Tahiti Infos

Les infirmiers en grève ne décolèrent pas


Photo datant de décembre 2012, quand les infirmiers étaient déjà en colère pour les même raisons.
Photo datant de décembre 2012, quand les infirmiers étaient déjà en colère pour les même raisons.
PAPEETE, le 27 avril 2015 - Les infirmiers libéraux de Polynésie sont en grève. Puisque par définition ils ne sont pas salariés, leur grève prend une forme particulière : depuis lundi ils refusent de prendre en charge de nouveaux patients. Le mouvement pourrait rapidement affecter les hôpitaux et cliniques obligés de garder les patients hospitalisés plus longtemps.


"On n'est pas en train d'essayer d'avoir le beurre et l'argent du beurre. Nous voulons sauver notre profession" explique Jérôme Fernandez, le président du syndicat des infirmiers libéraux. Le syndicaliste assure aussi que 70% des infirmiers conventionnés du Pays sont syndiqués, et qu'ils sont très motivés à poursuivre le mouvement jusqu'à obtenir satisfaction : "on continuera le temps qu'il faudra. Qu'on travaille ou qu'on ne travaille pas, de toute façon on n'est pas payé !"

Les infirmiers libéraux réclament que la convention collective signée le 5 janvier 2009 soit respectée, en particulier les délais de paiement pour les patients au RST. "Depuis cinq ans ils piétinent notre convention collective, et on n'a rien dit" s'exclame Jérôme Fernandez. "Vous avez vu à la CPS, ils ont juste fait mine de toucher à leur convention, et ils ont déposé des barricades ! Nous, on a tout le temps assumé nos responsabilités, mais nous n'avons pas à assumer les disfonctionnements du système de santé !"

Le syndicaliste assure également que si le mouvement provoque des problèmes dans les hôpitaux, "ce n'est pas mon problème, c'est celui des politiques. Moi mon problème, c'est la continuité des soins sur lesquels je me suis engagé. Mais on ne travaille pas gratuitement."

Enfin, il répond aux critiques exprimées par des politiques et des membres du public, qui soutiennent que les infirmiers libéraux sont des privilégiés : "Il y a 15 ans les infirmiers gagnaient beaucoup d'argent, c'est vrai. Mais maintenant c'est fini. Les charges ont augmenté continuellement, et maintenant peuvent représenter 50% de notre chiffre d'affaires. Les lettres-clé (équivalent du point d'indice chez les fonctionnaires) ont baissé de 10% depuis 1995, quand l'inflation a progressé de 30% sur la même période ! Aujourd'hui le salaire horaire est plus élevé pour les infirmiers de l'hôpital que les libéraux, sauf que nous on n'a pas de congés, pas d'arrêt maladie, pas de retraite, qu'on peut travailler 15 heures par jour…"

Les hôpitaux pourront toujours assurer les urgences

Le problème dans les hôpitaux publics et les cliniques privées, c'est le taux d'occupation élevé des lits. "En chirurgie et en médecine, nous sommes à des taux d'occupation de 92%, ou 95%. Les normes pour permettre une rotation fluide, c'est 85%" nous explique le secrétaire général du CHPF, Jean-Marie Savio. Dans les cliniques privées, les taux d'occupation sont également très élevés.

Du coup, pour libérer les lits plus vite et accueillir plus de patients, les établissements de santé utilisent dès que possible les soins à domicile, et souvent ce sont les infirmiers libéraux qui prennent les patients en charge. Cette grève "ne va pas bloquer l'hôpital, mais ça va lui compliquer la vie" admet le directeur. "On ne refusera jamais les patients aux urgences, mais on pourrait avoir du mal à leur trouver un lit. Il va peut-être falloir décaler des opérations programmées afin de pouvoir accueillir les urgences."

La CPS a annoncé par communiqué recevoir le syndicat des infirmiers demain à 14h.

Rédigé par Jacques Franc de Ferrière le Lundi 27 Avril 2015 à 15:47 | Lu 2628 fois