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Jacques Temarii, un décathlonien au Fenua


Jacques Temarii s’envole vers les sommets.
Jacques Temarii s’envole vers les sommets.
Tahiti, le 16 octobre 2025 - Du 29 octobre au 1er novembre aura lieu aux Tonga l’Oceania Cup, une compétition internationale qui réunira le meilleur de l’athlétisme du Pacifique avec des équipes régionales composées d’athlètes confirmés et de jeunes espoirs. Jacques Temarii est l’un d’entre eux. Le jeune décathlonien tahitien est en train de se faire une place dans le milieu très fermé de cette discipline parmi les plus exigeantes. Membre de la sélection polynésienne, Jacques est un leader né. Travailleur et déterminé, il continue d’écrire l’histoire de l’athlétisme polynésien en attendant de conquérir le monde.
 
L’athlétisme polynésien ne cesse de dénicher des talents. Il les façonne, les accompagne au quotidien pour leur permettre de se développer et de performer. Avec l’aide des clubs, du Pays et de la Fédération d’athlétisme de Polynésie française, toutes ces pépites sont bien encadrées pour atteindre leur plus haut niveau. Participation à de nombreuses compétitions sur le territoire et à l’étranger, mise en place de structures comme le Centre de performance polynésien (CCP), présence dans le système scolaire… la fédération, sous la houlette de sa présidente Cécile Gilroy, mène un travail structuré et pérenne. C’est ce qui a séduit Jacques Temarii il y a deux ans, lorsqu’il a été repéré à l’école.
 
“Je faisais du basket depuis cinq ans, c’était un sport qui me plaisait beaucoup”, confie-t-il. “Je faisais partie de la sélection tahitienne, donc tout se passait bien. Un jour, Cécile (Gilroy) m’a vu jouer à l’école et, comme je dunkais souvent, elle est venue me dire que j’avais des capacités adaptées à l’athlétisme. J’ai essayé et ça m’a tout de suite plu. Les disciplines proposées, mais surtout l’encadrement et les structures mises à disposition des athlètes, m’ont séduit.”
 
 
Des qualités innées pour l’athlétisme
 
 
Un coup de foudre sportif et des performances déjà remarquées. Le néophyte s’envole très vite vers des compétitions internationales qui confirment son fort potentiel.
 
 
“Je suis parti rapidement en France pour des épreuves, malgré mon manque d’expérience, mais ça a renforcé mon envie de continuer. J’ai testé un peu toutes les disciplines, en commençant par les lancers avec Tumatai Dauphin. Après, j’ai couru, sauté, et je me sentais bien partout. C’est pour ça que je me suis tourné très vite vers les épreuves combinées, donc le décathlon.” Le décathlon demande d’enchaîner dix épreuves et d’être performant à chaque fois.
 
“C’est vraiment le plus difficile : pouvoir continuer sa compétition malgré une mauvaise performance. C’est un travail mental que le CCP a mis en place pour que nous puissions avoir des outils pour gérer ces moments-là.” Un travail quotidien que le jeune ‘aito a très vite intégré à sa vie, malgré les sacrifices.
 
“C’est vrai qu’on laisse beaucoup de choses de côté, mais c’est le prix de la performance. C’est un sport tellement exigeant qu’il ne faut rien laisser au hasard.” Même ses études ont été aménagées pour atteindre ses objectifs.
 
“Cette année, je suis des cours par correspondance pour passer mon bac. Même si je m’investis à 100 % dans mon sport, je ne lâcherai pas mes études. Je compte même, à l’avenir, m’installer en Australie pour profiter d’un programme qui allie études et sport de haut niveau. J’aimerais être physiothérapeute. C’est en lien avec ma passion, et connaître son corps est primordial.”
 
Les Mondiaux pour objectif
 
Une tête bien faite dans un corps sain, qui lui a permis d’enchaîner les records durant ses deux années d’apprentissage. Mais ses objectifs sont loin d’être atteints, et cette Oceania Cup sera l’occasion de se jauger au début d’une saison qui s’annonce palpitante.
 
Je suis très fier de représenter Tahiti dans cette équipe polynésienne. Nous serons huit du Fenua et nous allons rejoindre des athlètes des îles Cook et des Samoa. Ça va être une expérience enrichissante.” Des sélections régionales d’Australie, de Nouvelle-Zélande, d’Hawaii, des Tonga, de Mélanésie et de Micronésie seront également présentes, ce qui mettra la barre haut.
 
Le niveau sera élevé, mais c’est une bonne chose. J’ai besoin de fortes oppositions pour me surpasser et aller chercher une qualification pour les championnats du monde.” Avec cet objectif clairement affiché, le jeune prodige s’est fixé plusieurs étapes dans la saison pour aller chercher les minimas.
 
“Je vais participer aux championnats de Nouvelle-Zélande comme l’année dernière. J’avais fini deuxième, mais je sais que je peux encore progresser sur certaines épreuves, comme le saut en hauteur. C’est une discipline très technique, et je m’entraîne beaucoup ici avec des spécialistes. Mais c’est aussi le cas pour les autres disciplines. J’ai la chance de m’entraîner avec des athlètes performants, ça m’aide beaucoup.” Mais c’est surtout à Darwin, en Australie, que Jacques Temarii veut décrocher son sésame.
 
C’est une compétition très importante en vue de la qualification. Elle arrive au bon moment de la saison et je vais tenter d’y obtenir mon ticket pour les Mondiaux.”
 
À l’aube de ses 18 ans, Jacques a tout d’un futur grand : une âme de guerrier, une personnalité de leader et une envie féroce d’atteindre ses objectifs. Mais il le sait, il ne brûlera pas les étapes, prenant le temps de construire sa carrière, bien entouré par une famille de l’athlétisme polynésien bienveillante et engagée auprès de ses protégés.
 


Rédigé par Manu Rodor le Jeudi 16 Octobre 2025 à 14:40 | Lu 1651 fois