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Deux voix du fenua à l’opéra Bastille en janvier


Tahiti, le 1er décembre 2021 - La grande finale du concours Voix des Outre-mer aura lieu le 10 janvier sauf restrictions. Deux chanteuses polynésiennes vont y participer pour représenter le fenua. Il s’agit de Laëtitia Jullian, 34 ans, et Lylia Aymain, 12 ans.

Le concours Voix des Outre-mer, lancé en 2017, a pour objectif de “former des talents d’Outre-mer en leur offrant une chance de découvrir leur passion et de se familiariser avec les règles rigoureuses des conservatoires”. L’idée est de présenter les chanteurs d’art lyrique ultramarins aux différents acteurs de la culture. En 2020, Tinalei Mahuta avait représenté la Polynésie à ce concours. Mais la sélection s’était effectuée à distance.

Cette année 2021, Fabrice Di Falco et de Julien Leleu les fondateurs du concours, ont fait le déplacement. Ils étaient à Tahiti en avril dernier (lire aussi cet article pour aller à la rencontre des chanteurs du territoire.

Au total, huit candidats ont participé à la finale polynésienne qui a eu lieu en octobre au Grand théâtre de la Maison de la culture. Laëtitia Jullian, 34 ans, et Lylia Aymain, 12 ans, sont les deux finalistes. Elles sont invitées à se rendre à Paris en janvier pour participer à une masterclass avant la grande finale. Voici leur parcours.

Hommage à Gabi Cavallo

Pour Laëtitia Jullian, ce concours est en réalité une mission. Un hommage qu’elle veut rendre à Gaby Cavallo, son professeur de chant qui nous a récemment quittés. Elle ne voit pas la concurrence mais plutôt l’émotion. Elle s’apprête à vivre de grands moments “et bien sûr, à découvrir l’opéra de Paris”. Une scène d’importance.

Passionné par l’opéra, Gabi Cavallo est à l’origine du premier opéra italien en un acte adapté en tahitien et intitulé Te Tura ma’ohi. Il a encouragé ses élèves à participer aux concours Voix des Outre-mer “et, quand papi demande quelque chose, on dit oui”, commente amusée Laëtitia Jullian. Elle garde un souvenir ému de ce “professeur de la vieille école”, “exigent”, “rigoureux”. Mais aussi, attachant. La chanteuse lui a fait une promesse alors qu’il était en train de s’éteindre. “Je lui ai dit que je l’emmènerais avec moi à Paris.”

Pour la finale, les candidats ont deux chansons à préparer. Ils n’en présenteront qu’une seule le jour J. Laëtitia Jullian a sélectionné E Fetia qui signifie Une étoile. Il s’agit d’une sérénade de Franz Schubert qui a été traduite par Gabi Cavallo en tahitien. “Elle ne met pas en avant ce que ma voix peut donner techniquement”, précise la chanteuse qui reconnaît l’aspect émotionnel de ce choix. Pour la partie technique, elle a opté pour Depuis le jour de Louise Charpentier. “Je pense que c’est celle-ci qu’ils retiendront pour le concours, mais je ferai tout pour pouvoir chanter au moins hors concours E Fetia”, annonce Laëtitia Jullian.

Pour se préparer elle répète tous les jours, faisant des vocalises pour muscler sa voix, elle prend des cours avec Peterson Cowan. Un ténor lyrique de renom, rentré en Polynésie en août pour enseigner au Conservatoire artistique de la Polynésie française (CAPF). Elle nage, danse, travaille son souffle. Elle constate depuis le mois d’août une vraie évolution de se pratique. “Papi m’avait bien dit qu’il fallait travailler au quotidien pour évoluer, je le constate aujourd’hui. Il avait raison.

Laëtitia Jullian chante depuis petite. "Cela me fait du bien, me permet de penser à autre chose.” Il y a 17 ans, elle a participé à la première édition du concours de chant le Penu d’or organisé par Gabi Cavallo. Elle a gardé un lien avec celui qui l’a prise sous son aile. Elle a appris la technique du lyrique. Une base. “Cela te donne du souffle, te permet d’atteindre des notes que tu ne pensais pas pouvoir atteindre, te fait découvrir ta voix et même ton corps.” En fonction de ses disponibilités professionnelles et personnelles, elle a pris des cours à certaines périodes, fait des animations. Elle voit la finale comme “un accomplissement”. Le plus dur, elle le sait, sera de gérer son stress car la meilleure des techniques n’y résiste pas. Elle a une certaine pression, “je ne veux pas le décevoir”, annonce-t-elle en pensant à Gabi Cavallo.

Travailler pour réussir

Lylia Aymain est une amie de Tinalei Mahuta. “Elle m’a dit essaie ! Elle m’a parlé de ce concours, m’a rassurée, m’a dit que c’était une grande famille, que les gens étaient gentils.” Lorsque Fabrice di Falco est venu en Polynésie et qu’il a entendu sa voix, il lui a, lui aussi, conseillé de se lancer. Lylia Aymain a finalement fait partie des dix finalistes polynésiens. La masterclass à laquelle elle a participé à l’occasion de la finale du mois d’octobre lui a beaucoup apporté.

Les deux œuvres qu’elle a retenues sont Panis Angelicus, un chant religieux, et Voi Che Sapete, un extrait des Noces de Figaro de Wolfgang Amadeus Mozart. “Je les écoute très souvent et les travaille avec Peterson Cowan”, indique-t-elle. Il y a la technique, mais aussi la présence sur scène, et la prononciation. “Je ne veux pas me tromper”, insiste-t-elle. “Et puis, il n’y a pas de secret, pour avoir des résultats il faut travailler.

Elle chante depuis “un peu toujours. Ma maman chante à l’église et de son côté toute la famille chante ou joue d’un instrument, elle m’a plongée dans la musique.” Lylia Aymain est aujourd’hui élève en classe de quatrième, elle suit un apprentissage au CAPF, elle fait du solfège et prend des cours avec le coach vocal, professeur de chant et chef du chœur des jeunes talents Bruno Demougeot. Où qu’elle soit, en dehors des cours, elle chante. “Mes amis me disent de parler un peu plus au lieu de chanter tout le temps et à la maison mes parents me répètent qu’ils me soutiennent mais que je pourrais faire des pauses !” Elle s’en amuse, mais c’est plus fort qu’elle.

Elle a plutôt l’habitude de chanter du jazz, de la soul comme en témoignent ses apparitions sur les scènes locales : Les Divas du fenua, Natihei & Friends, les Nuits du jazz… Autant de moments d’amusement et de partage avec, notamment, les musiciens qui comptent beaucoup pour elle. “Une famille”, dit-elle. Elle s’est lancée dans le lyrique quand elle s’est inscrite au concours. “Aussi quand ils ont annoncé mon nom, je pensais sincèrement qu’ils s’étaient trompés !

Elle envisage le déplacement à Paris comme une opportunité. Elle est “un peu stressée”, car “aller sur la scène de l’opéra c’est quelque chose quand on vient de notre petite île”. Elle imagine la semaine de masterclass enrichissante, mais intense. Les répétitions sont longues selon Lylia. Plus tard, elle veut continuer le chant. “Je voudrais être chanteuse, danseuse, actrice.” Mais pas avant d’avoir suivi des études et obtenu des diplômes dans ces domaines. “Il ne faut pas aller trop vite.”




Rédigé par Delphine Barrais le Mercredi 1 Décembre 2021 à 19:37 | Lu 2171 fois