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Enquêtes sur les dérives des DCP (dispositif de concentration de poissons)



Crédit : IRD
Crédit : IRD
Tahiti, le 24 septembre 2020 - Alors que les DCP dérivants cristallisent les inquiétudes des pêcheurs, la Direction des ressources marines, l'IRD et l'UPF ont lancé un programme d'études pour mesurer l'importance du phénomène et les quantifier avec l'aide de la population. Les données chiffrées doivent permettre de peser à la table des grandes commissions de pêches et d'interpeller sur une menace écologique.  
 

Interdits en Polynésie, les DCP (dispositif de concentration de poissons) dérivants sont pourtant bien visibles. Trop même, de l'avis des pêcheurs des Tuamotu. On raconte souvent que les flottilles de pêche étrangères lâchent leurs engins d'un côté de la ZEE, et les récupèrent gorgés de poissons de l'autre. C'est l'hypothèse la plus répandue, et certainement la moins probable pour les scientifiques, vu l'immensité de la zone maritime. Ce qui est sûr en revanche, c'est que la grande majorité des DCP qui pénètrent loin dans la zone sont abandonnés, pour des raisons évidentes de coût. On les retrouve alors gisant sur les platiers, ou accrochés au récif, avec des conséquences désastreuses pour le corail.   
 
Des inquiétudes que la DRM, l'IRD et l'UPF ont voulu "rationnaliser" avec des données concrètes. Face à la pression de la société, un programme d'études (DCPech et DCPeval) a vu le jour, financé principalement par la direction des ressources marines (DRM), et l'organisation de protection de l'environnement The Nature Conservancy (TNC). "Ce sont des phénomènes complexes qu'on doit pouvoir expliquer avec des connaissances basées sur des observations rigoureuses et reproductibles, on doit pouvoir dire sur quel coefficient de sécurité on se base" indique Jean-Claude Gaertner, représentant de l'IRD et coordonnateur au sein de l'UMR-EIO.
 
Leur comportement sous l'influence du courant
 
Objectif ? Mesurer l'importance des échouages de DCP en Polynésie, avec un ciblage particulier sur les Tuamotu, qui semblent être le principal obstacle sur leur route. "On tente une première estimation du phénomène via une double approche : purement scientifique d'un côté et collective, participative de l'autre" tente de résumer le coordonnateur.
 
Il s'agit donc, grâce au réseau de la DRM, de faire appel aux collectivités et à la population pour quantifier les DCP dérivants et les caractériser : sa géolocalisation ? Son aspect : est-il entier ? Quel type de balise porte-t-il ? Des espèces marines sont-elles piégées ? La Direction des ressources marines s'apprête à sortir un questionnaire didactique en français et en reo mā'ohi à l'attention du grand public. "L'échantillonnage participatif permet au passage de sensibiliser la population et peut parfois aussi nous alerter sur des cas particulier dans certaines îles" indique le chercheur. "Cela permet aussi de compléter l'échantillonnage scientifique, puisqu'on ne peut pas aller partout, tout le temps."
 
Car si en parallèle les scientifiques vont faire leur propre décompte selon un protocole standardisé, les observations de la population vont leur permettre de compléter l’échantillonnage scientifique et d'affiner la modélisation du comportement des DCP dérivants dans la ZEE, sous l'influence du courant. "Un des objectifs de ces échantillonnages est de vérifier si on retrouve dans les observations les résultats attendus du modèle"  résume le chercheur.

"Un domaine de recherche soumis à beaucoup d'incertitudes"
 
Reste que le modèle étudié pour travailler à l'échelle de l'océan Pacifique présente un niveau de résolution spatiale trop faible à l'échelle d'une île. Difficile dès lors pour les scientifiques de prédire les possibles changements de comportement des DCP à l'approche de tel ou tel atoll. "Les îles modifient la courantologie à grande échelle, ce qui peut être vrai loin de l'île peut changer à plus petite échelle à cause de phénomènes locaux, argumente Jean-Claude Gaertner. Ça ne veut pas dire que le modèle ne marche pas, mais qu'il ne sera pas forcément à un niveau de résolution assez précis pour travailler sur des phénomènes aussi complexes, à toute petite échelle spatiale."
 
Or, développer une modélisation à plus petite échelle nécessite des recherches beaucoup plus poussées, et des calculateurs ultra-puissants qui n'existent pas sur le territoire. "On en est tous là dans la communauté scientifique internationale." D'autant que les chercheurs à ce stade ne peuvent modéliser que des particules. "On n'a pas les outils qui permettent d'intégrer toutes les caractéristiques particulières de ce type d'engins dans la modélisation, on est quand même dans un domaine de recherche soumis à beaucoup d'incertitudes."
 
Peser à la table des géants de la pêche
 
Si d'un côté l'étude permettra d'avoir une estimation quantifiée des radeaux qui s'écouhent sur nos rivages, elle doit également permettre au Pays de frapper à la porte des grandes commissions de pêche à la senne qui encadrent notre ZEE (l'IATTC et la WCPO) et de peser à la table des discussions. "On est peu entendu par ces organisations. C'est injuste pour un pays comme la Polynésie alors qu'elle souffre des conséquences de cette pêche," justifie Jean-Claude Gaertner.
Elle n'est pas la seule. La DRM s'est d'ailleurs rapprochée de la communauté du Pacifique Sud (CPS) à Nouméa pour harmoniser son questionnaire avec d'autres pays de la zone. Une analyse à grande échelle permettrait ainsi de développer un protocole susceptible d'être repris par les autres pays. "L'intérêt c'est de faciliter les comparaisons" poursuit le scientifique. Et contribuer dans la foulée au rayonnement régional de la Polynésie.
 

DCP : quésako ?

Anodin au premier coup d'œil, ce radeau de fortune – à ne pas confondre avec les DCP ancrés - attire pourtant toutes sortes de poissons. En bambou, en inox, ou en plastique, il mesure en moyenne deux mètres sur deux, avec une traîne de 20 à 50 mètres de long. C'est là-dessous, et dans les environs, que plusieurs espèces de poissons se regroupent.
 
Equipé d'une balise et d'une sonde, l'engin est suivi à la trace par son propriétaire. Une fois qu'il forme un banc suffisamment important, les pêcheurs l'encerclent de leur senne et ramassent tout. Y compris les juvéniles ou les prises accessoires que peuvent être les requins ou les tortues. Ce qui en fait une pratique redoutable pour la pérennité de la ressource, et des stocks de thonidés. Pas étonnant donc, que les DCP cristallisent les inquiétudes de pêcheurs, notamment dans les îles des Tuamotu, où les radeaux sont nombreux à s'échouer.
 
Contrairement à leurs homologues dérivants, les DCP ancrés sont installés pour la pêche artisanale, notamment pour les poti mārara, et ne peuvent pas être exploités à la senne (filet du thonier senneur).
 

Rédigé par Esther Cunéo le Jeudi 24 Septembre 2020 à 09:42 | Lu 11088 fois






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