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Corpus Christi : La foi soulève les foules



Circulation très dense dans les rues du Cuzco, quand les quinze processions s'avancent vers la cathédrale.
Circulation très dense dans les rues du Cuzco, quand les quinze processions s'avancent vers la cathédrale.
Tahiti, le 26 juin 2020 - Une fois par an, de folles processions exacerbent la foi des Indiens des Andes. Le Corpus Christi est prétexte à une démonstration religieuse sans équivalent ailleurs. Sans doute est-ce à Cuzco, ancienne capitale de l'empire inca, que la Fête Dieu atteint son paroxysme.

Entre Vaudois et Cathares, le XIIIe siècle a connu bien des vicissitudes et c'est dans ce contexte que les tenants de la foi catholique ont voulu réaffirmer avec force la présence physique du Christ dans l'hostie consacrée, présence qui était fortement remise en cause par les “hérétiques”. Pour donner plus de relief à ce dogme, fut instituée la fête du Corpus Christi, devenue en français la Fête Dieu, ancrée dans le calendrier liturgique soixante jours après Pâques.

Jésus prioritaire !

Saint-Pierre fait une arrivée remarquée ; la dominante est le rouge !
Saint-Pierre fait une arrivée remarquée ; la dominante est le rouge !
Dans de très nombreux pays, la Fête Dieu est tombée en désuétude car elle se déroulait un jeudi et reposait sur des processions destinées à montrer l'hostie sainte. Or, processions et circulation routière en ville ne vont pas de pair, et, petit à petit, l'église catholique s'est vue restreindre son champ de manœuvres.
Dans les Andes, voitures ou pas, Jésus est résolument prioritaire ! Pas question pour l'Église de céder le pas aux automobiles et, au fil des ans, non seulement le Corpus Christi a pris de l'importance, mais il est sans doute aujourd'hui le rendez-vous annuel où les Indiens expriment le plus leur ferveur.

Les dévots du “Nombril”

Devant la cathédrale, tous les saints des paroisses font un passage avant que les porteurs n’engouffrent la statue dans l'édifice sacré.
Devant la cathédrale, tous les saints des paroisses font un passage avant que les porteurs n’engouffrent la statue dans l'édifice sacré.
En Amérique andine, cinquante-neuf jours après le dimanche de Pâques, des milliers d'Indiens et de Criollos se réunissent dans les rues proches de leur église, pour y savourer douze plats traditionnels et boire force chicha et bière. Et c'est au matin du soixantième jour que la fête commence vraiment…
Dans la capitale de l'ancien empire inca, Cuzco (“nombril”, en langue quechua), la ferveur autour du Corpus Christi atteint sans doute un sommet. Les quinze saints patrons de chaque église sont en effet portés dans les rues par des dizaines de pénitents, toutes les colonnes de dévots se regroupant au final sur la Plazza de Armas, devant la cathédrale. 

Chicha et pisco…

Début de procession le matin : les porteurs de cette paroisse, ont enfilé leur plus beau costume indien pour être dignes de la cérémonie. Tout le monde est comme au garde à vous, bien droit, l’esprit encore clair...
Début de procession le matin : les porteurs de cette paroisse, ont enfilé leur plus beau costume indien pour être dignes de la cérémonie. Tout le monde est comme au garde à vous, bien droit, l’esprit encore clair...
N'imaginez pas une statue pieusement portée dans un silence… religieux. Là-bas, le silence et la religion ne vont pas ensemble. Chaque saint –ou chaque Vierge– est ainsi suivi d'un formidable orchestre de cuivres (parfois de deux, un juste derrière la statue, une autre au bout de la colonne de fidèles), la foule dansant autant qu'elle marche. Les statues reposent sur des brancards de procession de bois et de métal très lourds ; certaines statues ou leurs supports sont en argent massif et ces ensembles pèsent plusieurs quintaux.
Le nombre de porteurs se chiffre donc obligatoirement par dizaines d'hommes qui se relayent quand la fatigue est trop forte ou la douleur insupportable. Tous sont largement abreuvés durant la procession, non pas d'eau fraîche, mais de chicha ou, plus fréquemment, de pisco (eau de vie locale) bu à même la bouteille (en plein soleil, en pleine chaleur). 

Éviter l'outrage suprême

La matinée avance, la fatigue commence à se faire sentir, les ravitaillements aussi... Les costauds sont en pleine démonstration ; c'est sur les porteurs que repose la stabilité de la statue en procession. Gare à ceux qui la renverseraient !
La matinée avance, la fatigue commence à se faire sentir, les ravitaillements aussi... Les costauds sont en pleine démonstration ; c'est sur les porteurs que repose la stabilité de la statue en procession. Gare à ceux qui la renverseraient !
La première heure, ça va, la deuxième heure, ça peut encore aller, la troisième heure, le parcours du saint devient extrêmement sinueux, au point que dix fois, mille fois, la statue paraît condamnée à s'écraser au sol. Les mouvements de foule sont alors considérables pour éviter la chute, qui serait l'outrage suprême, le blasphème retombant alors sur toute la paroisse ; après chaque embardée miraculeusement récupérée, on arrose à nouveau copieusement le rétablissement de la situation du saint.
Une fois parvenus plazza de Armas, les saints des paroisses s'arrêtent et attentent la sortie des saints de la cathédrale. Fermant la marche, porté sur un énorme brancard en argent massif, l'archevêque de Cuzco défile en tenant haut en direction du soleil la sainte hostie dans son ostensoir en or massif. 

Cris, chants, hurlements

Gros coup de tabac sur cette statue ; les porteurs doivent corriger en urgence la gite qui devient inquiétante...
Gros coup de tabac sur cette statue ; les porteurs doivent corriger en urgence la gite qui devient inquiétante...
Une fois tout le monde en ordre de marche, la procession reprend alors, pour un grand tour complet de la place qui concentre alors plus de cinquante mille personnes, dont beaucoup sont en état de transe (et très peu encore à jeun). 
Tous les orchestres jouent bien entendu ensemble, mais aucun le même hymne, accentuant encore l'extravagance baroque de la situation. Cris, chants, hurlements d'encouragements accompagnent la procession, alors que la foule est littéralement engluée sur place tant les spectateurs sont alors nombreux. Cent mille personnes, plus sans doute, ceux qui, à partir des rues adjacentes, n’ont pas encore eu accès là la place, font tout ce qui est en leur pouvoir pour apercevoir le corps du Christ, le Corpus Christi que présente, impassible, l'évêque. 
Ce n'est qu'après des heures passées à piétiner (et à se piétiner aussi !) que tous les saints finalement entrent dans la cathédrale dont ils ne ressortiront que sept jours plus tard pour regagner, en procession, leur église respective. 

Le Corpus Christi pratique

Le Corpus Christi, de l’avis même des habitants de Cuzco, est une fête plus importante et plus populaire que Pâques ou que Noël. Des dizaines de milliers de personnes se rassemblent dans le centre de l’ancienne capitale inca.
Le Corpus Christi, de l’avis même des habitants de Cuzco, est une fête plus importante et plus populaire que Pâques ou que Noël. Des dizaines de milliers de personnes se rassemblent dans le centre de l’ancienne capitale inca.
Pour y aller
Quand les vols internationaux auront repris normalement, de Papeete, liaisons via l'île de Pâques sur Santiago et Lima sur Latam. Une nuit à Lima puis vol Lima-Cuzco (une heure). Pour la date, vous avez compris, c'est soixante jours après Pâques, donc fête variable sur le calendrier en fonction des années.
 
Pour y loger
Préférez les hôtels plutôt haut de gamme en centre-ville (le vieux Cuzco est charmant, entre style colonial et vieux mûrs inca servant de fondations et de rez-de-chaussée. Parmi nos bonnes adresses, le Royal Inca I li Cusco, le Royal Inca II by Xima, le Monasterio San Pedro, l'hôtel Costa del Sol Ramada Cusco, le Novotel Cusco…
La préférence Tahiti Infos va à l'hôtel Inkaterra La Casona (ancienne demeure du conquistador Diego de Almagro qui fit mettre à mort Pizarro en 1541 à Lima), en plein centre. Très cher, mais unique. A essayer absolument ! 
 
Pour assister à la fête
Pas compliqué : la veille, la nuit précédente et surtout au jour J, il vous suffit d'être dans les rues tôt, sachant que vous serez confrontés à une armée d'ivrognes, de pickpockets, de gens hystériques au cœur d'une foule aussi colorée que prompte à exploser. Ayez un minimum d'argent sur vous (bien caché, rien dans les poches car elles seront visitées régulièrement), pas de bijou, de bonnes chaussures (on se fait marcher sur les pieds !), des vêtements solides et chauds, et une patience d'ange, car une fois dans l'infernale procession, difficile d'en sortir. Conseil, le sac à dos se porte... sur le ventre.

Rédigé par Daniel Pardon le Jeudi 25 Juin 2020 à 15:46 | Lu 712 fois





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