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Les combats font rage à Gaza, malgré les pressions sur Israël


JACK GUEZ / AFP
JACK GUEZ / AFP
Territoires palestiniens | AFP | mercredi 13/12/2023 - Les alliés d'Israël ont accru leurs pressions pour obtenir un cessez-le-feu dans la bande de Gaza assiégée et dévastée par la guerre, où les combats terrestres accompagnés de bombardements meurtriers ont encore fait rage mercredi.

Prenant le relais d'un Conseil de sécurité paralysé par le veto américain, l'Assemblée générale de l'ONU a adopté massivement mardi une résolution non contraignante réclamant "un cessez-le-feu humanitaire immédiat" à Gaza, où la guerre entre Israël et le Hamas a plongé des centaines de milliers de Palestiniens dans une situation humanitaire désespérée. 

Dans un avertissement inédit lancé à Israël, le président américain Joe Biden a critiqué des bombardements "aveugles" sur le territoire palestinien.

Malgré cela, les frappes aériennes et les combats au sol se sont poursuivis pendant la nuit, en particulier à Khan Younès et Rafah, dans le sud, et dans la ville de Gaza, dans le nord, selon des correspondants de l'AFP sur place.

Selon le ministère de la Santé du Hamas, les raids ont fait plus de 50 morts dans la ville de Gaza, à Khan Younès et à Rafah, ainsi qu'à Nousseirat et Deir al-Balah, dans le centre du territoire. 

Rafah, la ville frontalière avec l'Egypte, est devenue un gigantesque camp avec des centaines de tentes bricolées à l'aide de bouts de bois, de draps et de bâches en plastique, où les déplacés s'abritent tant bien que mal sous la pluie, alors que l'hiver et le froid s'installent.

A Deir al-Balah, les pluies diluviennes ont aussi inondé un camp. "L'eau de pluie s'est infiltrée dans nos tentes. Nous ne pouvions pas dormir. Nous avons essayé d'obtenir des couvertures en nylon, mais nous n'en avons pas trouvé, alors nous avons eu recours à des pierres et du sable" pour bloquer l'eau, a raconté à l'AFP Amine Edwan, un déplacé.

"Nous n'avons pas pu obtenir de matériel en nylon, de marteaux ou de pelles" pour réparer les tentes, ajoute-t-il. "Après tout, c'est un camp pour personnes déplacées."

"Feu vert à Israël" 

Des Palestiniens rencontrés par l'AFP à Rafah n'attendent rien de la résolution de l'ONU. "Les États-Unis ont donné à Israël le feu vert en général. Et les superpuissances, comme le Royaume-Uni et la France, ont donné à Israël le feu vert, de sorte que personne ne peut contrôler Israël", a déploré un habitant de la ville, Khaled Cheikh al-Eeid.

Israël a promis de détruire le Hamas après une attaque sans précédent menée le 7 octobre sur le sol israélien par ses commandos infiltrés depuis la bande de Gaza. Elle a fait environ 1.200 morts, en majorité des civils, selon les autorités, tandis que 240 personnes environ ont été enlevées et emmenées à Gaza par le Hamas et d'autres groupes alliés. 

Selon le ministère de la Santé du Hamas, 18.608 personnes ont été tuées par les bombardements israéliens sur Gaza, en grande majorité des femmes et des moins de 18 ans.

En parallèle à sa campagne de frappes aériennes dévastatrices, l'armée mène une offensive terrestre depuis le 27 octobre contre le Hamas, qu'elle a étendue à l'ensemble de la bande de Gaza après avoir pris le contrôle de plusieurs secteurs dans le nord. 

L'armée israélienne a annoncé mercredi que 115 soldats étaient morts à Gaza depuis le début des opérations terrestres, après la journée la plus meurtrière mardi pendant laquelle dix soldats ont été tués.

Une trêve de sept jours a permis fin novembre de libérer 105 personnes enlevées en Israël le 7 octobre, tandis que 135 otages, selon l'armée, restent détenus à Gaza.

"Souffrance continue" 

Mardi, Israël et les Etats-Unis ont voté contre la résolution adoptée à l'ONU par 153 voix pour, 10 contre et 23 abstentions, qui ne condamne pas le Hamas. Ces deux pays estiment qu'un cessez-le-feu immédiat laisserait au mouvement islamiste le contrôle de la bande de Gaza.

Le Hamas, qui a pris le pouvoir à Gaza en 2007, est classé organisation terroriste par les Etats-Unis, l'Union européenne et Israël notamment.

Fervent soutien d'Israël, Joe Biden a cependant critiqué le gouvernement de Benjamin Netanyahu pour son opposition à une solution "à deux Etats" avec les Palestiniens, et l'a mis en garde contre une érosion du soutien international à sa guerre.

"Il n'y a aucun doute sur la nécessité de supprimer le Hamas", a dit Joe Biden. Mais, a-t-il averti, si Israël dispose à l'heure actuelle du soutien de "la majeure partie du monde", "ils sont en train de perdre ce soutien avec les bombardements aveugles qui ont lieu".

Dans une déclaration commune, les Premiers ministres canadien, australien et néo-zélandais se sont déclarés mercredi "alarmés par la diminution de l'espace de sécurité pour les civils à Gaza". "Le prix à payer pour vaincre le Hamas ne peut être la souffrance continue de tous les civils palestiniens", ont-ils ajouté.

Dans la bande de Gaza, soumise à un blocus israélien depuis 16 ans et à un siège total depuis le 9 octobre, 85% des 2,4 millions d'habitants ont été déplacés, dont beaucoup plusieurs fois depuis le début de la guerre, et des quartiers entiers détruits par les bombardements.

Les Palestiniens de Gaza vivent "l'enfer sur terre", a lancé mardi le directeur de l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa), Philippe Lazzarini.

Pénurie de vaccins 

Après avoir fui leurs maisons dans le nord puis leurs abris dans la grande ville de Khan Younès, des dizaines de milliers de Palestiniens s'abritent désormais à Rafah, tout au sud du territoire, ciblée quotidiennement par l'armée israélienne.

Mercredi, des déplacés tentaient de se réchauffer autour d'un brasero ou sous l'une des tentes plantées sur un terrain boueux, où des femmes et des enfants étaient blottis sous des couvertures, selon des images de l'AFP.

Selon l'Ocha, la surpopulation et la malnutrition favorisent la propagation de maladies comme la diarrhée, la grippe et la variole, accablant encore un système de santé déjà submergé.

Les vaccins pour enfants manquent, a annoncé mercredi le ministère de la Santé du Hamas, prévenant que cette pénurie "aurait des conséquences catastrophiques sur la santé des enfants et la propagation de maladies".

Il appelle les institutions internationales à "intervenir rapidement" pour "empêcher un désastre".

Dans le nord, l'armée a annoncé mercredi avoir mené une frappe aérienne contre une "cellule terroriste" à Shujaiyya - une banlieue de la ville de Gaza - qui se préparait à tirer des roquettes sur Israël.

Le directeur général de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a fait état d'un raid israélien contre l'hôpital Kamal Adwan de Gaza, où se trouvent 65 patients et 45 soignants. "Je suis extrêmement inquiet", a-t-il écrit sur X (ex-Twitter).

Israël accuse régulièrement le Hamas d'utiliser des hôpitaux, des écoles et des mosquées pour abriter des installations militaires, ce que le mouvement palestinien dément. 

Selon l'organisation de l'ONU pour la coordination des affaires humanitaires Ocha, cent camions d'aide sont entrés depuis lundi soir via Rafah, et 120.000 litres de carburant, une assistance qui reste d'après elle très en deçà des besoins.

Israël contrôle l'entrée de l'aide internationale à Gaza via l'unique point de passage ouvert de Rafah, avec l'Egypte. En raison des combats, cette aide est très difficilement acheminée au-delà de Rafah.

le Mercredi 13 Décembre 2023 à 05:23 | Lu 773 fois