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Le pari risqué de Brotherson


Tahiti, le 22 mai 2026 - Interpellé jeudi matin à Tarahoi sur son isolement politique grandissant et l’absence de majorité stable à l’assemblée, Moetai Brotherson a une nouvelle fois exclu toute démission. Le président du Pays assure vouloir mener son mandat jusqu’au bout, tout en reconnaissant devoir désormais “composer avec une assemblée plurielle”. Une réponse qui n’a guère convaincu Édouard Fritch, persuadé que le Pays “s’enfonce tout doucement vers une crise forte”.

 
C’est un non ferme et définitif. Malgré l’effritement de sa majorité, Moetai Brotherson n’a aucune intention de quitter la présidence du Pays. Interrogé jeudi matin lors des questions orales par les élus du Tapura, qui lui demandaient s’il comptait “tirer les conséquences” de son isolement politique croissant, le président du Pays a répondu sans notes, “en live”, en revendiquant avant tout un devoir de stabilité. “Je prends mes responsabilités en menant l’exécutif jusqu’au terme du mandat qui m’est confié”, a-t-il affirmé.
 
Si le mot “démission” n’a jamais été prononcé par les auteurs de la question, Moetai Brotherson a néanmoins choisi d’y répondre frontalement. “Je l’ai déjà dit, je ne le ferai pas parce que ce n’est pas le moment”, a-t-il insisté, évoquant “des dossiers importants en cours” et la nécessité d’éviter une période d’instabilité supplémentaire.
 
Le président du Pays reconnaît toutefois l’impasse politique actuelle. “On est obligé aujourd’hui (…) de composer avec une assemblée plurielle”, a-t-il admis, estimant que, dans la configuration actuelle, “quel que soit celui qui sera assis ici pour les deux ans qui viennent, il n’aura pas de majorité”. Un message qui sonne presque comme une mise en garde adressée à tous ceux qui rêvent déjà d’un “après-Brotherson” : sans nouvelle recomposition politique, aucun président ne disposerait aujourd’hui d’une majorité stable à Tarahoi. Qu’il vienne du Tapura, du Tavini ou d’ailleurs.
 
Le spectre d’une crise politique durable
 
Reste que cette nouvelle donne oblige désormais le chef de l’exécutif à infléchir sa méthode de gouvernance. “Il faut peut-être prendre plus de temps pour rencontrer les uns et les autres au moment de l’élaboration des textes”, a poursuivi le chef de l’exécutif, avant de glisser quelques piques idéologiques à ses opposants, évoquant “des ultralibéraux assumés” ou encore “des gens qui se disent de gauche mais ont des actions de droite”.
 
Une réponse loin d’avoir rassuré le Tapura. Au sortir de l’hémicycle, Édouard Fritch a estimé que Moetai Brotherson “va s’entêter jusqu’au bout”, regrettant un président “pas préoccupé” par l’absence de majorité stable à Tarahoi. “On s’oriente tout doucement, mais sûrement, vers une situation de crise forte dans ce pays”, a-t-il averti.
 
L’ancien président du Pays pointe surtout un paradoxe : comment continuer à promettre de grands projets sans majorité pour les faire adopter ? “De quels dossiers importants il parle ?”, s’est-il interrogé, prenant l’exemple du dossier de la piscine olympique, devenu selon lui le symbole d’une gouvernance brouillonne.
 
Malgré les tensions, le Tapura assure toutefois ne pas vouloir provoquer de chute du gouvernement. Édouard Fritch répète vouloir “respecter le choix de la population de 2023”, qui a porté les indépendantistes au pouvoir. Mais pour l’ancien président du Pays, les véritables turbulences restent à venir. Quelques heures plus tard, lors des débats sur l’abrogation du RNS, Nuihau Laurey dressera d’ailleurs le même constat, comparant la situation actuelle à une “France à l’arrêt” depuis la dissolution de l’Assemblée nationale. L’ancien vice-président du Pays a estimé que le gouvernement “s’achemine vers une gestion chaotique des affaires courantes”, prévenant que “l’adoption des textes budgétaires serait un long calvaire”.
 

Rédigé par Stéphanie Delorme le Jeudi 21 Mai 2026 à 18:54 | Lu 554 fois