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L'avenir de la pilule abortive aux Etats-Unis débattu devant un tribunal au Texas


PIERRE VERDY / AFP
PIERRE VERDY / AFP
Amarillo, Etats-Unis | AFP | mercredi 14/03/2023 - La pilule abortive pourrait-elle être interdite sur l'ensemble du territoire américain? Son avenir se joue mercredi devant un magistrat ultra-conservateur, à qui des opposants à l'avortement demandent de suspendre son autorisation.

Matthew Kacsmaryk, qui fut juriste pour une organisation chrétienne avant d'être nommé juge fédéral par l'ex-président républicain Donald Trump, entendra les arguments des parties dans un tribunal fédéral d'Amarillo, au Texas.

Il pourra ensuite rendre sa décision à tout moment dans ce dossier susceptible d'avoir un impact aussi retentissant que l'arrêt de la Cour suprême des Etats-Unis ayant dynamité, en juin dernier, le droit à l'avortement.

Depuis, une quinzaine d'Etats conservateurs ont interdit tous les avortements sur leur sol, et d'autres comme la Floride sont en voie de restreindre fortement l'accès aux IVG. 

Pour la présidente de l'organisation de planning familial Planned Parenthood, Alexis McGill Johnson, "le dossier d'Amarillo est une piqûre de rappel pour tous ceux qui pensaient ne pas être concernés" parce qu'ils vivent dans des Etats protecteurs du droit à l'avortement.

La décision du juge Kacsmaryk pourrait en effet s'étendre dans tout le pays. "Nous sommes clairement très inquiets, comme toute la communauté médicale devrait l'être. Cela serait une première très dangereuse", a ajouté Mme Johnson dans un communiqué.

"La politique plutôt que la science"

En novembre, une coalition de médecins et de groupes anti-avortement a porté plainte contre l'Agence américaine du médicament (FDA), à qui ils reprochent d'avoir autorisé il y a 23 ans la mifépristone (RU 486), une des deux pilules utilisées pour les interruptions médicamenteuses de grossesse.

Les plaignants accusent la FDA d'avoir choisi "la politique plutôt que la science", en approuvant un produit chimique susceptible selon eux de créer des complications, et d'avoir au passage "outrepassé ses prérogatives".

En attendant l'examen des arguments de fond, ils ont demandé que l'autorisation de la mifépristone soit suspendue sur l'ensemble du territoire.

Stratégiquement, ils ont introduit leur recours à Amarillo, une ville texane à l'écart des grands centres urbains, où Matthew Kacsmaryk est le seul juge fédéral. 

Son profil et ses oppositions revendiquées à l'avortement ont fait monter l'inquiétude dans les rangs des défenseurs du droit à l'IVG, dont certains manifesteront mercredi devant le tribunal.

"Il paraît incroyable qu'un simple juge du Texas puisse rendre une décision qui aurait un impact sur un produit approuvé par les autorités sanitaires et commercialisé en toute sécurité depuis plus de vingt ans", fustige Elisa Wells, fondatrice du réseau d'information sur les pilules abortives Plan C, auprès de l'AFP.

53% d'IVGs médicamenteux

Une telle décision serait "dévastatrice pour les femmes", avait déjà dénoncé il y a dix jours la porte-parole de la Maison Blanche, Karine Jean-Pierre.

Depuis l'an 2000, plus de 5,6 millions de femmes ont eu recours à cette pilule aux Etats-Unis, et une infime proportion (moins de 1.500) ont eu ensuite des complications sans qu'un lien ne soit établi, d'après la FDA.

Aujourd'hui, la majorité (53%) des interruptions de grossesse sont médicamenteuses, une procédure moins intrusive et moins coûteuse que les avortements chirurgicaux. 

La décision du juge Kacsmaryk, quelle qu'elle soit, pourra faire l'objet d'un appel qui sera examiné par la cour d'appel fédérale de la Nouvelle-Orléans, elle aussi connue pour son conservatisme. Le dossier pourrait à nouveau finir devant la Cour suprême des Etats-Unis qui, depuis son remaniement par Donald Trump, compte six magistrats conservateurs sur neuf.

Même si la justice suspendait au final l'autorisation de la FDA, il faudrait sans doute plusieurs mois avant que sa décision ne s'applique. Selon des experts en droit de la santé, le régulateur du médicament doit respecter une procédure avant de retirer l'autorisation d'un produit. 

Les femmes et les médecins pourraient aussi se rabattre sur une seconde pilule, le misoprostol, dont l'usage se combine aujourd'hui avec la mifépristone pour une plus grande efficacité et moins de douleur.

"Dans tous les cas, je pense que ce sera chaotique quand le juge rendra sa décision", prédit Elisa Wells.

le Mercredi 15 Mars 2023 à 04:30 | Lu 261 fois