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Guyane: l'avenir incertain de l'usine aurifère d'Auplata inquiète fournisseurs et élus


JODY AMIET / AFP
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Cayenne, France | AFP | jeudi 13/10/2021 - L'arrêt ordonné par la justice administrative de l'usine d'extraction d'or installée par l'opérateur minier Auplata à Saint-Elie, au centre de la Guyane, à l'issue d'un bras de fer avec des associations écologistes, a causé le désarroi des fournisseurs de l'usine, mais également de certains élus.

Dès l'annonce de sa construction par la société Auplata Mining Group (AMG) en 2013, plusieurs associations écologistes s'étaient montrées hostiles à cette usine, utilisant des cuves de cyanure pour extraire l'or. Ce procédé permet d'obtenir un meilleur rendement que l'extraction traditionnelle par gravimétrie.

En 2020, Guyane Nature Environnement et France Nature Environnement avaient saisi le tribunal administratif de la Guyane, en espérant une interdiction de l'usine. Le 30 septembre, la justice a estimé que l'arrêté préfectoral qui actait l'existence de l'usine était caduc. Le recours des associations n'est donc pas recevable aux yeux du tribunal, qui ne leur donne pas raison sur le fond, mais le résultat est le même: Auplata doit stopper son installation.

Les deux associations se félicitent de cette décision, en qualifiant le procédé de "très dangereux", mais pour Auplata, le coup est rude.

"L'usine est en cours d'arrêt, elle représente un investissement de 30 millions d'euros", précise Guillaume Leclerc à l'AFP. Il est directeur en charge de la Guyane pour AMG et déplore "une perte comprise entre 1,2 et 1,3 million d'euros" à la suite de cette décision. Il faut aussi compter avec les 90 employés du site. Chômage technique, licenciements… leur sort n'est pas encore scellé. 

Pour Guillaume Leclerc, le problème vient d'une interprétation divergente des textes. L'arrêté préfectoral de 2015 qui autorisait la construction de l'usine stipulait que le fonctionnement devait être effectif au bout de trois ans. 

"L'usine a été mise en force en 2018", assure le directeur, c'est à dire rodée, donc dans le temps imparti. Mais le premier lingot n'a été coulé qu'en mars 2020, date retenue par la justice pour décider que l'infrastructure n'était plus dans les clous de l'arrêté préfectoral. Guillaume Leclerc plaide "un retard logistique normal" pour ce type d'installation.

Fournisseurs et élus, victimes collatérales

A Cayenne, Edward White, gérant de WMP, une entreprise qui vend du matériel aux opérateurs miniers, brandit un devis à cinq chiffres qui va rester dans les tiroirs. Auplata est l'un de ses plus gros clients. Cette cessation, qu'il a apprise dans la presse, ne lui a pas laissé le temps de s'organiser. Dans son hangar, il conserve des commandes destinées à Auplata, comme ces gigantesques pneus de tombereaux, à plusieurs milliers d'euros l'unité. En tout, il y en a pour 150.000 euros de matériel non livré. 

Si c'est l'inquiétude qui domine chez Edward White, c'est plutôt la colère qui anime la maire de Saint-Elie, Véronique Jacaria, qui s'est rendue lundi sur le site minier pour montrer son soutien à l'opérateur, en compagnie du sénateur Georges Patient.

"Nous sommes un pays en développement, nous avons besoin d'industries pour nous construire", soutient l'édile. Elle ne comprend pas "qu'une commune aurifère comme Saint-Elie, avec son potentiel fiscal" ne soit pas mieux exploitée. 

La ressource sera tout de même récupérée, assure-t-elle, mais par des garimpeiros (chercheurs d'or illégaux) et en dehors de tout cadre légal et de toute fiscalité.

Auplata n'a pas dit son dernier mot. Le groupe n'a pas l'intention de démonter son usine sans avoir déposé des recours. 

"Nous allons aller devant la Cour administrative d'appel de Bordeaux", explique Guillaume Leclerc. La société a d'ailleurs réactivé sa cotation en Bourse quelques jours après l'avoir suspendue, le temps de rassurer les investisseurs. D'autant plus que les équipes d'Auplata étudient un filon d'or "de calibre très sérieux", découvert récemment mais pas encore exploité, selon Guillaume Leclerc.

le Jeudi 14 Octobre 2021 à 06:12 | Lu 202 fois
           



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