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Grève à l'OPT, défaite judiciaire des syndicats de la CPS, accord trouvé au CHPF


Un représentant de direction de l'OPT était présent au délibéré du référé qui oblige les grévistes à lever leurs barricades. Une source d'inspiration ?
Un représentant de direction de l'OPT était présent au délibéré du référé qui oblige les grévistes à lever leurs barricades. Une source d'inspiration ?
PAPEETE, le 1er avril 2015 - Le printemps social tahitien dans les grandes entreprises de service public serait-il en train de s'essouffler ? Après presque 10 jours de grève, les syndicats de la CPS ont subi un revers judiciaire, et leur principale revendication pourrait être exaucée ce jeudi. La grève au CHPF a été évitée par un accord de dernière minute. Mais l'OPT prend le relais, et les syndicats de EDT pourraient s'y mettre aussi…


21 agences OPT fermées

Ce mercredi entre 40% et 55% (selon la direction ou selon les syndicats) des salariés de l'OPT étaient en grève, et 21 agences étaient fermées, dont celles de Papeete et Arue. Les syndicats préviennent qu'ils n'ont pas eu le temps de prévenir les agences des îles, et que les chiffres devraient progresser jeudi. Pourtant, les négociations entre les deux camps se sont poursuivies très tard mardi soir, mais sans arriver à se conclure.

Les représentants des salariés estiment que le protocole d'accord de fin de conflit signé en octobre dernier n'a pas été respecté sur de nombreux points. Il y a cinq mois, les employés de l’OPT demandaient notamment une revalorisation du point d'indice de 2 % et "dénonçaient le manque de moyens matériels et humains". Selon les syndicats, la direction avait alors accepté une revalorisation de 1% en 2014 (rétroactive) et de 1% supplémentaire en 2015. Sauf que désormais, elle proposerait selon les syndicats de repousser la revalorisation de 2015 à octobre prochain. "Nos salaires ont été gelés pendant 7 des 10 dernières années. Nous ne demandons pas une augmentation, juste un réajustement" martèle Teiva Chavez, secrétaire général du Sapot, le syndicat interne de l'OPT (affilié CSIP). Selon lui, l'augmentation demandée représenterait 105 millions Fcfp pour les 800 salariés du groupe.

Les syndicats disent également "non au prélèvement de la somme de 1,5 milliard de Fcfp dans les caisses de l'OPT". Pour rappel, le 17 mars dernier, l'Office des postes et télécommunication a décidé lors d'un conseil d’administration d'affecter 1,5 milliard de Fcfp de dividendes sur le budget de la Polynésie. "Cet argent sera réinvesti dans l'économie locale" a mis en avant Marc Chapman, président du conseil d'administration (CA) de l'OPT pour justifier l'avis conforme du CA à la demande du Pays. "Nous on veut que l'argent reste dans les caisses" contre Teiva Chavez. "On demande plein de choses à l'OPT pour appliquer les choix d'investissement du Pays. Il faut mettre 5 milliards dans les 5 ans pour la fibre optique, il y un nouveau centre de tri prévu à l'aéroport pour 2 à 3 milliards… Mais on continue à verser des dividendes et on refuse de récompenser les salariés de Tahiti et dans les îles."

Une fois cette décision prise en conseil des ministres, le montant des dividendes versés au Pays s'élèvera "à 11,5 milliards de Fcfp depuis 2007" selon la direction. Un chiffre qui s'oppose frontalement aux "19 milliards de dividendes versés au Pays depuis 2009" cités par les syndicats.

Hier soir, la direction de l'OPT attendait un premier pas des syndicalistes. "On a fait des propositions concrètes", souligne Jean-François Martin, directeur général de l'OPT. "Après ma prise de fonction, j'ai créé un comité de suivi du protocole d'accord signé en octobre. Certaines actions sont déjà faites, d'autres sont en passe d'être réalisées." Les syndicats indiquent, eux, que "tout est conditionné au vote du CA, donc on ne sait pas quand le mouvement se terminera."

La police pourrait intervenir pour faire enlever les palettes et pneus qui bloquent l'entrée de la CPS
La police pourrait intervenir pour faire enlever les palettes et pneus qui bloquent l'entrée de la CPS
CPS : la justice ordonne la levée des barricades

"La décision (en référé) vient d'être rendue et elle est particulièrement claire. L'action de la CPS est déclarée recevable, trouble manifestement illicite est constaté, et le tribunal ordonne la libération des accès véhicules et piétons de la Caisse de Prévoyance sociale, et au besoin avec le concours de la force publique. Les autres demandes des parties sont rejetées" expliquait Maître Benoit Bouyssie, avocat de la CPS. Les grévistes, eux, soulignent que la justice n'a pas prononcé l'astreinte de 5 millions Fcfp par jour demandée. Ils restent aussi sur la ligne que leurs palettes de bois n'entravent en rien la sécurité des lieux, et soulignent que "avant d'appliquer la décision, il faut d'abord que le jugement nous soit signifiée. Ils nous demandent de laisser le passage ouvert, mais jusqu'à aujourd'hui le passage est déjà ouvert, c'est la direction qui bloque le portail !"

A la question de savoir quel est le dernier point d'achoppement qui permettrait de lever la grève, Eugène Sommers, secrétaire général de la CSIP qui était présent pour récupérer la décision, explique que "dans l'accord sur le RST ils ont inclus qu'on revoie le texte de la convention collective de la CPS. C'est examiné demain (jeudi) à l'Assemblée, si c'est retiré, bon…"

Un préavis presque déposé à EDT

Les salariés de l'électricien de Tahiti préparent un préavis de grève pour mardi prochain. Leurs revendications sont nombreuses : encore une fois sur des revalorisations salariales après de nombreuses années de gel, et encore une fois sur l'organisation. Les salariés dénoncent ainsi la mauvaise coordination de sécurité avec les sous-traitants, le transfert de missions et de compétences aux filiales ou des réductions de personnel. Dernière inquiétude des salariés : l'arrivée à terme de la convention d'EDT avec Secosud à la fin du semestre, et l'avenir de ces salariés si une autre entreprise remporte ce marché.

Accord au CHPF

Un préavis de grève au CHPF, qui aurait pu voir l'établissement hospitalier touché par un mouvement social dès mercredi, a finalement été annulé après que des négociations ont permis de trouver un accord. Les revendications concernaient principalement l'application du protocole d'accord signé en octobre dernier, qui n'avait toujours pas été approuvé par le conseil d'administration de l'hôpital. Le CA s'est réuni hier et a finalement voté la plupart des points de l'accord (agents à reclasser, plan d'investissement 2015-2016…). "Je pense que maintenant tout est en place sauf les "congés rayons X" demandés par les agents des laboratoires qui travaillent sur les machines qui émttent des rayons dangereux, qui vont être examinés lors d'un prochain CA" nous explique un syndicaliste qui a participé aux négociations.

Rédigé par Jacques Franc de Ferrière le Mercredi 1 Avril 2015 à 18:39 | Lu 2947 fois