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L'association 193 fête ses 3 ans de combat antinucléaire



PAPEETE, 24 août 2017 - L’association 193 pour la vérité sur les essais nucléaires français dans le Pacifique fête ses trois ans d’existence, jeudi. L’occasion de présenter un bilan succinct des actions menées depuis 2014 et de dénoncer en passant les "freins" qui se dresse sur son chemin.

L’association 193 a acquis sa notoriété en faisant circuler, depuis février 2015, une pétition demandant l’organisation en Polynésie française d’un référendum local, sur le Fait nucléaire. Pétition pour laquelle elle déclare, au 11 août dernier, 53 263 signataires, "soit plus d’un quart de l’électorat local". Pourtant, ce dossier a peu de chance d’aboutir, car si le statut d’autonomie prévoit bien (art. 159) la possibilité, pour l’assemblée de la Polynésie française, de soumettre à référendum local une proposition ou un projet de texte, il ne peut s’agir que d’une loi de Pays "ou tout projet ou proposition de délibération tendant à régler une affaire de sa compétence, à l'exception (…) des résolutions".

Aussi est-ce surtout, depuis janvier 2017, avec la mise en place d’une Cellule d’accompagnement et de réparation des victimes des essais nucléaires (Carven), que l’action de l’association 193 pour la vérité sur les essais nucléaires français dans la Pacifique a pris une véritable dimension de terrain. A ce jour, la Carven a facilité la constitution de 137 dossiers de demande d’indemnisation sous l’égide de la loi Morin. Mais sans aide publique, l’association doit mener ce chantier avec ses propres deniers : "nous faisons ça parce qu’il y a des lacunes dans le système d’indemnisation actuel ; nous le faisons avec le cœur", souligne le frère Maxime, à la tête du bureau exécutif de 193.

Avec ses propres moyens

L’objet de la Carven est de multiplier l'ouverture de procédures en demande de réparation, par le biais d’une information de terrain auprès de la population polynésienne dans sa globalité, "par le bouche-à-oreille ou sur demande", explique le père Auguste Uebe-Carlson, président de 193. Un numéro de téléphone est disponible, le 40 820 600. La cellule compte 32 bénévoles chargés d’accompagner et de conseiller les possibles ayants-droit, sans avoir à s’attacher les services d’un cabinet d’avocats.

La loi Morin reconnait aujourd’hui (depuis la suppression de la notion de risque négligeable, en février dernier) le droit à l’indemnisation à toute personne ayant séjourné sur le territoire du 2 juillet 1966 au 31 décembre 1998, si elle est victime d’un des 21 cancers considérés comme éventuellement radio-induits (Leucémies, cancers du sein, de l’ovaire, de l’utérus, du cerveau, de la peau, des poumons, de la thyroïde, des glandes salivaires, de l’œsophage, de l’estomac, du foie, des reins, des os, du rectum, de la vessie, du côlon, lymphomes, Myélomes, etc) ; et non, contrairement à l’idée reçue, aux seuls anciens travailleurs des sites liées aux expérimentations nucléaires de Moruroa, Fangataufau ou Hao. Une enveloppe budgétaire de 4 millions d’euros est prévue chaque année par l’Etat pour faire face aux réparations.
Le ministère de la Défense admet depuis 2006 l’existence de 368 retombées radioactives supérieures à 4,6 millisieverts, sur l’ensemble de la Polynésie française. En juillet 2016 une décision est venue éclairer la problématique : l’Etat a pour la première fois formellement validé la demande d’indemnisation d’une victime de Papara n’ayant jamais visité plus loin que Raiatea de son vivant. Cette Polynésienne était atteinte d’un cancer du sein depuis 1994 et décéda en décembre 2004 après avoir développé un myélome.
Pour l’association 193, d’autres victimes doivent sortir de l’ombre : de 1992 et 2015, la caisse d’assurance maladie polynésienne (CPS) comptabilise 7489 personnes suivies pour moins un des 21 cancers visés par la loi Morin. L’effectif de 137 dossiers constitués depuis janvier 2017 par la Carven semble bien dérisoire au regard de cette estimation. Mais pour le père Auguste Uebe-Carlson, il s’agit de "137 familles ; 137 histoires de souffrance".

Mais l’action de 193, si elle peut sembler d’utilité publique, n’en est pas moins freinée par des obstacles de taille. Le premier est celui de l’argent. A l'heure où les subventions pleuvent chaque mercredi en faveur d'associations ou d'entreprises, sans aucune aide de la part du Pays, malgré deux demandes de subvention restée sans suite, l’association doit subvenir elle-même à ses propres dépenses. "Dernièrement on a dû envoyer quelqu’un à Tiputa, Rangiroa, pour aider à constituer un dossier", évoque le père Auguste. "On a payé le billet de notre référent, son séjour sur place… Souvent, les ayants-droit ont des difficultés à payer l’acte de notoriété, de 30 000 à 90 000 Fcfp ; certaines personnes ont besoin de se déplacer à Tahiti pour récupérer un dossier médical, par exemple, parce que l’hôpital, ou le médecin, ne veut confier ces documents à personne d’autre : on a l’impression que, même si ce n’est pas clairement dit, notre association dérange, et qu’il y a une volonté de freiner notre action et la constitution de nouveaux dossiers d’indemnisation, malgré la suppression du risque négligeable".

Plainte pour crime contre l’humanité

L’association 193 annonce l’ouverture d’un nouveau volet de son action : une plainte pour crime contre l’humanité visant l’Etat français pour les conséquences sanitaires de la campagne des 193 essais nucléaires dans le Pacifique, de 1966 à 1996.

L’association soutient que "l’Etat français avait pleinement conscience des conséquences qu’engendreraient les essais nucléaires, et cela, pour avoir été alerté, sur les bases d’études américaines dès les années 1950, et par le généticien français Jean Rostand, lors d’un meeting à Paris, quelques jours avant le 2 juillet 1966". Et de citer un extrait de son annonce, ce jour-là : "(…) en détériorant le patrimoine héréditaire humain, on fait peut-être pis que de tuer des individus : on abime, on dégrade l’espèce. On met en circulation de mauvais gènes qui continueront à proliférer indéfiniment. C’est non seulement un crime dans l’avenir qui est ainsi perpétré, mais un crime vivant qui s’entretient lui-même (…)".
"Ainsi, comment ne pas adhérer à la qualification de crime contre l’humanité, considérant que tous les facteurs sont réunis", interroge 193. Une action est engagée au civil depuis le 2 août dernier par un sympathisant, Yves Conroy qui devrait prochainement recevoir le soutien de 193.


Rédigé par Jean-Pierre Viatge le Jeudi 24 Août 2017 à 13:07 | Lu 1290 fois

Tags : NUCLEAIRE





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