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Assises : Morte au fond d'un puits après une dispute conjugale à Raroia



Le procès d'Albert Mateau doit normalement s'achever vendredi soir. Il encourt 20 ans de prison.
Le procès d'Albert Mateau doit normalement s'achever vendredi soir. Il encourt 20 ans de prison.
PAPEETE, le 7 septembre 2017 - Albert Mateau, 32 ans, est jugé depuis ce jeudi par les jurés de la cour d'assises pour sa responsabilité dans la mort tragique de sa concubine de 21 ans, décédée sur fond de violences conjugales le 19 octobre 2014, mais dans un scénario qui reste obscur trois ans après le drame. L'accusé est détenu depuis les faits.


Comment la victime, la jeune Tevavaro Taurere, a-t-elle bien pu plonger tête la première dans ce puit d'eau de 2 mètres de fond bricolé avec des fûts d'hydrocarbures de seulement 58 cm de diamètre. Suicide ? Comme l'a d'abord suggéré l'accusé quand il est allé annoncer la sinistre nouvelle au village ? Chute accidentelle alors qu'il la poursuivait après l'avoir rossée ? Comme il l'a ensuite soutenu devant les enquêteurs ? Ou bien est-ce lui, Albert Mateau, qui l'a plongée dans le trou de rage pour lui faire avouer une hypothétique infidélité, comme le suggèrent certains témoins qui auraient recueilli ses confessions. L'accusé, et son avocate, rejettent catégoriquement cette dernière hypothèse : "Mon client n'est pas accusé de meurtre, mais de violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner", rappelle à qui veut l'entendre Me Chouini.

Dans le box, polo noir, cheveux courts et tête basse, s'exprimant très peu, Albert Mateau reconnait avoir été violent avec Tevavaro en cette soirée du 19 octobre 2014. Et que ces violences l'ont indirectement conduit à la mort au fond du puit alors qu'elle s'enfuyait pour échapper à ses coups. Mais il n'en démord pas, tout ceci n'est qu'un tragique concours de circonstances : "J'ai essayé de la rattraper et sans faire exprès, elle est tombée". Elle aurait trébuché, peut-être sur une pierre, et aurait donc plongé dans le trou à peine plus large que sa ligne d'épaule, emportée par son élan, sans même avoir le réflexe, naturel, de mettre les bras en opposition.

"Cela me paraît très difficile, elle serait tombée à plat ventre", relève le directeur d'enquête, interrogé sur ce point par l'avocat général qui lui non plus ne semble pas convaincu par le scénario. La position du corps tel qu'il a été retrouvé dans le puisard, la tête dans 60 cm d'eau, ne colle pas non plus avec le sens de la course de la victime qui fuyait son compagnon. "On a pu le manipuler", contre-attaque la défense du prévenu qui rappelle que trois personnes ont aidé à extraire la jeune femme de son piège mortel. L'autopsie, pratiquée plusieurs jours après le décès alors que Tevavaro avait déjà été inhumée, a décelé quelques blessures et une trace de corde nouée à la cheville. Une corde que l'accusé aurait utilisée pour tenter de sortir la dépouille du puits, n'y arrivant pas à la seule force des bras. Mais une conclusion formelle sur les causes de la mort.

Komo et jalousie

La malheureuse était à moitié dévêtue quand elle a été repêchée. Le couple avait passé la journée chez un voisin. Albert a indiqué avoir bu pas loin de 3 litres de komo. Il s'était absenté, en milieu d'après-midi, pour aller chercher un peu de paka. Mais Tevavaro ne l'avait pas attendu. Elle n'était plus là à son retour. Ni chez le voisin, ni à la maison. Elle aurait entretemps fait part de ses craintes, persuadée qu'il allait "lui faire du mal". Le couple avait eu une altercation devant témoins un peu plus tôt.

Décrit comme jaloux et possessif, empêchant sa concubine d'aller et venir librement, il l'aurait violemment rossée et tirée par les cheveux à son retour, à la nuit tombée, avant de lui courir après quand elle tentait de s'enfuir en direction du puit. Dans l'une de ses nombreuses versions, Albert a expliqué qu'il aurait aussi pu la pousser accidentellement dans le trou quand il l'a ceinturée après l'avoir rattrapée. Le jeune homme, ouvrier dans une ferme perlière, aurait ensuite tenté de remonter le corps à l'aide d'une corde avant d'aller chercher de l'aide à la mairie.

Sans témoins directs de la scène, en l'absence de gendarmes sur ce petit atoll des Tuamotu dont le seul agent de sécurité publique, malgré un travail remarqué, n'avait jamais été confronté à pareille situation, la piste accidentelle vendue par Albert avait tenu quelques heures. Avant d'être rapidement mise à mal par la famille de la victime, convaincue que le compagnon de Tevavaro, violent avec elle, ne pouvait pas être totalement étranger à l'histoire. Tour à tour triste, comme perdu, muet, fuyant dans ses explications, l'attitude de l'accusé, qui avait aussi incendié la maison du couple le lendemain du drame, avait fini par faire douter le mutoi : "Il n'y a pas de mis en cause, mais Albert n'est pas neutre de tout soupçon", avait écrit l'agent de sécurité dans sa synthèse transmise aux gendarmes. Deux jours plus tard, les enquêteurs débarquaient depuis Tahiti pour procéder à son interpellation. Ecroué depuis, il encourt 20 ans de réclusion criminelle. Le procès se poursuit vendredi pour permettre aux jurés de se forger leur intime conviction.


Rédigé par Raphaël Pierre le Jeudi 7 Septembre 2017 à 18:24 | Lu 4484 fois






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