'est pas de surinvestir, mais de sous-investir", selon Shay Boloor, même si ces centaines de milliards de dollars déversés dans l'IA crispent régulièrement les marchés financiers.

Pour Jason Schloetzer, le paysage pourrait ne se clarifier que dans plusieurs années.

"L'internet était un événement majeur en 1995", rappelle-t-il, "mais on n'a pas vu de vrai bouleversement avant 2001 ou 2002. (...) Soudainement, de nouvelles entreprises qui n'avaient pas de raison d'être sans internet se sont mises à exister, comme Netflix."

L'accès de fièvre dépasse le monde de la tech, comme l'a illustré un récent blog de l'entrepreneur américain Matt Shumer, intitulé "Something Big Is Happening" (quelque chose d'énorme est en train de se passer).

"Ce que viennent de vivre les salariés de la tech en un an", écrit-il, "à voir l'IA passer d'un +outil utile+ à +quelque chose qui peut faire mon travail mieux que moi+, tous les autres (métiers du tertiaire) vont aussi le vivre."

Il mentionne le droit, la finance, la médecine, la comptabilité, le conseil ou le service clients.

"Les gens qui construisent ces systèmes parlent d'un à cinq ans", poursuit-il, "certains moins. Sur ce que j'ai vu ces derniers mois, je dirais plutôt moins."

Certains observateurs ont critiqué l'essai, le consultant en technologie Jeffrey Funk y voyant notamment une "exagération".

"Pourquoi autant de gens ont envie d'entendre ça?", a-t-il interrogé dans une tribune sur le site spécialisé Mind Matters. "Parce que le secteur technologique a peur" devant la taille atteinte par "la bulle IA", "et l'édifice se lézarde."

"Il y a une paranoïa autour de l'IA dans toutes les industries, de la finance à la santé en passant par le transport routier", souligne Dan Ives. Mais "les marchés sont un mécanisme rationnel et les choses vont bientôt se calmer".

le Lundi 23 Février 2026 à 05:19 | Lu 200 fois