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Baptême du feu pour le conseil des sages de Facebook



San Francisco, Etats-Unis | AFP | mardi 01/12/2020 - Après des mois de préparatifs, le conseil de surveillance de Facebook entre en action: ses membres ont trois mois pour évaluer des décisions de la plateforme sur certains contenus jugés problématiques, en espérant faire jurisprudence au-delà des six premiers cas portés à leur attention.

Le géant des réseaux sociaux a-t-il eu raison d'enlever une capture d'écran de tweets de l'ex-Premier ministre malaisien, Mahathir Mohamad, qui déclarait notamment que "les musulmans ont le droit d'être en colère et de tuer des millions de Français pour les massacres du passé" ?

L'utilisateur qui a relayé ces propos sur sa page, sans légende, assure qu'il voulait sensibiliser aux "mots horribles" de l'ex-dirigeant.

C'est l'une des six affaires sur lesquelles les 20 membres du conseil vont devoir se prononcer, d'après un communiqué publié mardi. 

Les cinq autres portent sur d'autres contenus ayant enfreint les règles du réseau sur les discours de haine, les organisations dangereuses ou encore la nudité. Elles concernent entre autres les tensions politiques en Birmanie, le conflit entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie, une citation nazie dans un contexte américain.

"L'objectif, avec ces cas emblématiques, c'est de pouvoir faire nos armes, et, on l'espère, jurisprudence", a expliqué à l'AFP Julie Owono, directrice de l'ONG Internet Sans Frontières et membre du conseil de surveillance.

Le projet d'une sorte de "Cour suprême", ayant le dernier mot sur les contenus controversés sur Facebook et Instagram, avait été annoncé fin 2019 par Mark Zuckerberg. Le patron du groupe californien essuie depuis des années critiques et enquêtes sur sa politique de modération, souvent considérée trop laxiste.

Recommandations

La plateforme se voit notamment reprocher son manque de réactivité contre certains appels à la violence, liés par exemple aux massacres de Rohingyas en Birmanie en 2017 ou au récent meurtre du professeur Samuel Paty en France.

"Le but du conseil c’est qu'en termes de modération des contenus, les droits humains deviennent le principe et non l’exception ou la pensée après coup", a détaillé Julie Owono.

Les membres -- une lauréate yéménite du Nobel de la Paix, un ancien juge fédéral américain et d'autres personnalités de la société civile -- vont étudier les affaires en petits groupes, avec l'aide de rapports d'experts et même de commentaires du public, invité à réagir en ligne sur chaque cas. 

Le conseil tranchera après un vote, et rendra des décisions définitives auxquelles Facebook devra se conformer.

Il peut par exemple obliger Instagram à autoriser les photos de poitrines féminines (avec les tétons visibles), publiées par un utilisateur brésilien qui voulait sensibiliser aux signes d'apparition du cancer du sein. Mais il ne peut pas forcer la plateforme à laisser passer toutes les autres images de seins nus avec une légende sur l'importance des mammographies.

Le conseil fera quand même des recommandations générales, que Facebook sera libre d'appliquer ou non, en se justifiant publiquement.

"La balle sera dans leur camp", résume Julie Owono.

Angoisse

D'où les critiques qui ont déjà émergé, avant même que ce conseil des sages n'ait commencé son travail.

"C'est une organisation sans pouvoir, avec trop de vides juridiques pour vraiment s'attaquer aux dégâts causés par le site", a réagi mardi Roger McNamee, un des fondateurs de l'organisation militante baptisée "Real Facebook Oversight Board" ("Véritable Conseil de surveillance de Facebook").

Cette coalition d'associations ne croit pas la plateforme sincère dans ses efforts de lutte contre la désinformation et la haine.

Elle se propose de statuer sur trois cas alternatifs, dont l'exclusion de Facebook de Steve Bannon, un ancien conseiller du président Donald Trump, qui a récemment appelé sur les réseaux à la décapitation d'Anthony Fauci, le directeur de l'Institut des maladies infectieuses américain.

Aucun des premiers cas retenus par le conseil de surveillance ne se penche sur les polémiques autour de la désinformation électorale qui agitent les Etats-Unis depuis des mois.

Mais cela ne signifie pas que ce sujet ne sera pas abordé, note Julie Owono. 

La directrice d'ONG trouve "important" que des ONG demandent des comptes aux géants de la tech, tout en rappelant que "c'est la première fois dans l'histoire qu'une entreprise comme Facebook accepte de céder une part de son pouvoir à une institution externe".

Le conseil, qui comportera 40 membres à terme, répond à une fondation indépendante, dotée de 130 millions de dollars par le groupe américain.

"Cela fait des mois qu'on attend ce moment", raconte Julie Owono.

"Nous prenons notre mission très au sérieux. Ce sont des questions très importantes, parfois de vie ou de mort".

le Mardi 1 Décembre 2020 à 05:29 | Lu 145 fois





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