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L'île flottante sera-t-elle financée en bitcoins ?



Une île flottante à 60 millions de dollars, "intégrée dans le paysage" polynésien (image : Blue Frontiers).
Une île flottante à 60 millions de dollars, "intégrée dans le paysage" polynésien (image : Blue Frontiers).
PAPEETE, le 30 novembre 2017 - Le projet d'île flottante porté par la fondation californienne Seasteading Institute commence à se dessiner plus précisément. La presse internationale a dévoilé de nouveaux plans d'architecte, des détails technologiques et scientifiques… Et surtout le mode de financement envisagé : une ICO, c'est à dire une levée de fonds en bitcoins.

Le projet d'île flottante continue d'avancer tranquillement. Le responsable polynésien de la structure, Marc Collins, nous confirme que le Seasteading Institute sera dans les temps pour respecter ses engagements envers le Pays, avec une publication des études d'impact environnementale et socio-économique de leur île artificielle avant la fin de l'année. Les documents sont en train d'être relus par les spécialistes du Pays pour validation.

En attendant ces documents que nous analyserons en détail dès qu'ils seront publics, l'avancée du projet commence à lui donner une aura médiatique importante à l'international. Un article publié dans le célébrissime journal scientifique Nature début octobre a ainsi fait l'éloge des potentiels de cette île flottante pour la recherche marine. Et la semaine dernière, c'est la chaîne de télévision américaine NBC News qui a abordé la question, donnant plus de détails sur les technologies envisagées. Les deux médias ont pu interviewer le président américain du Seasteading Institute, Joe Quirk.

UN FINANCEMENT EN BITCOIN ?

Les deux médias concordent sur un des aspects qui était jusqu'alors parmi les plus mystérieux du projet : son financement. On se souvient que si le milliardaire Peter Thiel avait apporté 1,7 million de dollars à la fondation Seasteading Institute lors de sa création, il s'est éloigné du projet depuis. De nouveaux investisseurs, demandant l'anonymat, auraient pris sa place, en particulier pour la création de la start-up singapourienne Blue Frontiers en charge du développement de l'île flottante polynésienne.

Finalement, le financement des 60 millions de dollars (presque 6 milliards de francs cfp) que coutera l'île artificielle projetée pour le lagon de Tahiti devait se faire par une levée de fonds auprès du grand public. Joe Quirk a annoncé que cette levée de fonds utilisera le moyen d'une Initial Coin Offering (ICO), une toute nouvelle technologie de financement utilisant la puissance (et la dérégulation) de la blockchain… Lisez notre encadré pour comprendre cette technologie émergente basée sur la technologie derrière le bitcoin, qui brasse des centaines de milliards de dollars et qui promet de secouer en profondeur le monde de la finance.

En bref, une ICO consiste en l'émission d'une nouvelle crypto-monnaie (retrouvez tous les détails sur cette nouvelle technologie en encadré), similaire au bitcoin mais dédiée à un projet précis. Les membres du public souhaitant participer au développement de l'île flottante polynésienne seront donc invités à acheter cette nouvelle monnaie virtuelle avec des bitcoins ou des ethers, les deux crypto-monnaies les plus populaires, dont la valeur en circulation a dépassé les 213 milliards de dollars cette semaine... Alternativement, la technologie pourrait également permettre de vendre des droits de votes dans les affaires de la future citée flottante, ou d'autres droits liés. Les détails n'ont pas encore été rendus publics, et la technologie n'existant que depuis 2014, de nombreuses innovations sont encore possibles d'ici l'ICO de seasteading.

En tous cas, si une chose est certaine c'est que les investisseurs n'achèteront pas des titres traditionnels, comme des actions ou des obligations qui sont de vrais titres de propriété légalement reconnus. Cela devrait inciter à la prudence les Polynésiens intéressés par cet investissement. Malgré tout, le plan est réalisable si l'opération arrive à créer le buzz : la plus grosse ICO de l'histoire a eu lieu en milieu d'année 2017 et a levé 153 millions de dollars pour Bancor, une plateforme d'échange de crypto-monnaies complètement décentralisée… Et dans son réseau, Seasteading compte Robert Viglione, un entrepreneur spécialiste de la blockchain et des crypto-monnaies qui était venu à Tahiti pour la série de conférences organisée par la fondation américaine.

ARCHITECTURE : COMME UN NOUVEAU MOTU DANS LE LAGON

Le projet veut intégrer le plus de technologies possibles pour la vie en autonomie et le développement durable.
Le projet veut intégrer le plus de technologies possibles pour la vie en autonomie et le développement durable.
Le public polynésien sera aussi intéressé par l'évolution architecturale du village flottant, qui devrait être implanté dans des eaux ayant au moins 30 mètres de profondeur, à 300 mètres de la côte, et qui pourrait héberger entre 200 et 300 personnes sur une douzaine de plateformes totalisant une surface de 7500 m² (NDLR : et non pas 7500 pieds carrés ou 700m² comme publié par NBC News, ce que nous a signalé Marc Collins). Avec l'assistance de la Fédération des associations de protections de l'environnement (FAPE - Te Ora Naho), d'architectes spécialisés, et le concours scientifique de la Station Gump de Moorea spécialiste des écosystèmes coralliens, le projet commence à sembler plus adapté à notre lagon.

Pour ne pas détériorer le paysage du lagon tahitien, Bart Roeffen l'architecte du projet spécialiste des structures flottantes avec l'entreprise néerlandaise Blue21, explique au magazine Nature : "Nous travaillons avec des designers locaux pour fabriquer quelque chose qui ne ressemble pas à une invasion extraterrestre." Il assure s'inspirer de la fabrication des pirogues à voile traditionnelles utilisées pendant la conquête du Pacifique par les ancêtres des Polynésiens. Il précise également que le projet se compose désormais de plateformes reliées entre elles en une longue bande fine afin de s'assurer "qu'aucun morceau de corail ne sera privé de soleil et tué. Le but est même d'augmenter l'habitat des espèces coralliennes."

Il précise également à NBC News que, de loin, le village flottant ressemblera presque à une île naturelle, avec un toit vert composé de jardins vivants, qui aideront à filtrer les eaux usées. Il précise que les bâtiments utiliseront autant que possible des matériaux recyclés ou des ressources locales renouvelables comme du bois de cocotier.

CULTURE D'ALGUES, ÉNERGIE DES VAGUES, RÉGÉNÉRATION DE LA VIE MARINE

Premiers designs de l'île flottante avec ses toits végétaux.
Premiers designs de l'île flottante avec ses toits végétaux.
Joe Quirk assure à NBC news que le village pourra vivre d'une combinaison d'activités comme l'éco-tourisme et de nouvelles technologies aquatiques comme la culture d'algues marines, la désalinisation d'eau de mer ou la génération d'électricité avec l'énergie des vagues. "Nous aurons des bungalows, des appartements, des institutions de recherche, un restaurant sous-marin…" assure-t-il. "Ce sera une attraction touristique à part entière, et une démonstration de société durable. Nous prévoyons que ces structures flottantes augmenteront la densité de la vie marine, comme les poissons ou les plantes qui s'y attacheront. Vous pourrez aller dans le sous-sol et regarder à travers les murs vitrés pour voir le monde sous-marin… Pour montrer aux gens comment les sociétés flottantes pourront restaurer l'environnement."

Au magazine scientifique Nature, le "marinévangéliste" comme il aime à se présenter a tenu un discours plus ciblé sur le potentiel de cette infrastructure pour la recherche. Une idée qui a séduit des acteurs locaux, comme Winiki Sage, le président de la FAPE (une association qui a reçu des dons de la part et de Blue Frontiers) et du Conseil économique, social et culturel (CESC), qui assure à Nature que "Nous rêvons que cette structure soit un laboratoire scientifique". L'environnementaliste et conseiller espère également que le projet permettra de réduire l'exode de nos jeunes scientifiques en leur fournissant de nouveaux débouchés excitants…

Le magazine a également interviewé Neil Davies, directeur de la station GUMP de Moorea, dépendant de l'université de Berkeley en Californie. Ce dernier a apporté son expertise en matière de préservation du corail aux Américains, et compte bien mesurer l'impact de l'île flottante en direct avec toute une série de capteurs. Il reconnait prudemment le potentiel de la plate-forme pour la recherche : "elle permettrait de combler l'écart entre les bateaux océanographiques, très chers, et les laboratoires sur la côte. Un tel projet permettrait d'accumuler des données sur place et sur de longues périodes, à moindre coût, et même d'implanter et suivre différentes espèces de corail pour anticiper leur évolution future face au réchauffement climatique et l'acidification des océans."

Toujours pour Nature, une dernière intervention plus politique est venue de Félix Tokoragi, maire de Makemo. Il espère que cette nouvelle technologie pourra un jour être une solution pour les populations des Tuamotu confrontés à des inondations de plus en plus fréquentes avec la hausse du niveau des océans prévue dans les décennies à venir. "Nous sommes attachés à nos atolls, à notre culture. Donc nous ne sommes pas opposés à l'idée (d'une île flottante), puisque cette technologie peut répondre aux problèmes auxquels nous sommes confrontés".

Comment financer un projet en bitcoins ?

The Seasteading Institute compte financer les 60 millions de dollars que coûtera son île flottante polynésienne par une Initial Coin Offering (ICO). Une définition de ce nouvel instrument financier est offerte par le site Blockchain France : "une ICO est une méthode de levée de fonds, fonctionnant via l’émission d’actifs numériques échangeables contre des crypto-monnaies durant la phase de démarrage d’un projet. Ces actifs numériques sont appelés tokens (jetons, en français). Dans un premier temps, les tokens sont émis par l’organisation à l’origine de l’ICO, et peuvent être acquis par quiconque lors de l’ICO en échange de crypto-monnaie (le plus souvent, de l’ether ou du bitcoin). Dans un second temps, ces tokens sont vendables et achetables sur des plateformes d’échange, à un taux dépendant de l’offre et de la demande. Ils sont donc très liquides."

Si vous n'avez rien compris à cette définition, c'est normal : la base de ces technologies n'a été créée qu'en 2009 avec l'émission du premier bitcoin. Et le concept même d'IPO ne date que de… 2014, avec la création d'Ethereum.

Tout ce maraboutage technologico-financier repose sur une idée révolutionnaire, nommée "blockchain". Vous l'avez tous expérimenté, envoyer un fichier sur internet crée une copie. Le fichier existe alors en double, et il est impossible de distinguer l'original de la copie. Il est donc impossible d'envoyer par internet un titre de propriété, une action ou l'équivalent d'une "monnaie numérique" et garantir que la seule version qui existe est le fichier reçu (contrairement au monde réel ou il faut généralement échanger un document physique comme un billet de banque, la carte grise d'une voiture ou le titre de propriété d'un terrain avant de transférer la propriété d'un bien). Le concept à la base de la blockchain et du Bitcoin est de rendre toutes les transactions publiques pour éviter l'apparition d'un faux document, et d'empêcher toute copie pour garantir un seul propriétaire bien identifié pour chaque bien.

La blockchain est un gigantesque fichier enregistré sur l'ordinateur de tous les utilisateurs, qui enregistre qui est le propriétaire de chaque bien numérique, et l'ensemble de tous les échanges qui ont eu lieu depuis la création de ce bien. L'exemple le plus fameux est le bitcoin, une monnaie numérique (crypto-monnaie) qui ne peut s'échanger qu'en modifiant la blockchain associée. Quand on paie quelqu'un avec un bitcoin, la transaction est enregistrée une seule fois, de façon irréversible et publique, chez tous les autres utilisateurs de bitcoin. Plus aucune banque, taxe, commission ou agence de régulation n'est nécessaire… Et si la transaction est publique, l'identité de ceux qui ont fait la transaction est totalement protégée par le système. Mais en échange, vous êtes laissé seul en cas de problème. Des arnaques et des vols de bitcoins en millions de dollars ont régulièrement fait les gros titres depuis sa création en 2009, et sont généralement restés impunis.

Malgré tout, la crypto-monnaie continue de connaitre un succès incroyable, l'ensemble des bitcoins en circulation valant plus de 170 milliards de dollars à l'heure actuelle. Et la technologie derrière ce succès, la blockchain, est en train de conduire à une succession de révolutions fondamentales dans tous les domaines où il peut être utile de garantir un échange de façon publique et infalsifiable. Des start-up créent donc de nouvelles solutions pour gérer un réseau énergétique décentralisé (pour vendre l'électricité de ses panneaux solaires à ses voisins sans passer par une entreprise), créer une signature numérique sans aucun intermédiaire, sécuriser et rendre totalement transparents des élections, certifier des documents numériques, lutter contre la contrefaçon physique, sécuriser les transactions entre les grandes institutions financières, assurer le suivi de toute la logistique d'une entreprise, vendre des chansons sur internet en empêchant toute copie…

Une ICO repose sur la même technologie. Une blockchain spécifique est créée par une start-up qui a besoin d'argent frais pour développer ses projets, et les "tokens" sont vendus au grand public contre des crypto-monnaies, principalement des bitcoins. Ces tokens ne sont pas des actions ou des titres de propriété. A la place ils peuvent offrir un droit de vote, ou servir à acheter des services dans l'écosystème créé par la start-up qui émet ces "tokens" ou "coins". L'idée a été développée par la fondation Etherum, qui a fait la toute première ICO de l'histoire en 2014… Et a levé 18 millions de dollars en bitcoins.

Dans le cas de l'ICO de Seasteading, on ne sait pas à quoi correspondraient les tokens qui seront offerts, mais ils pourraient par exemple être utilisés comme monnaie numérique pour toutes les transactions sur l'île flottante, être un titre de propriété pour quelques arpents d'île flottante, offrir le droit d'habiter sur la plate-forme ou même un droit de vote dans toutes les décisions qui la concerneront… Une seule chose est certaine, ce ne seront pas des actions ou des obligations, encadrés par la BCE et offrant des garanties bien plus étendues. Avis donc aux investisseurs potentiels : ne mettez votre argent dans une ICO que si vous savez ce que vous faites !


Rédigé par Jacques Franc de Ferrière le Jeudi 30 Novembre 2017 à 14:52 | Lu 6349 fois






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