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Dette nucléaire à la CPS et moni ruau au menu du 1er mai


Tahiti, le 1er mai 2022 – Le gouvernement a rencontré les organisations syndicales de salariés ce dimanche à la présidence pour le traditionnel rendez-vous du 1er mai. Si le sujet du Smig est un bras de fer "acté" qui se terminera devant la justice, les syndicats ont insisté sur le remboursement par l'État à la CPS des frais liés aux maladies radio-induites et sur le financement de l'augmentation du moni rū'au. Avec plus ou moins de réussite…
 
C'est un gouvernement au quasi-complet qui a rencontré ce dimanche les représentants des organisations syndicales également au quasi-complet. Ne manquaient que Jacques Raynal chez les ministres et A Ti'a i Mua chez les syndicalistes. La deuxième confédération du Pays a refusé de participer à la traditionnelle rencontre du 1er mai, estimant que "les conditions du dialogue ne sont pas remplies". Toujours fermement opposée au gouvernement sur la TVA sociale, A Ti'a i mua s'arc-boute également sur la revalorisation trop faible du Smig, l'équilibre des comptes sociaux à la CPS ou encore la réforme de la CST…
 
Pas de discussion sur le Smig
 
Pour les autres confédérations syndicales, le principal point d'actualité de ce 1er mai devait être l'augmentation du Smig contestée par l'ensemble des syndicats. 'Devait' parce que la rupture avec le gouvernement est tellement "actée", dixit Patrick Galenon de la CSTP-FO, que le sujet n'avait même pas besoin d'être débattu. "Ce n'était pas notre sujet. Je vous l'ai déjà dit. Le Smig pour nous c'est réglé. On verra ça devant les institutions compétentes." Comprenez : à la barre du tribunal administratif en référé. Que ce soit FO ou la CSIP, les confédérations sont catégoriques : le gouvernement ne peut pas limiter l'augmentation du Smig à 2% au 1er mai avec un indice des prix à la consommation en hausse de +3,37% au mois de février 2022. "Ce n'est pas comme ça que ça marche", martèle Patrick Galenon, qui élude même toute discussion sur le sujet. "C'est la règle. C'est réglementaire. Il y a jurisprudence. Nous l'avions fait à l'époque de Gaston Flosse, qui justement a été contraint en référé."
 
Du côté d'Édouard Fritch, en revanche, l'affaire est prise avec un certain détachement. "On est habitué à ça", relativisait dimanche le président du Pays. "Les recours, c'est un des moyens qui sont mis à disposition de ceux qui ne sont pas contents." Sur le fond, le chef de la majorité défend sa méthode de calcul : 2% d'augmentation du Smig en décembre + 2% d'augmentation du Smig au 1er mai = 4%. Soit plus que les 3,37%. Un sujet sur lequel le président du Pays ne veut pas non plus s'attarder. "Le problème qui se pose maintenant, c'est le reste." C’est-à-dire les autres salaires juste au-dessus du Smig. "Il y a un effet de compression par le bas." Un sujet qui semblait dimanche bien davantage inquiéter Édouard Fritch que son choix de limiter l'augmentation du Smig à 2%. "Je les renvoie à leurs entreprises pour voir comment on peut répercuter cette augmentation du Smig sur le reste des salaires."
 
Dialogue de sourd sur la dette nucléaire à la CPS
 
Autre point évoqué dimanche par les syndicats de salariés et qui s'était invité pendant la dernière campagne présidentielle, celui du remboursement par l'État des dépenses de la CPS pour soigner les maladies radio-induites liées aux essais nucléaires. Pour le secrétaire général de la CSTP-FO, les prochaines Assises de la santé annoncées pour ce vendredi 6 mai doivent être l'occasion de remettre le dossier sur la table. "On a insisté beaucoup sur les Assises de la santé. Évidemment, on a parlé des maladies radio-induites. Si les assises ne parlent pas de maladies radio-induites, je ne sais pas ce qu'on fait là", a prévenu Patrick Galenon. "Mais bon, on dirait qu'ils veulent un peu éviter le sujet. (…) On leur a dit que c'est peut-être à cause de ce sujet que monsieur Macron a eu si peu de voix en Polynésie française."
 
Une thématique que le président du Pays n'avait visiblement pas vraiment prévu pour le rendez-vous du 6 mai. "Certains en sont venus à discuter de la dette, de ce qu'ils considèrent comme une dette, de l'État à la CPS. Je ne vous cache pas que je leur ai demandé d'évacuer ce problème", a réagi Édouard Fritch. "J'ai proposé que l'on puisse, avec notre ministre de la Santé, mettre en place un comité de travail pour qu'enfin nous puissions voir plus clair sur ce que doit l'État à la CPS pour rembourser les frais qui auraient été pris par la Caisse pour les soins prodigués à cette époque. Et avec ça je leur ai proposé d'aller à la rencontre de l'État." Mais le président du Pays tempère, sur ce sujet, en évoquant les efforts de Paris sur ce dossier ces toutes dernières années, avec l'aide à l'Institut contre le cancer ou encore la récente convention santé… Bref, un serpent de mer qui a peu de chances d'être réglé de sitôt.
 
Terrain d'entente sur le moni rū'au
 
Sur un sujet, les partenaires sociaux ont en revanche été parfaitement entendus. Celui de l'augmentation du moni rū'au. "Nous on a dit qu'on n'était pas contre, mais l'Allocation complémentaire de retraite (ACR) doit être prise en charge par le Pays", réagissent de concert la CSTP-FO et la CSIP. "On a demandé au gouvernement qu'il prenne tout sur l'ACR et que ce ne soit pas le salarié qui prenne en charge", résume Cyril Le Gayic de la CSIP. "Ce sera comme ça", assure Édouard Fritch. "Le moni rū'au est réellement un produit de la solidarité. Et sur le moni rū'au, je vais prévoir les financements sur la solidarité. (…) On est d'accord là-dessus. Je ne veux pas fuir mes responsabilités."
 
Pêle-mêle, ont également été évoqués les sujets de la protection de l'emploi local –"Il faut que ce soit fait d'ici la fin de l'année", dixit Patrick Galenon–, la Caisse chômage -Les syndicats se disent prêts à "payer leur part"–, la taxe à 1000% pour éviter la spéculation -les syndicats sont plutôt pour–, ou encore la réforme du code du travail : "Il est bien notre code du travail", évacue Patrick Galenon, peu enclin à ce que les choses avancent vers plus de flexibilité sur ce sujet…
 
Reste à savoir si les syndicats seront entendus. "Faut pas oublier que l'année prochaine, c'est les élections territoriales", conclut le secrétaire général de la CSTP-FO. Un calendrier que les syndicats de salariés, eux, ne sont visiblement pas prêts d'oublier.
 

Rédigé par Antoine Samoyeau le Dimanche 1 Mai 2022 à 19:36 | Lu 1981 fois