Montreuil, France | AFP | lundi 15/02/2026 - Dans son supermarché de Montreuil, près de Paris, le téléphone d'Arul Judson vibre soudainement. L'écran affiche une "dissimulation": un client vient de glisser un fromage dans sa poche. Comme lui, des milliers de commerçants utilisent l'intelligence artificielle pour traquer les vols, une pratique aujourd'hui non autorisée qu'un député envisage d'encadrer.
"On avait perdu presque 60.000 euros la première année", se souvient ce gérant d'un Franprix en évoquant ses anciennes pertes. Depuis qu'il paie un abonnement mensuel de 250 euros pour doter ses caméras d'un logiciel d'analyse comportementale, cette hémorragie a diminué de "moitié".
L'algorithme repère les gestes suspects en temps réel, comme "la mise en sac", et envoie une courte vidéo d'alerte. Le commerçant visionne l'extrait et intervient sans heurt. "Les voleurs, ils sont confrontés parce qu'ils peuvent pas nier", constate Abdelkrim Harbache, 42 ans, un employé d'un supermarché dans le XXème arrondissement de Paris.
Nelson Lopes, son patron, surveille les vols de viande ou de café, des produits "onéreux". "L'inflation et la pauvreté" n'épargnent personne, selon lui. "De plus en plus c'est la petite mamie, c'est tout le monde qui vole aujourd'hui", assure-t-il.
Et cette technologie remplace très avantageusement la présence humaine: "Ça va me coûter 3.000 euros, quel intérêt sinon", dit-il.
Pourtant, dans les trois commerces visités, aucun n'indique à l'entrée que les caméras sont "augmentées" par l'IA.
Loan, 65 ans, cliente de la supérette, l'ignorait totalement. "C'est normal que le magasin informe que non seulement on peut être filmé, mais surveillé par une IA", proteste-t-elle, redoutant les dérives futures et "un monde qui est trop flou".
- Vide légal -
Aujourd'hui, le problème est éminemment juridique. La Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) est claire: ces caméras analysent massivement des données personnelles. En raison du risque avéré de surveillance généralisée, leur usage commercial est interdit sans une loi spécifique.
Malgré ce veto institutionnel, la start-up Veesion a équipé "2.000 à 3.000 enseignes" dans l'Hexagone et les clients ne sont pas toujours alertés sur ce vide légal. Avec tact, M. Lopes glisse que lors de la vente, les commerciaux "n'ont pas parlé du tout du côté légal".
Le PDG de Veesion, Thibault David, s'inscrit en faux contre l'accusation d'être dans l'illégalité, malgré les avertissements clairs de la Cnil. "On se conforme au RGPD", affirme-t-il, invoquant le règlement européen. Il défend une simple technologie d'aide à la décision "qui ne fait pas d'analyse biométrique".
Latifa Gharbi, une pharmacienne du IXème arrondissement à Paris, paie 200 euros mensuels pour booster ses caméras à l'IA. "J'économise 4.000 euros de marchandises volées par an et j'évite de payer un vigile", assume-t-elle.
Son équipe évite également les conflits avec les voleurs pris sur le fait: "quand on leur dit +c'est la caméra IA qui vous a grillé+, c'est enregistré et tout de suite la tension tombe", argumente-t-elle.
Elle note toutefois des ratés chroniques, la machine confondant le téléphone d'un client avec un larcin. "C'est un outil, il faut constamment l'entraîner en lui signalant ses erreurs", relativise-t-elle.
Pour sortir de cette zone grise et répondre à la détresse économique des boutiquiers, le député Renaissance Paul Midy porte une proposition de loi: son texte prévoit une période d'expérimentation jusqu'en 2027 pour sécuriser le dispositif face aux craintes car pour lui, cette "évolution encadrée" exclut totalement la "reconnaissance faciale et conserve le contrôle humain continu".
Une balance entre sécurité et libertés que le Conseil constitutionnel avait validée pour les Jeux olympiques, au nom de la lutte antiterroriste.
Si le droit d'opposition des clients disparaît par pragmatisme dans la nouvelle loi, M. Midy justifie la mesure par l'espace strictement privé du commerce: "Si vous ne voulez pas rentrer dans un magasin qui a des caméras augmentées, vous changez de magasin."
Mais certains redoutent d'ouvrir la boîte de Pandore. Alex, 46 ans, croisé dans les rayons à Montreuil, se montre fataliste face à cette automatisation galopante. "J'ai été fiché quand je suis arrivé sur cette terre", lâche-t-il sans illusion. Observant l'objectif de la caméra au plafond, il conclut, gravement: "Se faire traquer par l'IA, c'est que la suite logique et ça ne va pas s'arrêter là".
"On avait perdu presque 60.000 euros la première année", se souvient ce gérant d'un Franprix en évoquant ses anciennes pertes. Depuis qu'il paie un abonnement mensuel de 250 euros pour doter ses caméras d'un logiciel d'analyse comportementale, cette hémorragie a diminué de "moitié".
L'algorithme repère les gestes suspects en temps réel, comme "la mise en sac", et envoie une courte vidéo d'alerte. Le commerçant visionne l'extrait et intervient sans heurt. "Les voleurs, ils sont confrontés parce qu'ils peuvent pas nier", constate Abdelkrim Harbache, 42 ans, un employé d'un supermarché dans le XXème arrondissement de Paris.
Nelson Lopes, son patron, surveille les vols de viande ou de café, des produits "onéreux". "L'inflation et la pauvreté" n'épargnent personne, selon lui. "De plus en plus c'est la petite mamie, c'est tout le monde qui vole aujourd'hui", assure-t-il.
Et cette technologie remplace très avantageusement la présence humaine: "Ça va me coûter 3.000 euros, quel intérêt sinon", dit-il.
Pourtant, dans les trois commerces visités, aucun n'indique à l'entrée que les caméras sont "augmentées" par l'IA.
Loan, 65 ans, cliente de la supérette, l'ignorait totalement. "C'est normal que le magasin informe que non seulement on peut être filmé, mais surveillé par une IA", proteste-t-elle, redoutant les dérives futures et "un monde qui est trop flou".
- Vide légal -
Aujourd'hui, le problème est éminemment juridique. La Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) est claire: ces caméras analysent massivement des données personnelles. En raison du risque avéré de surveillance généralisée, leur usage commercial est interdit sans une loi spécifique.
Malgré ce veto institutionnel, la start-up Veesion a équipé "2.000 à 3.000 enseignes" dans l'Hexagone et les clients ne sont pas toujours alertés sur ce vide légal. Avec tact, M. Lopes glisse que lors de la vente, les commerciaux "n'ont pas parlé du tout du côté légal".
Le PDG de Veesion, Thibault David, s'inscrit en faux contre l'accusation d'être dans l'illégalité, malgré les avertissements clairs de la Cnil. "On se conforme au RGPD", affirme-t-il, invoquant le règlement européen. Il défend une simple technologie d'aide à la décision "qui ne fait pas d'analyse biométrique".
Latifa Gharbi, une pharmacienne du IXème arrondissement à Paris, paie 200 euros mensuels pour booster ses caméras à l'IA. "J'économise 4.000 euros de marchandises volées par an et j'évite de payer un vigile", assume-t-elle.
Son équipe évite également les conflits avec les voleurs pris sur le fait: "quand on leur dit +c'est la caméra IA qui vous a grillé+, c'est enregistré et tout de suite la tension tombe", argumente-t-elle.
Elle note toutefois des ratés chroniques, la machine confondant le téléphone d'un client avec un larcin. "C'est un outil, il faut constamment l'entraîner en lui signalant ses erreurs", relativise-t-elle.
Pour sortir de cette zone grise et répondre à la détresse économique des boutiquiers, le député Renaissance Paul Midy porte une proposition de loi: son texte prévoit une période d'expérimentation jusqu'en 2027 pour sécuriser le dispositif face aux craintes car pour lui, cette "évolution encadrée" exclut totalement la "reconnaissance faciale et conserve le contrôle humain continu".
Une balance entre sécurité et libertés que le Conseil constitutionnel avait validée pour les Jeux olympiques, au nom de la lutte antiterroriste.
Si le droit d'opposition des clients disparaît par pragmatisme dans la nouvelle loi, M. Midy justifie la mesure par l'espace strictement privé du commerce: "Si vous ne voulez pas rentrer dans un magasin qui a des caméras augmentées, vous changez de magasin."
Mais certains redoutent d'ouvrir la boîte de Pandore. Alex, 46 ans, croisé dans les rayons à Montreuil, se montre fataliste face à cette automatisation galopante. "J'ai été fiché quand je suis arrivé sur cette terre", lâche-t-il sans illusion. Observant l'objectif de la caméra au plafond, il conclut, gravement: "Se faire traquer par l'IA, c'est que la suite logique et ça ne va pas s'arrêter là".
































