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Baisse de la dotation au CHPF : le personnel tire la sonnette d'alarme


Baisse de la dotation au CHPF : le personnel tire la sonnette d'alarme
PAPEETE, le 13 janvier 2015. Les représentants du personnel de l'hôpital de Taaone dénoncent la décision du Pays de diminuer de 600 millions de Fcfp la dotation globale de fonctionnement de l'établissement en 2015. Pour eux, l'hôpital ne pourra pas renouveler de matériel médical, alors que certains équipements nécessitent d'être remplacés.

Le Pays a décidé de diminuer la dotation globale de financement du centre hospitalier de Polynésie française de 600 millions de Fcfp pour 2015. Une situation que le personnel de l'hôpital de Taaone n'accepte pas. Hier, les différents syndicats de l’établissement étaient réunis. Il manquait juste à l'appel Iho Taata Tumu, affilié à O Oe To Oe Rima.
En décembre, les représentants du personnel ont rencontré le “ministre en devenir” de la Santé Patrick Howell et la ministre de l'Emploi, Tea Frogier. Ceux-ci leur auraient alors assuré que cette baisse pourrait être corrigée à travers plusieurs collectifs budgétaires. Mais les syndicats attendent une trace écrite. Ils ont donc demandé à être reçu par le vice-président lundi prochain et attendent une garantie.

S’appuyant sur chiffres et graphiques, les syndicats rappellent que depuis l'entrée dans le nouvel hôpital en 2010, la perte totale de dotation globale de fonctionnement validée par le Pays s'élève à 2,367 milliards de Fcfp. L’établissement se retrouve donc avec la même dotation globale de fonctionnement qu'en 2008, à l’époque où l’hôpital était encore à Mamao.


Des investissements gelés


« Mais maintenant, comment va-t-on faire avec 600 millions en moins ? », interpellent les syndicats. « Ce n'est pas au CHPF de trouver les solutions, c'est au Pays de nous donner les moyens de continuer à fonctionner pour assurer au moins la même offre de soins tant en quantité qu'en qualité. Et si ce n'est pas possible, le gouvernement doit définir les missions que le CHPF devra abandonner et celles qu'il devra conserver. »

Pour faire face à cette baisse, les investissements en matériel médical ont été gelés de 2010 à 2013, indiquent à l’unisson les représentants du personnel de l'établissement de santé (lire encadré ci-dessous). Pourtant, les besoins sont estimés à plus de 500 millions de Fcfp, estime-t-il, à ajouter aux besoins des services techniques et informatiques.
Pourtant le renouvellement du matériel est incontournable pour les professionnels de santé. « Nous avons besoin d'investissements, sinon nous allons tomber en panne. On a besoin d’avoir des ordinateurs qui marchent, de changer le scanner », insiste Marc Levy, président du Syndicat des praticiens hospitaliers de Polynésie française.


« Pas de dialogue »

Les représentants du personnel regrettent également le manque de concertation du Pays. « Il n'y a pas de dialogue entre le CHPF et les décideurs du Pays, le directeur n’était pas au courant de cette baisse de dotation globale de fonctionnement », assure Marc Levy.

Les représentants du personnel de l'hôpital attendent donc maintenant une réponse favorable à leur demande lundi prochain. Sinon, « nous mettrons en place des actions syndicales au sein de notre établissement », prévient Vaitea Le Gayic, du Syndicat autonome du personnel hospitalier.

Une marge de manœuvre limitée

Hier, les différents syndicats de l'hôpital de Taaone étaient réunis. Il manquait juste à l'appel Iho Taata Tumu, affilié à O Oe To Oe Rima.
Hier, les différents syndicats de l'hôpital de Taaone étaient réunis. Il manquait juste à l'appel Iho Taata Tumu, affilié à O Oe To Oe Rima.
Pour faire face aux baisses successives de la dotation globale de fonctionnement, la direction de l'hôpital a décidé d’augmenter le coût des hospitalisations pour les non-ressortissants de la CPS (touristes et fonctionnaires d’État). Les recettes de l’hôpital hors CPS ont ainsi bondi de 95 % entre 2011 et 2014. Ainsi, le prix d'une journée d’hospitalisation est passé de 500 euros en 2010 à 2 346 euros en 2014 pour les non-ressortissants de la CPS. « Mais il y a une limite à l'augmentation de ses recettes », met en évidence Sylvie Labrousse, du syndicat du personnel du centre hospitalier de Taaone. « On ne peut pas augmenter indéfiniment le prix de la journée. La diminution de la dotation globale de fonctionnement ne pourra pas être compensée par des recettes supplémentaires. Le CHT est maintenant un des hôpitaux les plus chers de France ».

« L'hôpital est plein à craquer »

« L'hôpital n'est pas du tout surdimensionné », a tenu à répondre Marc Levy, président du Syndicat des praticiens hospitaliers de Polynésie française, face aux critiques. « Le nombre de lits pour 10 000 habitants en Polynésie nous fait figurer par les territoires de France les moins bien lotis. L'hôpital est plein à craquer. Le taux d'occupation des lits des soins curatifs est de l'ordre de 120 % en psychiatrie- certains patients dorment sur un matelas posé à terre -, il est de 99 % en chirurgie, de 93,9 % en médecine. Le taux d’occupation global du CHPF est de 83,3 %. » Pour Sylvie Labrousse, du syndicat du personnel du centre hospitalier de Taaone, « la surface de l'hôpital est énorme mais il y a beaucoup d'espace qui ne sert à rien », regrette-t-elle.

Vaitea Le Gayic, Syndicat autonome du personnel hospitalier

Si le gouvernement ne vous garantit pas par écrit qu'il y aura des collectifs budgétaires pour compenser la baisse de la dotation globale de fonctionnement, qu'allez-vous faire ?
Nous mettrons en place des actions syndicales au sein de notre établissement. Nous avons le soutien du personnel derrière les cinq organisations syndicales qui étaient présentes ce mardi. On pourrait faire une marche au sein de la ville de Papeete, entre la présidence et l'assemblée, un mouvement de grève au sein de l'hôpital de Taaone, sans toutefois mettre en difficulté la prise en charge des soins de la population.

Pour vous, la baisse de la dotation globale de fonctionnement signifie que l'hôpital ne pourra pas réaliser d’investissement dans le parc à matériel en 2015, alors que cela serait nécessaire.
Aujourd'hui si on doit faire des arbitrages on ne touchera pas au fonctionnement, car qui dit fonctionnement, dit salaire des agents. Ce serait la colère à 100 % du personnel. On ne pourra pas toucher le budget fonctionnement, le budget investissement ne pourra pas être pourvu. Il n'y aura donc pas de rénovation de matériel alors qu'on en a besoin. Je vous donne l'exemple du scanner. Ils nous coûte 164 millions et a une durée de vie de 7 ans. Le scanner aujourd’hui a 10 ans. On doit le remplacer sinon on envoie les patients vers les cliniques.






Rédigé par Mélanie Thomas le Mardi 13 Janvier 2015 à 17:03 | Lu 1354 fois