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​Escroquerie au Fonds de solidarité : Sabine Boiron et un réseau de fraudes jugés


Tahiti, le 23 juin 2026 - “En quoi vous avez pensé que vous pouviez bénéficier de cette aide, vous étiez en prison ?” C’est dans ces termes que le tribunal correctionnel de Papeete a interrogé Sabine Boiron, jugée ce mardi dans une affaire d’escroquerie au Fonds de solidarité aux entreprises (FSE), aux côtés de plusieurs prévenus impliqués dans un système de fausses déclarations durant la crise sanitaire du Covid.

Un peu plus de six ans après sa condamnation à sept ans de prison ferme dans une affaire de proxénétisme aux côtés de l’homme d’affaires Thierry Barbion, Sabine Boiron était de nouveau devant la justice. L’ancienne institutrice comparaissait ce mardi sous bracelet électronique pour escroquerie et déclaration fausse ou incomplète au préjudice d’un organisme chargé d’une mission de service public et obtention indue de prestations.  

Selon le tribunal, les faits s’étendent entre juillet 2020 et septembre 2021. Il lui est reproché d’avoir perçu 895 000 francs d’aides du Fonds de solidarité aux entreprises (FSE) déployé lors de la crise du Covid sur une période couvrant en partie son incarcération. Condamnée en mars 2020, elle n’a été placée sous contrôle judiciaire qu’en août 2021.  

L’affaire dépasse largement son seul cas. Au total, 58 patentés auraient bénéficié de montages administratifs frauduleux. Certains prévenus ont remboursé leurs dettes, d’autres sont encore poursuivis, notamment ceux qui contestent les faits.

Parmi eux, quatre dossiers sont considérés comme irréguliers et étaient jugés ce mardi.  Parmi les prévenus, l’une apparaît comme la principale organisatrice du système bien rodé. Elle est décrite comme celle qui montait les dossiers de fraude, aidait à remplir les formulaires et percevait un pourcentage sur chaque aide obtenue. Plusieurs prévenus expliquent avoir simplement transmis leurs informations administratives, numéro de patenté et coordonnées bancaires : toujours le “même mode opératoire”. Âgée de 44 ans et absente lors de l’audience, elle est poursuivie pour escroquerie au préjudice d’un organisme chargé d’une mission de service public, travail dissimulé, complicité de fausses déclarations et fausses déclarations, à Rangiroa où elle réside.  

L’Agent judiciaire de l’État s’est constitué partie civile. La Direction des finances publiques de Polynésie française est identifiée comme victime du dispositif, mis en place pour soutenir les très petites entreprises touchées par la crise sanitaire, avec des aides pouvant atteindre 180 000 francs par mois.  

Les investigations, ouvertes début 2022 à la suite de signalements administratifs, ont mis en lumière ce système. Selon le dossier, certains bénéficiaires percevaient des aides sans activité réelle ou avec des déclarations incomplètes de chiffre d’affaires. Dans un cas, une somme de 32 000 euros (3,8 millions de francs) aurait été perçue pour une activité de travaux de finition et de pêche. Dans un autre, une activité liée à un club de plongée est citée.

​“À chaque fois, elle s’est payée sur la dette”


À la barre, Sabine Boiron conteste en partie son implication directe. Elle reconnaît toutefois avoir perçu les sommes : “Il y avait cet argent sur le compte”. Elle affirme ne pas avoir eu la maîtrise des démarches puisque qu’à l’époque des faits, elle était incarcérée et évoque l’intervention de la résidente de Rangiroa, ancienne cliente de son institut. “Je ne lui ai pas demandé de faire un geste frauduleux, j’étais déjà en détention, ajoute-t-elle.  

À la question “Vous étiez en prison, en quoi pouviez-vous penser prétendre à cette aide ?” posée par un magistrat, elle n’a pas su répondre.
 
Dans ses réquisitions, le ministère public a décrit la résidente de Rangiroa comme l’organisatrice. “À chaque fois, elle s’est payée sur la dette”, souligne le substitut du procureur. Le parquet insiste sur le caractère structuré du système, tout en rappelant la complexité des critères d’attribution du fonds durant la crise sanitaire. Il estime néanmoins que certains prévenus ne pouvaient ignorer les conditions d’éligibilité. Pour le ministère public, la résidente de Rangiroa apparaît comme la seule véritable instigatrice d’un réseau de fraude, tandis que d’autres auraient profité du dispositif via une facilité administrative.  

La défense de cette dernière a plaidé un rôle d’accompagnement et d’aide aux démarches administratives, évoquant une forme de soutien aux petits entrepreneurs. Une sorte “d'ange gardien” à Rangiroa. L’avocate a contesté l’intention frauduleuse et demandé la relaxe.  

Pour Sabine Boiron, la défense a également sollicité une relaxe, estimant qu’elle n’était pas en capacité matérielle de comprendre le caractère frauduleux des démarches effectuées en son nom.  

Le ministère public a requis une peine de deux ans d’emprisonnement assortis d’un sursis probatoire de trois ans, avec obligation de formation, de travail et de réparation du préjudice pour la résidente de Rangiroa, estimant qu’elle est la seule à avoir agi sciemment, en réalisant des fausses déclarations et des déclarations incomplètes.  

Il a demandé une relaxe et le renvoi des poursuites pour les autres prévenus car il estime qu’il n’y a pas de fausses déclarations intentionnelles caractérisées.  

Le délibéré sera rendu le 18 août 2026.

Rédigé par Violaine Broquet le Mardi 23 Juin 2026 à 20:41 | Lu 162 fois