Tahiti, le 12 janvier 2026 - Le débat sur la fin de vie franchit un nouveau palier institutionnel. Après l’adoption, le 27 novembre dernier d’une résolution des élus de Tarahoi s’opposant à l’extension automatique du droit à l’aide à mourir au Fenua, la sénatrice Lana Tetuanui a déposé, ce 9 janvier, un amendement au Sénat visant à retirer cette extension des textes qui seront examinés à Paris du 21 au 27 janvier prochains. Un geste politique qui fait directement écho à la position exprimée par Tarahoi, mais qui ne reflète pas nécessairement celle de la population.
Le 27 novembre dernier, la résolution portée par le Tavini pour demander à l’État de ne pas étendre le droit à l’aide à mourir en Polynésie avait été adoptée par 39 voix pour, 14 abstentions et quatre votes contre. Si les élus Tavini avaient voté à l’unisson, deux élues du Tapura – Lana Tetuanui et Teura Iriti – s’étaient également jointes à cette démarche, illustrant les lignes de fracture qui traversent aussi le principal groupe d’opposition sur ce sujet particulièrement clivant en Polynésie. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les 14 autres élus du Tapura ont préféré s’abstenir plutôt que d’abonder dans un sens ou dans l’autre.
Malgré des convictions personnelles parfois opposées sur le fond, les 37 élus du groupe Tavini avaient ainsi voté comme un seul homme la résolution appelant l’État à “respecter la souveraineté sanitaire, culturelle et éthique de la Polynésie française”. À l’image de Tematai Le Gayic, protestant pratiquant, qui n’a jamais caché considérer le droit à l’aide à mourir comme une avancée en matière de libertés individuelles, mais qui s’est tout de même rangé derrière la discipline de son groupe. Une discipline que Hinamoeura Morgant-Cross n’a en revanche jamais vraiment suivie, ce qui lui avait d’ailleurs valu d’être exclue du Tavini quelques jours plus tôt. Assise depuis aux côtés des trois élus de A Here ia Porinetia sur le banc des non-inscrits, ils se sont tous les quatre prononcés contre cette résolution.
Au-delà du principe, la question des moyens
Indépendamment des positions de fond, c’est surtout la méthode employée par l’État qui avait suscité une opposition transpartisane. L’extension à la Polynésie de deux propositions de loi – l’une sur le droit à l’aide à mourir, l’autre sur l’égal accès aux soins palliatifs – a en effet été introduite par voie d’amendement à l’Assemblée nationale, sans consultation préalable des institutions polynésiennes. Un passage en force jugé inacceptable sur un sujet aussi sensible, mêlant enjeux éthiques, culturels et organisationnels.
Cette opposition à la méthode ne résume toutefois pas l’ensemble des réserves exprimées sur ces textes. Comme le souligne le sénateur Teva Rohfritsch, le recours prévu à une ordonnance laisse au gouvernement français la possibilité de fixer ultérieurement les délais, les conditions d’application et le cadre du débat. Mais cela ne répond toujours pas à une question centrale en Polynésie : celle des moyens, dans un contexte de tension à l’hôpital de Taaone. Une inquiétude qui rejoint la ligne défendue à Tarahoi par l’élue non-inscrite et députée, Nicole Sanquer, sur l’adaptation concrète de ces dispositifs aux réalités locales, en matière de personnels, de continuité des soins et d’accès effectif aux soins palliatifs.
Du débat local au relais parlementaire
C’est en revanche la position exprimée par l’assemblée de Polynésie que la sénatrice Lana Tetuanui entend aujourd’hui porter au Palais du Luxembourg. “J’avais déjà déposé mon amendement en octobre, mais le texte ayant été reprogrammé au Sénat, j’ai dû le réactualiser”, nous a expliqué la sénatrice, qui demande donc ainsi le retrait de l’extension à la Polynésie tant qu’un véritable débat local n’aura pas été mené. L’amendement sera examiné à partir du 22 janvier, lors de la discussion des textes relatifs à la fin de vie.
La position est plus nuancée chez Teva Rohfritsch, qui n’a pas cosigné l’amendement porté par Lana Tetuanui et trois sénateurs LR (Dominique Billon, Jean-Michel Arnaud et Arnaud Bonneau). Joint par Tahiti Infos, il se trouvait lundi dans un avion pour Paris et devait justement échanger sur le sujet avec sa collègue. S’il reconnaît l’absence de débat sociétal préalable et souligne un clivage marqué entre Tahiti et les îles, entre zones urbaines et rurales, il regrette également que la question ait été rapidement déplacée sur le terrain de la souveraineté, qu’il juge périphérique par rapport au fond du débat : “J’ai tenté de lancer ce débat, mais le gouvernement n’a pas saisi la balle au bond et a dédaigné ma démarche. Je le regrette. Je n’ai d’ailleurs jamais reçu de réponse officielle par courrier à mes sollicitations adressées à l’ensemble des institutions”, nous a-t-il confié.
Reste que, sur le fond comme sur la forme, la majorité de Tarahoi a fixé un cap politique clair : pas de passage en force sur un sujet engageant la vie, la mort et les valeurs collectives des Polynésiens. En déposant son amendement, Lana Tetuanui transforme cette position locale en acte parlementaire national. Au-delà de la seule question de la fin de vie, le Sénat devra désormais dire s’il entend reconnaître la capacité de la Polynésie à décider du tempo et des modalités des grands débats sociétaux, ou s’il choisit de les trancher une nouvelle fois sans elle, comme ce fut le cas pour l’IVG, étendue ici par voie d’ordonnance… 26 ans après la loi Veil. Un précédent sur lequel Teva Rohfritsch et Lana Tetuanui avaient déjà affiché des positions divergentes, le premier ayant soutenu l’inscription du droit à l’avortement dans la Constitution (le 8 mars 2024), la seconde s’y étant opposée.
Le 27 novembre dernier, la résolution portée par le Tavini pour demander à l’État de ne pas étendre le droit à l’aide à mourir en Polynésie avait été adoptée par 39 voix pour, 14 abstentions et quatre votes contre. Si les élus Tavini avaient voté à l’unisson, deux élues du Tapura – Lana Tetuanui et Teura Iriti – s’étaient également jointes à cette démarche, illustrant les lignes de fracture qui traversent aussi le principal groupe d’opposition sur ce sujet particulièrement clivant en Polynésie. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les 14 autres élus du Tapura ont préféré s’abstenir plutôt que d’abonder dans un sens ou dans l’autre.
Malgré des convictions personnelles parfois opposées sur le fond, les 37 élus du groupe Tavini avaient ainsi voté comme un seul homme la résolution appelant l’État à “respecter la souveraineté sanitaire, culturelle et éthique de la Polynésie française”. À l’image de Tematai Le Gayic, protestant pratiquant, qui n’a jamais caché considérer le droit à l’aide à mourir comme une avancée en matière de libertés individuelles, mais qui s’est tout de même rangé derrière la discipline de son groupe. Une discipline que Hinamoeura Morgant-Cross n’a en revanche jamais vraiment suivie, ce qui lui avait d’ailleurs valu d’être exclue du Tavini quelques jours plus tôt. Assise depuis aux côtés des trois élus de A Here ia Porinetia sur le banc des non-inscrits, ils se sont tous les quatre prononcés contre cette résolution.
Au-delà du principe, la question des moyens
Indépendamment des positions de fond, c’est surtout la méthode employée par l’État qui avait suscité une opposition transpartisane. L’extension à la Polynésie de deux propositions de loi – l’une sur le droit à l’aide à mourir, l’autre sur l’égal accès aux soins palliatifs – a en effet été introduite par voie d’amendement à l’Assemblée nationale, sans consultation préalable des institutions polynésiennes. Un passage en force jugé inacceptable sur un sujet aussi sensible, mêlant enjeux éthiques, culturels et organisationnels.
Cette opposition à la méthode ne résume toutefois pas l’ensemble des réserves exprimées sur ces textes. Comme le souligne le sénateur Teva Rohfritsch, le recours prévu à une ordonnance laisse au gouvernement français la possibilité de fixer ultérieurement les délais, les conditions d’application et le cadre du débat. Mais cela ne répond toujours pas à une question centrale en Polynésie : celle des moyens, dans un contexte de tension à l’hôpital de Taaone. Une inquiétude qui rejoint la ligne défendue à Tarahoi par l’élue non-inscrite et députée, Nicole Sanquer, sur l’adaptation concrète de ces dispositifs aux réalités locales, en matière de personnels, de continuité des soins et d’accès effectif aux soins palliatifs.
Du débat local au relais parlementaire
C’est en revanche la position exprimée par l’assemblée de Polynésie que la sénatrice Lana Tetuanui entend aujourd’hui porter au Palais du Luxembourg. “J’avais déjà déposé mon amendement en octobre, mais le texte ayant été reprogrammé au Sénat, j’ai dû le réactualiser”, nous a expliqué la sénatrice, qui demande donc ainsi le retrait de l’extension à la Polynésie tant qu’un véritable débat local n’aura pas été mené. L’amendement sera examiné à partir du 22 janvier, lors de la discussion des textes relatifs à la fin de vie.
La position est plus nuancée chez Teva Rohfritsch, qui n’a pas cosigné l’amendement porté par Lana Tetuanui et trois sénateurs LR (Dominique Billon, Jean-Michel Arnaud et Arnaud Bonneau). Joint par Tahiti Infos, il se trouvait lundi dans un avion pour Paris et devait justement échanger sur le sujet avec sa collègue. S’il reconnaît l’absence de débat sociétal préalable et souligne un clivage marqué entre Tahiti et les îles, entre zones urbaines et rurales, il regrette également que la question ait été rapidement déplacée sur le terrain de la souveraineté, qu’il juge périphérique par rapport au fond du débat : “J’ai tenté de lancer ce débat, mais le gouvernement n’a pas saisi la balle au bond et a dédaigné ma démarche. Je le regrette. Je n’ai d’ailleurs jamais reçu de réponse officielle par courrier à mes sollicitations adressées à l’ensemble des institutions”, nous a-t-il confié.
Reste que, sur le fond comme sur la forme, la majorité de Tarahoi a fixé un cap politique clair : pas de passage en force sur un sujet engageant la vie, la mort et les valeurs collectives des Polynésiens. En déposant son amendement, Lana Tetuanui transforme cette position locale en acte parlementaire national. Au-delà de la seule question de la fin de vie, le Sénat devra désormais dire s’il entend reconnaître la capacité de la Polynésie à décider du tempo et des modalités des grands débats sociétaux, ou s’il choisit de les trancher une nouvelle fois sans elle, comme ce fut le cas pour l’IVG, étendue ici par voie d’ordonnance… 26 ans après la loi Veil. Un précédent sur lequel Teva Rohfritsch et Lana Tetuanui avaient déjà affiché des positions divergentes, le premier ayant soutenu l’inscription du droit à l’avortement dans la Constitution (le 8 mars 2024), la seconde s’y étant opposée.
Que dit l’amendement ?
"Par cet amendement, il est demandé le retrait de la Polynésie française dans l’application et l’adaptation envisagées par ordonnance des dispositions de cette Proposition de loi.
Ce refus d’application à la Polynésie française se justifie dans l’esprit du respect des spécificités culturelles et éthiques de cette collectivité d’outre-mer dotée d’une large autonomie. L’approche de la fin de vie est un sujet d’une extrême sensibilité dans le Pacifique, et qui ne correspond pas du tout à l’approche occidentale que les Européens ont avec la mort.
Ce sujet appartient à la collectivité au-delà des compétences respectives entre l’État et le Pays, c’est une question complexe qui doit respecter les valeurs polynésiennes, les traditions, les croyances et les réalités locales de ce Territoire.
Les institutions, comme l’Assemblée de Polynésie française et le Conseil économique, social, environnemental et culturel de la Polynésie se sont auto-saisies du sujet et ont émis un avis défavorable.
Cet amendement traduit donc la volonté de laisser la Polynésie française autonome de prendre le temps de préparer les esprits par de larges consultations publiques nécessaires avant toute éventuelle extension de ces dispositions nationales".
Ce refus d’application à la Polynésie française se justifie dans l’esprit du respect des spécificités culturelles et éthiques de cette collectivité d’outre-mer dotée d’une large autonomie. L’approche de la fin de vie est un sujet d’une extrême sensibilité dans le Pacifique, et qui ne correspond pas du tout à l’approche occidentale que les Européens ont avec la mort.
Ce sujet appartient à la collectivité au-delà des compétences respectives entre l’État et le Pays, c’est une question complexe qui doit respecter les valeurs polynésiennes, les traditions, les croyances et les réalités locales de ce Territoire.
Les institutions, comme l’Assemblée de Polynésie française et le Conseil économique, social, environnemental et culturel de la Polynésie se sont auto-saisies du sujet et ont émis un avis défavorable.
Cet amendement traduit donc la volonté de laisser la Polynésie française autonome de prendre le temps de préparer les esprits par de larges consultations publiques nécessaires avant toute éventuelle extension de ces dispositions nationales".



























