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Arrivée de “Te Hono” à Tahiti : Motu Link Cargo lance son pari du fret aérien inter-îles


Après plusieurs semaines de convoyage depuis Toulouse, l’avion cargo de Motu Link a atterri ce vendredi matin à Tahiti.
Après plusieurs semaines de convoyage depuis Toulouse, l’avion cargo de Motu Link a atterri ce vendredi matin à Tahiti.
Tahiti, le 20 février 2026 - Après plus de 17 000 kilomètres de convoyage depuis Toulouse, “Te Hono” s’est posé ce vendredi 20 février à l’aéroport de Tahiti-Faa’a. Ce premier avion de Motu Link Cargo marque une étape décisive pour ce projet polynésien inédit : la création d’une compagnie entièrement dédiée au fret aérien inter-îles.
 
Bénédiction, cérémonie officielle et prises de parole ont rythmé l’événement, en présence des fondateurs, des investisseurs et des autorités du Pays. Pour Motu Link, l’arrivée de son appareil “Te Hono”, vendredi matin, symbolise l’aboutissement de près de cinq années de travail et l’entrée dans une phase opérationnelle très attendue.
 
Un avion conçu pour les réalités insulaires
 
Baptisé Te Hono, “le lien”, l’appareil est un ATR 72-500 converti en version cargo, capable de transporter jusqu’à 8,3 tonnes de fret pour un volume de 75 m³. Conçu pour opérer sur des pistes courtes et isolées, il est particulièrement adapté aux contraintes géographiques de la Polynésie.
 
Selon Motu Link, fondée par Alexandre Mu, Leila Kocik et Pascal Mou, ce type d’avion permettrait également de réduire les émissions de CO₂, avec une économie estimée à 4 400 tonnes par an par rapport à un avion à réaction, tout en garantissant des rotations régulières entre Tahiti et les îles.


Un financement 100 % privé et local
 
Le projet repose sur un actionnariat exclusivement privé et polynésien, insistent ses dirigeants. “Nous sommes une compagnie de droit privé, avec des fonds propres investis dans le capital”, explique le président de Motu Link, Alexandre Mu. 
 
Au total, plus de 1,4 milliard de francs Pacifique ont été injectés dans le projet, dont près de 500 millions de francs pour l’acquisition de l’avion. Une partie du financement a été levée via une opération de financement participatif, une première à cette échelle en Polynésie. Parmi les investisseurs figurent notamment Yvon Yeou Chichong, actionnaire principal (sans être majoritaire), ainsi que des familles d’armateurs polynésiens. “Il y a un besoin réel. Dans certaines îles, l’accès aux produits frais reste très limité. L’avion permet d’acheminer ce que le bateau ne peut pas transporter dans de bonnes conditions”, souligne Yvon Chichong.
 
Dès le lancement de l’exploitation, Motu Link prévoit des vols réguliers vers Raiatea, Bora Bora, Rangiroa, Nuku Hiva et Tubuai, avec des services prioritaires pour les produits sensibles : denrées fraîches, médicaments, animaux vivants. Le démarrage des opérations reste toutefois conditionné à l’obtention du feu vert de l’aviation civile. “On espère pouvoir commencer l’exploitation courant mars”, indique l’investisseur.
 


Un modèle économique sous surveillance
 
La question de la rentabilité est centrale. Motu Link affirme avoir construit une structure de coûts très maîtrisée, avec un seuil de rentabilité autour de 40 % de taux de remplissage.
Un pari assumé, dans un secteur aérien réputé pour être très consommateur de liquidités.
Pour le président de la Polynésie française, Moetai Brotherson, le projet vient combler un manque : “Motu Link est une pièce manquante du puzzle de notre connectivité aérienne. C’est un outil complémentaire, sans concurrence frontale avec les compagnies existantes, et une opportunité pour le développement économique des îles productrices.”
 
Interrogé sur un éventuel soutien financier du Pays, le président reste prudent : “Il ne s’agit pas de subventions classiques, mais nous pourrions envisager une prise en charge partielle de certains types de fret. C’est une activité nouvelle, le cadre réglementaire n’est pas encore totalement prévu. Nous allons en discuter avec les ministres concernés.”
 
Motu Link Cargo a créé environ 35 emplois directs pour l’exploitation du premier appareil, incluant pilotes, mécaniciens, personnels opérations et logistique. La compagnie affirme avoir privilégié, autant que possible, le recrutement local, tout en s’appuyant sur des partenaires spécialisés pour la maintenance et la formation.
 
Sur le plan réglementaire, Motu Link devra aussi composer avec le cadre existant des délégations de service public, aujourd’hui principalement orientées vers le transport de passagers, ce qui limite encore certaines dessertes fret. Une évolution attendue du cadre pourrait, à terme, élargir le champ d’action de la compagnie.

Interview  avec Alexandre Mu, président de Motu Link Cargo
 
“Nous avons un fort intérêt du secteur agricole”
 
Motu Link est-elle vraiment rentable avec un seul avion ?
 
“Oui, parce que nous avons bâti le projet sur une obsession : la maîtrise totale des coûts fixes. L’aérien consomme énormément de cash. Si on ne contrôle pas les charges dès le départ, on ne survit pas.”
 
Quel est votre seuil de rentabilité ?
 
“Nous sommes rentables à partir d’un taux de remplissage d’un peu plus de 40 %. C’est un seuil réaliste, compte tenu des besoins identifiés sur le territoire.”
 
Avez-vous déjà des clients ?
 
“Pas sous forme de contrats signés, mais nous avons un fort intérêt du secteur agricole, notamment pour le transport de produits frais depuis Tubuai, Raiatea ou Nuku Hiva. Le soutien du ministère de l’Agriculture est réel.”
 
Que se passe-t-il en cas de panne, avec un seul avion ?
 
“C’est un risque. Nous avons sécurisé la maintenance avec Sabena Technics et un contrat de pool de pièces, couvrant la majorité des pannes critiques. Et nous travaillons déjà à l’arrivée d’un deuxième appareil, idéalement d’ici la fin de l’année.”
 
Quelle est votre ambition à moyen terme ?
 
“Notre business plan prévoit jusqu’à trois avions à l’horizon 2027, si le marché le justifie.”
 
Et envisagez-vous des vols passagers un jour ?
 
“Non. Jamais. Motu Link est et restera une compagnie cargo.”
 

Rédigé par Darianna Myszka le Vendredi 20 Février 2026 à 17:30 | Lu 1019 fois