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Guadeloupe: face aux blocages, débrouille et système D


Christophe ARCHAMBAULT / AFP
Christophe ARCHAMBAULT / AFP
Le Gosier, France | AFP | mercredi 23/11/2021 - Qu'ils prennent une déviation, renoncent à utiliser leur voiture, dorment hors de leur domicile ou jonglent entre leur emploi et la garde des enfants, les Guadeloupéens se débrouillent pour minimiser l'impact sur leur quotidien des blocages touchant l'île depuis près d'une semaine. 

"De toutes façons, notre vie quotidienne est tout le temps impactée. Par exemple par les coupures d'eau plusieurs fois par semaine", lâche à l'AFP Sandrine, qui préfère garder l'anonymat.

Fervent soutien de la mobilisation qui a embrasé l'île, déclenchée par l'opposition à l'obligation vaccinale pour les personnels soignants et pompiers avant de s'élargir à d'autres revendications, cette habitante du Gosier vient de déposer en voiture son frère devant le rond-point Montebello.

Ce giratoire du nom d'un quartier - connu pour son rhum - de la commune de Petit-Bourg, sur l'île de Basse Terre, est bloqué depuis près d'une semaine par des contestataires: derrière les barricades, amas de pneus, tôle et carcasses de voitures. Le frère de Sandrine est récupéré par un membre de sa famille, à qui il rendait visite.

Sandrine fera ensuite demi-tour sur la nationale 1, roulant à contresens, pour rebrousser chemin.

Nicole Jerpan, habitante de Goyave, traverse elle en temps normal tous les jours le rond-point Montebello pour aller travailler au Gosier, sur l'autre île de la Guadeloupe (Grande Terre).

Depuis qu'il est bloqué, elle emprunte un itinéraire bis, une petite route. "Ce matin (mardi) c'était une autoroute bondée tellement il y avait de monde!"

Michel Gousset, âgé de 54 ans, a préféré de son côté renoncer à prendre sa voiture face au blocage du "rond-point" Perrin, aux Abymes. Résultat: "1h15 de marche" sous le soleil et l'humidité antillais "pour aller faire des papiers" à la Caisse d'allocations familiales.

"Forts avec le système D" 

Une dizaine de kilomètres plus loin vers la côte, dans le centre-ville du Gosier qui porte encore les stigmates de la mobilisation avec ses carcasses de voitures calcinées et ses débris obstruant la route, Nadège Tommely, 38 ans, tient l'un des rares commerces ouverts.

Une épicerie, dont le rideau n'est pas baissé grâce à sa fille: elle dort chez elle, à quelques kilomètres, loin de son domicile de Sainte-Rose, ville dont l'accès est bloqué par de nombreux barrages.

Elle y a laissé son époux, obligé de garder ses deux enfants de 8 et 16 ans en raison de la fermeture des écoles, collèges et lycées depuis vendredi. 

"Mais du coup, il ne peut pas venir m'aider ici à l'épicerie. Je ne sais pas comment on va faire avec l'école si ça dure", déclare-t-elle.

Jongler entre la garde des enfants et leur emploi, les Guadeloupéens y sont habitués depuis près de deux ans. "Les écoles ont à peu près été ouvertes normalement pendant seulement six mois" entre les diverses mobilisations sociales et les confinements en raison de la crise sanitaire, explique Maëva Barret.

Habitante de l'île depuis 11 ans, elle a laissé ses deux enfants de 4 et 8 ans mardi à une amie: son conjoint, qui s'en est occupé vendredi et lundi, a enfin pu rejoindre Le Gosier et son entreprise, en provenance de Sainte-Anne, où ils habitent.

"On commence à être forts sur le système D, à connaître le planning de chaque ami. On se relaie entre parents, +tu me les gardes tel jour, en échange je prends les tiens tel autre jour+", explique Maëva, opticienne au Moule.

Elle gardera ses enfants jeudi grâce au concours de sa "patronne compréhensive". "Mais vendredi, si (son) mari peut toujours aller travailler, ils viendront sans doute au magasin faire des dessins. On verra."

le Mercredi 24 Novembre 2021 à 05:19 | Lu 324 fois