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Les communes en première ligne



La principale problématique des maires est de mobiliser leurs agents communaux malgré la crainte du virus.
La principale problématique des maires est de mobiliser leurs agents communaux malgré la crainte du virus.
Tahiti, le 5 avril 2020 – Contrôle du confinement et du couvre-feu, distribution des repas, veille sanitaire, gestion des cas infectés par le virus… Les communes et leurs tāvana sont les premiers acteurs de terrain concernés par la gestion de la crise du coronavirus et la mise en place du confinement. Tahiti Infos est allé à la rencontre des trois maires de Papara, Hitia’a o te Ra et Taiarapu Est pour évoquer leurs difficultés au quotidien et revenir notamment sur la distribution du matériel pédagogique et l’interdiction de le vente d’alcool.
 
Moins en vue que les services de l’État et du Pays depuis le début de l’épidémie de coronavirus en Polynésie française, les communes du fenua n’en sont pas moins en première ligne de la gestion de crise mise en place sur l’ensemble du territoire. Vendredi après-midi, les tāvana des îles du Vent et leurs représentants se sont réunis à la présidence avec le gouvernement et le haussariat pour évoquer les principaux problèmes rencontrés depuis la mise en place du confinement et la déclinaison locale des mesures prises par le Pays. « C’est une rencontre qu’on a souhaité faire avec le haut-commissaire, parce que ce sont les maires qui tâtent le pouls sur le terrain, qui vivent avec ces populations qui sont aujourd’hui obligées de se confiner avec toutes les difficultés, toutes les contraintes que l’on connaît », a expliqué le président Édouard Fritch à l’issue de la réunion.
 
Alors que les plans communaux de sauvegarde ont été déclenchés dans la totalité des municipalités de Polynésie française, la principale problématique des maires reste de mobiliser leurs agents communaux malgré la crainte du virus. « Tous nos mūto’i et nos pompiers sont équipés avec le matériel de protection qu'il faut. Un véhicule a été affecté spécialement pour le secours aux personnes. Nous avons également dégagé un véhicule qui sera dédié uniquement au transport de cas de Covid-19 », explique le tāvana de Papara, Gaston Tunoa. « Depuis le jour où on a ouvert nos cellules de crise, nos mūto’i travaillent 24h/24 », rappelle le maire de Hitia’a o te ra, Dauphin Domingo.
 

Ça coince sur le matériel pédagogique

Les maires ont exprimé leurs réticences à se voir confier la distribution du matériel scolaire.
Les maires ont exprimé leurs réticences à se voir confier la distribution du matériel scolaire.
Alors que le directeur de la DGEE et le directeur de cabinet de la ministre de l’Education avaient appelé jeudi les tāvana à venir leur prêter main forte pour la distribution du matériel pédagogique dans le cadre de la rentrée scolaire en confinement, les maires ont globalement exprimé leurs réticences à se voir confier cette nouvelle mission. « L’objectif est très louable. Nous avons tous des enfants et des mo’otua. Nous savons quelles sont les difficultés pour assurer l’éducation. (…) Mais le problème, c’est que les services qui sont déjà en activité sont déjà surchargés », explique le maire de Taiarapu Est, Anthony Jamet. « Je ne dis pas non, mais pas dans n’importe quelles conditions ».

Même son de cloche pour Dauphin Domingo : « Aujourd’hui, c’est vrai que c’est ma commune. Mais le responsable de l’éducation, ce n’est pas moi. C’est le Pays et son ministre. C’est à eux de trouver une solution. (…) Si demain, mes agents attrapent la maladie en faisant ces missions, ce sera le maire qui lui aura imposé d’aller travailler. Moi je veux protéger mes employés. Donc il faut aussi que l’éducation nous aide. »
 
« Sur ce sujet de l’éducation, effectivement certains traînent des pieds, mais ce n’est pas parce qu’ils n’ont pas envie de faire le boulot. C’est parce qu’ils estiment que c’est un sujet très spécialisé », a résumé vendredi le président Édouard Fritch à l’issue de sa rencontre avec les tāvana. Le gouvernement a donc annoncé qu’il reviendrait vers les enseignants pour évoquer cette question avec eux.

Les maires plutôt pour l’interdiction de l’alcool

La question de l’interdiction de la vente d’alcool depuis le début du confinement a également été au cœur des discussions avec les tāvana vendredi dernier. « J’en ai parlé. Et il y a eu un silence assourdissant. En d’autres termes, effectivement, les maires ne sont pas prêts à ré-accepter la vente de l’alcool », a expliqué le président du Pays. Des propos confirmés par les intéressés, notamment à Hitia’a o te ra et à Taiarapu Est : « On ne peut pas nier aujourd’hui les effets bénéfiques de cette situation. Il y a moins de troubles à domicile. Moins de problèmes familiaux… Il y a certes des conséquences économiques. Mais il faut savoir à un moment fixer des priorités », indique Anthony Jamet. Dans la foulée, vendredi soir, le Pays a annoncé le maintien de l’interdiction de la vente d’alcool jusqu’à la fin du confinement.
Vaite Urarii Pambrun, Désiré Teivao et Antoine Samoyeau

Papara

Gaston Tunoa, maire de Papara, a tenu à souligner le travail de la police municipale et des pompiers qui sont en première ligne tous les jours.
Gaston Tunoa, maire de Papara, a tenu à souligner le travail de la police municipale et des pompiers qui sont en première ligne tous les jours.
Gaston Tunoa
Maire de Papara 
« Connaître au moins la zone où habite une personne atteinte »
« On ne veut pas forcément connaître l'identité de la personne atteinte du coronavirus. Mais on veut connaître au minimum dans quelle zone géographique cette personne habite pour prendre des précautions et éviter que le virus se propage dans le voisinage », a insisté vendredi Gaston Tunoa, maire de la commune de Papara, où un cas de Covid-19 a été confirmé depuis le début de l'épidémie au début du mois de mars. « Dans le cas où le virus viendrait à se propager on pourrait penser à confiner ces personnes dans une salle mise à disposition par la commune ».

À l'image de ses voisines, la commune de Papara a activé depuis le début du confinement, il y a deux semaines, son Plan communal de sauvegarde (PCS) dans le but de lutter contre l'épidémie de Covid-19. « Tous nos mūto'i et nos pompiers sont équipés avec le matériel de protection qu'il faut. Un véhicule a été affecté spécialement pour le secours aux personnes. Nous avons également dégagé un véhicule qui sera dédié uniquement au transport de cas de Covid-19 », explique Gaston Tunoa.

Concernant le respect des règles de confinement, « on est globalement content de la notre population », indique le chef-adjoint de la police municipale de Papara. « On a mis des amendes, même si on continue de privilégier la prévention. On comprend que le confinement est dur pour la population. On essaye de trouver un juste milieu ».

Sollicité pour la distribution des manuels scolaires dans le cadre de la continuité pédagogique, Gaston Tunoa demande aux personnels de l'éducation et aux associations de parents d'élèves de s'organiser au mieux. « Au niveau de la police, il y a déjà des contrôles routiers à faire tous les jours. En plus, on a nous demandé de réduire le personnel communal à cause des consignes de confinement. Nous n'avons pas les moyens pour assurer cette mission ».
 

Taiarapu Est

Anthony Jamet
Maire de Taiarapu Est
« Il faut arrêter de se reposer uniquement sur la commune »
« Nous faisons tout pour qu’il n’y ai pas de cas. Mais ça peut arriver. Il faut être clair, on ne peut pas présager de ce qui va arriver pendant cette crise ». Depuis le début de la crise, le maire de Taiarapu Est, Anthony Jamet, organise périodiquement des réunions de crise périodiques avec « à chaque fois des personnes ressources invitées » comme les responsables de l’hôpital, ceux de l’Etat ou du Pays... « Nous savons aujourd’hui qu’il y a eu un cas pas très loin de chez nous à Taiarapu Ouest. Et nous recherchons quelques sites d’accueils pour ces personnes dans le cas où il y aurait plusieurs cas ». Le maire explique disposer aujourd’hui du lycée technique et du lycée agricole de Taravao qui disposent chacun d’un internat, et tout dernièrement d’une salle de séminaire mise à disposition de la commune. « Ca permettra de protéger des personnes qui sont dans des familles nombreuses par exemple ».
 
Sur la distribution du matériel pédagogique à partir de lundi, le maire ne veut pas opposer de refus catégorique mais se dit démuni. « Le problème, c’est que les services qui sont déjà en activité sont surchargés. Si on prend l’exemple de la police municipale, elle a déjà des contrôles à faire, des déplacements et des transports… Je ne dis pas non, mais pas dans n’importe quelles conditions ». 

Le tāvana estime que les agents communaux sont déjà largement sollicités au quotidien pour gérer des situations que ses personnels n’avaient jamais rencontrées jusqu’ici. « Il faut arrêter de se reposer uniquement sur la commune. On ne peut pas présager de la durée de cette situation. On est d’accord pour participer, mais pas dans n’importe quelles conditions ». Enfin, l’édile se félicite du maintien de l’interdiction de la vente d’alcool. « On ne peut pas nier aujourd’hui les effets bénéfiques de cette situation ».

Et s’il ne ferme pas la porte à une réouverture, il estime qu’elle doit se faire da manière réfléchie. « Il faut qu’une réflexion soit poussée pour éviter qu’on retombe dans une situation qu’on connaissait avant. Et qu’on profite quand même de cette sérénité. »

Hitia’a o te Ra

Dauphin Domingo
Maire de Hitia’a o te Ra
« Le komo, c’est partout »
Avec la découverte d’un premier cas de coronavirus à Hitia’a o te ra ce week-end, la situation est devenue plus tendue dans la commune de Dauphin Domingo. Comme d’autres responsables municipaux, le tāvana regrette le manque d’informations sur la situation géographique exacte des cas de coronavirus pour prévenir la population alentours. « Nous ne savons pas où se trouve exactement le malade. Même si depuis la nouvelle, il y a pas mal de gens dans la population qui m’ont appelé pour savoir où se trouvait ce nouveau cas. Ils ont peur et ils veulent savoir où se trouve la maladie. Même le tāvana délégué de Papenoo m’a appelé pour savoir où se trouvait ce cas. » Le maire aimerait trouver des solutions de confinement pour les personnes infectées. « On a eu une réunion avec l’Etat et le Pays pour savoir où on peut isoler ces familles qui ont un cas dans quelques bâtiments. On a évoqué les écoles primaires, mais je ne peux pas. Il y a des enfants qui vont retourner dans ces écoles et il y a un risque. Donc on a demandé à ce qu’on puisse les isoler dans un bâtiment qui soit gardé par les mūto'i et par la famille elle-même. »
 
Dauphin Domingo lui aussi explique que ses moyens sont limités pour lutter efficacement contre l’épidémie. « Le problème, c’est qu’on met tout sur la commune. Alors que la sécurité, ce n’est pas nous. C’est l’Etat. Aujourd’hui, les masques viennent juste d’arriver. Mais pour combien de personnes ? Aujourd’hui, on parle d’isoler les familles infectées. Mais où ?... » L’élu estime que ses agents sont déjà largement mobilisés et que la question de la distribution des documents pédagogique est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. « On m’a appelé samedi matin pour me dire que tous les directeurs d’école veulent que nos mūto'i s’occupent de ça… Mais vous savez, depuis le jour où on a ouvert nos cellules de crise, nos mūto'i travaillent 24h/24… Aujourd’hui, c’est vrai que c’est ma commune. Mais le responsable de l’éducation, ce n’est pas moi. C’est le Pays et son ministre. C’est à eux de trouver une solution ». Il propose notamment de rouvrir les écoles uniquement « pour ceux qui n’ont pas Internet ». 

Concernant l’interdiction de la vente d’alcool, le tāvana apparaît également très remonté contre ceux qui plaident pour une réouverture. « On a eu une réunion vendredi et on en a parlé un peu. Parce qu’aujourd’hui, on a Fourcade (Brasserie de Tahiti, NDLR) qui est milliardaire dans ce Pays et qui rouspète parce que si on ne rouvre pas la vente de bière et de vins dans ce pays, il va licencier ? Mais c’est quoi ça ? Et la maladie alors ? » 

Pour le tāvana, pas question de rouvrir la vente dans l’immédiat, mais pourquoi pas au compte-goutte. « Moi, le maire, j’aime bien la bière. Mais bon, il y a la maladie. (…) Alors pourquoi pas ouvrir quelques jours dans la semaine ? ». Interrogé sur le trafic de komo puaka durant cette période de privation d’alcool, le tāvana ne se fait pas d’illusions. « Vous savez, ça, c’est partout. Le komo, c’est partout. Les jeunes, ils savent comment il faut faire. »

le Lundi 6 Avril 2020 à 01:43 | Lu 2769 fois





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