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Les mille et une vies de Raymond Bagnis



PAPEETE, le 30 juillet 2016 - Le taote est arrivé en Polynésie français en 1963. Depuis, cet amoureux de la culture polynésienne n'a plus quitté le territoire, jonglant entre une vie de médecin dans les îles et de chercheur sur la ciguatera.

L'ancien médecin a toujours son sourire de jeune homme. Son visage a conservé la marque du temps, ses cheveux ont blanchi avec les années. Mais à l'intérieur, Raymond Bagnis est toujours le même : un homme au service de ses patients, au service de la recherche. "Dans ma tête, j'ai toujours rêvé d'être médecin. J'avais envie de voyager, d'être sur un bateau et d'exercer ce métier", confie l'octogénaire.

Né de parents piémontais, arrivés à Nice dans les années 1930, Raymond Bagnis a vécu de manière modeste. Après son bac, il lui a été impossible de continuer vers médecine. "Mes parents n'avaient pas d'argent. Ma mère était aide ménagère dans un hôtel, mon père était conducteur de bus puis de tramway… Il fallait que je les aide financièrement", commente t-il dans un sourire. A la sortie du lycée, le bachelier enchaîne les petits boulots.

En 1950, il entre au service technique de la mairie de Nice. "Mon premier gros chantier était l'élargissement de la promenade des Anglais", se souvient le taote, non sans émotion suite aux récents événements. Assidu à la tâche, Raymond Bagnis n'abandonne pas pour autant son rêve d'enfant. A l'intérieur de lui boue toujours l'envie de porter la blouse blanche. "Un jour, j'ai rencontré un copain d'école. Il m'a dit qu'il venait d'entrer à Santé navale, à Bordeaux. Je n'avais aucune idée de ce que cela pouvait être… Quand il m'a expliqué, j'ai compris que c'était la seule occasion que j'avais pour faire mes études."

Santé Navale, établissement gratuit, forme des médecins destinés à servir au sein du ministère de la Défense. Après une année de préparation au concours entre Nice et Marseille, Raymond Bagnis intègre l'école en 1954. Cinq ans plus tard, il obtient son diplôme de docteur en médecine. L'aventurier en herbe demande à être envoyé en Mauritanie, chose qu'il obtient. En 1960, c'est le grand départ. A 28 ans, ce fils d'immigrés piémontais pose pour la première fois le pied sur une autre terre que française.

UN TOUR DE MONDE PONCTUÉ D'ÉPIDÉMIES

Raymond Bagnis est marqué au fer rouge par ses aventures de médecin, de la Mauritanie jusqu'à Tikehau, aux Tuamotu.
Raymond Bagnis est marqué au fer rouge par ses aventures de médecin, de la Mauritanie jusqu'à Tikehau, aux Tuamotu.
"En Mauritanie, j'étais responsable du service hygiène mobile, explique Raymond Bagnis, assis dans la salle de réunion du conseil de l'ordre des médecins à Papeete. Je faisais de la chirurgie de brousse, j'ai travaillé sur la lèpre et de nombreuses maladies tropicales dans des situations parfois rocambolesques. C'était un pays très intéressant." Il y passe trois ans. Trois années riches en expérience et en souvenirs loin d'être oubliées 50 ans plus tard.

Avant de reprendre un poste en Allemagne, Raymond Bagnis se lance dans un tour du monde. Forts de ses expériences en Afrique, il n'a pas peur de grand-chose. Au contraire, il a soif de découvertes. Après un passage par l'Amérique du Sud et Los Angeles aux Etats-Unis, le médecin arrive en Polynésie française. Mais, à la douane, le jeune homme est repéré. "Quelqu'un m'a regardé et m'a dit que j'étais tout jaune. Effectivement, j'étais en train de faire une jaunisse."

Le médecin de l'armée veut le rapatrier en France. L'intrépide refuse et demande à être envoyé vers un de ses confrères à Raiatea. "J'ai passé quelques semaines auprès de lui pour me faire soigner, puis je suis reparti en tour du monde… Je suis allé en Calédonie et dans le sud-est asiatique. En arrivant à Hong-Kong, je suis tombé dans une épidémie de choléra… Mon tour du monde a été émaillé de plein de petite choses comme ça..", rit le médecin.

Après des mois à sillonner les continents, Raymond Bagnis arrive en Allemagne le 30 octobre 1963.

Quelques jours plus tard, il trouve sur son bureau une lettre en provenance de Raiatea. Il lit les quelques lignes: son confrère lui apprend qu'un poste de chirurgien, spécialité du jeune médecin, est vacant à l'hôpital. Sans hésiter, Raymond Bagnis pose sa candidature. Il est de retour à Tahiti le 21 décembre 1963.

"Là, je devais me rendre à Raiatea pour prendre mes fonctions. Sauf que l'on m'apprend qu'en réalité le poste a été donné à quelqu'un d'autre. Finalement, le 25 décembre, je pars sur un bateau pour les Gambier". En route, l'équipage sort de sa trajectoire pour aller vers un atoll des Tuamotu. A Tikehau, deux personnes sont gravement malades après avoir mangé du poisson. "Nous sommes appelés pour les soigner. Mais je n'avais jamais entendu une telle histoire. Pourtant, j'avais vu beaucoup de choses en Mauritanie. Les personnes étaient dans un tel état que j'ai été obligé de les mettre sous perfusion…" , explique le Polynésien d'adoption avec précision.

La maladie, jusqu'alors inconnue, se nomme "ciguatera". Devenu médecin des îles, Raymond Bagnis travaille en parallèle sur le sujet. En avril 1964, trois plongeurs meurent après avoir mangé des bénitiers. Etrange. "Nous pensions alors que c'était la maladie que nous venions de découvrir, la ciguatera. Finalement, il est apparu que non."
Deux chercheurs américains viennent en Polynésie française pour étudier le phénomène. Très vite, il est proposé à Raymond Bagnis de faire partie d'un programme de recherche sur la zone Pacifique. Ce dernier accepte. Sa mission : rapporter les informations recueillies sur le terrain et aider les scientifiques dans la recherche.

"En 1967, ma mission était terminée, j'étais censé quitter la Polynésie. Mais finalement, ça ne s'est pas fait. Je me suis lancé dans la recherche autour de la ciguatera". Un programme d'étude sur les poissons toxiques est mis en place. Une équipe internationale de scientifiques et de médecins prend ses quartiers à l'institut Malardé.
"A l'époque, beaucoup de gens pense que cette maladie a un rapport avec les essais nucléaires." Il n'en est rien. Premier succès scientifique pour Raymond Bagnis est son équipe à cette période : ils découvrent l'origine de la ciguatera. "Le but, alors, était de mettre au point une méthode de soins. Malheureusement, celle-ci n'a pas été encore complètement trouvée. Nous n'avons pas trouvé d'antidote", regrette le médecin chercheur.

Après des années passées au service de la recherche, le Niçois quitte l'institut Malardé en 1990. Il passe un peu de temps à l'université pour transmettre son savoir. Dix ans plus tard, Raymond Bagnis revient à l'essence même de son métier. "Je me suis remis à faire de la médecine libérale. Je suis devenu médecin remplaçant dans les îles, jusqu'en 2012", raconte le nonagénaire, bénévole depuis 2009 au sein du conseil de l'ordre des Médecins.

Raymond Bagnis s'arrête, comme pour se refaire le film de sa vie. Sa main frêle vient se poser sur son visage. L'homme réfléchit. Le temps s'est arrêté dans la salle de réunion du conseil de l'ordre des médecins. Le nonagénaire jette un coup d'œil par la fenêtre puis ajoute : "J'ai eu une vie extraordinaire. J'ai eu de la chance d'être né en France. J'ai eu de la chance de connaître les Tuamotu. J'ai eu l'impression de faire quelque chose d'utile. La vie des gens, c'est important. C'était mon rêve : aider les gens. C'est ce que j'ai essayé de faire. C'est un métier que j'ai toujours aimé…"

A 84 ans, Raymond Bagnis a conservé la foi en son métier qui l'animait plus jeune. Il l'assure : "Si j'avais un métier à refaire, c'est celui-ci que je referai…"

"Nous n'aurons jamais un médecin dans chaque île"

Raymond Bagnis a exercé en Polynésie française pendant plus de 50 ans. Il a une certaine idée de l'avenir de la médecine sur le territoire :

"Tout a changé depuis que j'ai commencé. Quand j'ai fait mes premières tournées de médecin des îles, il n'y avait d'avions dans les Tuamotu. Aujourd'hui, on peut faire des évasans. La médecine itinérante s'est vraiment très bien développée même si les gens souffrent encore. La Polynésie est unique avec sa dispersion géographique. La prochaine étape pour le territoire c'est la télémédecine. Nous n'aurons jamais un médecin dans chaque île, il faut être réaliste. Ici, la médecine ne sera jamais une médecine banale. Il y a très peu de médecins qui veulent aller dans les îles. Il faut noter tout de même que beaucoup de progrès ont été faits. L'avenir c'est la télémédecine. Mais pour cela, il va falloir former les gens, et bien les former. Il faut vraiment être doué pour faire de la télémédecine. "

Qu'est ce que la ciguatera?

La ciguatera est une intoxication alimentaire qui peut être mortelle. Elle apparaît souvent après la consommation de crustacés ou de poissons des écosystèmes coraliens des zones tropicales ayant accumulé dans leur chair, au cours de leur alimentation, d'importantes toxines. Il y aurait actuellement entre 30 000 et 50 000 cas de ciguatera par an dans le monde.

Rédigé par Amelie David le Samedi 30 Juillet 2016 à 16:06 | Lu 5762 fois







1.Posté par lebororo le 01/08/2016 12:56 | Alerter
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Poissons de Polynésie... (dans les 70')
Raymond Bagnis, philippe Mazellier, Jack Bennett et Erwin Christian
Super...

2.Posté par Dominique Curatolo le 01/08/2016 13:36 | Alerter
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Chapeau bas à ce grand Monsieur au grand cœur qui n'est qu' octogénaire.

3.Posté par Olibrius le 02/08/2016 00:03 | Alerter
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Mr Bagnis a surtout fait carrière dans la maçonnerie ce qui lui a permis de rester inamovible et de se sédentariser localement tout en conservant son statut d'expatrié avec les avantages dérogatoires qui s'y rattachent.

4.Posté par Pavlova le 03/08/2016 14:00 | Alerter
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Il a surtout rien fait durant toutes cas annees, sa Ciguatera on a vu le resultat aujourd'hui.
Tu as raison olibrius @3: c'est effectivement la maconnerie qui l'a sponsorise a tout vent et pour quel resultat probant ? NADA
Havahava tera mau fei'a ote Ote Moni a te fenua...e te haavare taatoa aita roa tu ei haama.

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