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“L'État a un devoir de vérité”


Tahiti, le 16 mars 2021 – Édouard Fritch a soufflé le chaud et le froid mardi à l'assemblée sur le dossier du nucléaire, tempérant tout d'abord les révélations de l'enquête de Disclose et du livre “Toxique” ces derniers jours, mais exhortant dans le même temps l'État à assumer son “devoir de vérité et de justice vis-à-vis des Polynésiens”.

L'épineux sujet du nucléaire s'est une nouvelle fois invité à l'assemblée mardi matin en ouverture de la séance de la session extraordinaire. D'abord avec un discours très ambivalent du président Édouard Fritch, relativisant d'un côté le “tapage médiatique” de l'enquête de Disclose et du livre “Toxique” puis renvoyant de l'autre “l'État” à son “devoir de vérité et de justice vis-à-vis des Polynésiens”. Ensuite avec l'annonce du groupe Tavini à Tarahoi du dépôt d'une proposition de résolution pour la création d'une nouvelle commission d'enquête sur les conséquences des essais nucléaires (voir encadré).

“Tapage médiatique”

Dans son discours d'ouverture, le président du Pays a indiqué qu'il ne “s'étendrait pas sur le contenu” du livre-enquête publié la semaine dernière sur la sous-évaluation des retombées radioactives des essais nucléaires sur les populations polynésiennes. “Ce livre qui, pour l’essentiel, s’est appuyé sur les travaux de Bruno Barrillot et n’apporte que peu d’éléments factuels nouveaux”, a tancé Édouard Fritch. Sur la réévaluation des calculs des retombées radioactives faites par Disclose et “Toxique”, le président a affirmé qu'il “n'avait bien évidemment pas d'opinion scientifique”. Surtout, Édouard Fritch a répondu à la révélation de la note du médecin chef du Centre médical de suivi (CMS) annonçant un “cluster de cancers” aux Gambier. “Il ne s'agit en rien d'un rapport confidentiel”, a réitéré le chef du gouvernement, selon qui “tout le monde sait dans cette assemblée que le nuage radioactif a touché Rikitea dès le premier tir en 1966, précipitant le départ des autorités nationales et locales qui étaient présentes sur l’île, dont le général Billotte, qui était ministre de l’Outremer, et un certain Gaston Flosse”. 

“La vérité”

Changement de ton pourtant au moment d'aborder “la position politique que m’inspire ce point de l’enquête”. Édouard Fritch a affirmé “rechercher, comme tous les Polynésiens, la vérité". Et pour le président du Pays, cette vérité passe par une prise de position forte de “l'État”. “L’État a un devoir de vérité et de justice vis-à-vis des Polynésiens. C’est une question de dignité pour nous. Donc, le moment est venu de tout mettre sur la table et de lever les dernières zones d’ombre qui masquent encore la totale vérité sur les conséquences des essais nucléaires”, a embrayé Édouard Fritch. Ce dernier a annoncé avoir adressé la semaine dernière un courrier au président Emmanuel Macron à la fois pour “attirer son attention sur le désarroi profond que suscite la publication de ce livre” et sur “l’attente légitime qui en découle de voir l’État apporter des clarifications sur cette situation”. A l'extérieur de l'hémicycle, Édouard Fritch a évoqué l'idée un “Grenelle” du nucléaire autour des représentants de l'État, du Pays et des associations de victimes des essais nucléaires.

Reprenant l'une de ses formules, Édouard Fritch a réaffirmé que le fait nucléaire était “le caillou dans la chaussure” qui “nous gêne à chaque fois que nous voulons faire un pas en avant”. Métaphore un brin anodine face à l'ampleur d'un sujet dont les derniers jours ont rappelé à quel point il restait explosif.

Rédigé par Antoine Samoyeau le Mercredi 17 Mars 2021 à 05:51 | Lu 1599 fois