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Le retour du "risque" Covid en Polynésie



Tahiti, le 14 juillet 2020 – Avec la réouverture des frontières, notamment aux touristes américains, à compter du 15 juillet, la Polynésie va de nouveau faire face au risque d'introduction du Covid. Malgré le double test imposé au fenua, les autorités du Pays, comme les acteurs économiques, estiment que la probabilité d'une réintroduction du virus au fenua est inéluctable. "Vraisemblablement, nous aurons des covid+ qui vont se développer ici", concédait mardi le président du Pays, Édouard Fritch.
 
Plus ou moins assumée par les autorités ces dernières semaines, le "risque" d'une réintroduction du Covid en Polynésie française avec la réouverture des frontières aux touristes internationaux est désormais dans tous les esprits au fenua. Une crainte renforcée ces derniers jours avec la progression de l'épidémie aux États-Unis et la décision du gouverneur de Californie, lundi, de procéder à des mesures de re-confinement pour ralentir la propagation du virus. Pour autant, le haut-commissariat a confirmé mardi avoir indiqué au Pays que, compte-tenu du dispositif de double test et du suivi des arrivants via la plateforme "Etis", les liaisons aériennes avec les États-Unis étaient autorisées pour permettre aux ressortissants américains de se rendre en Polynésie française.
 
Mardi, en marge de la cérémonie du 14 juillet, le président du Pays Édouard Fritch a une nouvelle fois appelé la population à "reprendre quelques habitudes que nous avons un peu laissées de côté" sur les gestes barrières, mais il a surtout concédé que "vraisemblablement nous aurons des covid+ qui vont (…) se développer ici". Quelques jours plus tôt, jeudi dernier, le président du Pays et le haut-commissaire annonçaient un deuxième auto-test obligatoire pour tous les visiteurs arrivant en Polynésie, en plus du test négatif 72 heures avant le vol. Mais le discours était déjà celui d'assumer le risque du Covid, plutôt que de continuer à faire peser le poids de la fermeture des frontières sur l'économie touristique. "Mieux vaut prendre ce risque aujourd'hui, dépenser peut-être un peu plus d'argent, que de laisser le Pays dans la crise où on dépensera un peu plus, beaucoup plus, dans les prochains mois. Donc je suis conscient que c'est un risque", déclarait déjà Édouard Fritch.
 
"Réagir et soigner"
 
Côté santé aussi, la stratégie a changé. S'il s'agissait auparavant de pister le virus pour l'éradiquer, on explique qu'il faut aujourd'hui davantage "réagir et soigner". Dans les anciens locaux de TNAD à Papeete, qui ont accueilli la cellule de crise Covid-19 du Pays, c'est désormais une "cellule de coordination de crise santé" qui a été installée par le ministère de tutelle. Sur place, une quinzaine de personnes de l'Agence de régulation de l'action sanitaire et sociale (Arass), de la Direction de la santé et du Bureau de veille sanitaire (BVS) s'occupent désormais uniquement de la réponse en terme de "soins". L'Arass pilotant le logiciel Firiora, dont le rôle est de centraliser les informations remplies par les voyageurs arrivant sur le territoire via le formulaire "Etis". La direction sanitaire s'occupant notamment de la coordination des soins dans toutes les îles. Et le BVS étant en charge des enquêtes sanitaires dès la découverte d'un cas positif. Sur place également, quatre personnes géreront une nouvelle ligne verte en remplacement de celle fermée le 31 mai dernier, mais uniquement pour des questions médicales.
 
Jeudi dernier, une question juridique se posait encore sur la question du "consentement" des touristes ou résidents des îles dépistés positifs au coronavirus à regagner Tahiti. En effet, les autorités du Pays s'interrogeaient sur les possibilités légales de contraindre un cas Covid qui ne souhaiterait pas quitter son lieu de villégiature ou de résidence. On touche là aux libertés fondamentales, dont les atteintes sont strictement encadrées. Sur Tahiti, le Pays a conservé deux centres d'accueil pour cas Covid : l'un plutôt destiné aux touristes à l'hôtel Tiare qui vient de fermer ses portes en centre-ville de Papeete, l'autre plutôt destiné aux résidents locaux à Tibériade à la Presqu'île.
 
Risque sanitaire…
 
Du côté des professionnels de santé, on confirme se préparer à "vivre avec le virus", explique le président du syndicat des médecins libéraux, Didier Bondoux. "On n'empêchera pas l'entrée du Covid. Ce qu'il faut, c'est qu'il y ait le moins de cas possible. Et pour cela, on a quand même le recul des trois mois précédents. Mais des cas, il y en aura. Statistiquement, c'est obligatoire. C'est inévitable." Pour le médecin, c'est surtout la situation des îles qui doit être la "principale préoccupation" : "Les touristes vont essentiellement aller dans les îles. Du côté des professionnels de santé, normalement le ministre Jacques Raynal nous a confirmé que le matériel avait été mis à disposition. Il y a des tests qui ont été livrés dans les îles. Mais il y a aussi des sur-blouses, des masques FFP2. Le problème dans les îles, c'est que les professionnels de santé seront plus longtemps en contact avec les patients atteints du covid. Le risque, il est là." Pour autant, Didier Bondoux concède lui aussi que les "prérogatives économiques paraissent largement aussi importante que les considérations sanitaires".
 
Au centre hospitalier, la numéro deux de la CSTP-FO, Mireille Duval, a déjà évoqué ces derniers jours la crainte des personnels, même préparés. "Nous sommes vraiment en première ligne. On a peur, il ne faut pas croire qu'on n'a pas peur parce qu'on est dans la santé", expliquait la syndicaliste mardi. "Dans tous les secteurs, c'est pareil. Les gens ne parlent pas, parce que culturellement, on est comme ça. Mais la crainte monte. Dans la logique, ce qu'on craint c'est de retourner à un confinement. Mais est-ce que c'est économiquement possible ? Ca m'étonnerait parce que ce serait plomber l'économie locale."
 
En "première ligne" également, le directeur général d'Air Tahiti, Manate Vivish, explique être lui-aussi bien davantage conscient du risque que lors des premiers cas apparus en Polynésie. "Des craintes, oui on en a tous. C'est un sentiment partagé dans la compagnie. On enregistre les passagers, on est dans les avions. C'est une appréhension qui est aujourd'hui raisonnée, parce qu'on a eu le recul de la première vague qui n'est pas arrivée. On a eu les gestes barrières. Tout ça a été mis en œuvre. On a rappelé les gens à la prise de conscience du risque. On essaie de faire passer le message que, cette fois-ci, le risque est réel. Autant les premières fois, c'était un galop d'essai. On n'a pas véritablement été exposés. Même si on a pu penser qu'on pouvait l'être. Cette fois-ci, le risque est réel."
 
… contre risque économique
 
Du côté des professionnels du tourisme, comme du Pays, la nécessité de la réouverture des frontières pour venir en aide à un secteur clé de l'économie polynésienne a déjà largement été exposée ces derniers mois. Même si les dernières études économiques publiées au fenua ont tout à la fois revues à la baisse le poids réel du tourisme dans l'économie locale et appelé à "diversifier" davantage l'économie polynésienne pour la rendre moins "dépendante". Pour autant, hors secteur touristique, on craint aussi le risque d'une réintroduction du virus pour l'économie locale. Surtout depuis la reprise d'activité, certes encore timide, post-confinement.
 
"Si on re-confine, c'est la catastrophe. On ne se remettrait pas d'un deuxième confinement", confirme le patron de la CPME, Christophe Plée, selon qui tout reste question d'équilibre. "Tout le monde est dubitatif. C'est un choix qui a été fait. Il n'est pas facile à faire. Je pense que le gouvernement a pesé le pour et le contre. Le risque, il est accepté. Si on reste fermés, on a des centaines de boites qui vont fermer. Et pas uniquement dans le tourisme. C'est ce qui a été mesuré."
 
Même l'église protestante, opposée à l'ouverture des frontières, met aujourd'hui elle aussi l'aspect économique dans la balance. "Comme on l'avait dit, l'ouverture au ciel international, c'est donner une deuxième chance au coronavirus", lâche le président de l'église protestante mā’ohi, François Pihaatae. "Après, l'ouverture pour la relance économique, comme il n'y a pas d'autres options... Il n'y a peut être pas le choix. Mais il faudrait aussi penser à relancer l'économie bleue, l'économie verte aussi. Le problème de ne miser que sur la relance du tourisme, c'est que le jour où une situation comme celle-ci se reproduit, on aura toujours le même problème."
 
Sur ses gardes
 
Reste que la situation sanitaire de la Polynésie sera particulièrement scrutée dans les prochains jours, à la fois par les autorités et par la population. Souvent oubliées, les précautions sur les gestes barrières ont déjà repris dans le public comme dans le privé. Dès lundi, de nouvelles rumeurs de cas de coronavirus sur les réseaux sociaux ont obligé le gouvernement à diffuser un démenti et à rappeler qu'il continuerait à diffuser tous les chiffres des nouveaux cas de Covid au fenua… De quoi rappeler, déjà, quelques souvenirs.
 

​Édouard Fritch, président du Pays : "Vraisemblablement nous aurons des covid+"

"Il faudra effectivement que l'on reprenne quelques habitudes que nous avons un peu laissé de côté. Il faudra que l'on soit un peu plus vigilants. Mais je crois qu'il faudra petit à petit ré-engranger ces vieilles habitudes que nous avions adoptées pendant trois mois. C'est important parce qu'il faut effectivement se protéger. Nous ferons tout pour que les touristes se protègent eux-mêmes et restent le plus dans leurs hôtels, dans leur milieu. Mais un accident est très vite arrivé. (…) Notre difficulté, malgré tout, et c'est ce qui va commander la suite des opérations, c'est la situation ici en Polynésie. Bien sûr que vraisemblablement nous aurons des covid+ qui vont venir. Non pas venir, mais qui vont se développer ici puisque théoriquement tous les touristes qui débarquent seront testés, y compris les locaux, donc on ne devrait pas avoir de problèmes quand même."

Propos recueillis par Radio 1

Rédigé par Antoine Samoyeau le Mercredi 15 Juillet 2020 à 08:11 | Lu 2868 fois





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