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Ahip saisit l'État sur l'aide du Port à Air Moana


Tahiti, le 24 juillet 2026 – Après la justice, le haut-commissaire. Ahip a saisi le représentant de l'État pour lui demander d'examiner la légalité du montage permettant au Port autonome de participer au financement des nouveaux ATR d'Air Moana via la défiscalisation. Pour Nuihau Laurey, le gouvernement cherche ainsi à contourner l'annulation des aides qu'il avait directement accordées à la compagnie. Une nouvelle offensive contre un exécutif déjà privé de majorité à Tarahoi.
 

Le dossier Air Moana n'en finit plus de rebondir sur le terrain juridique. Cette fois, ce n'est plus directement l'aide du Pays à la compagnie qui est visée, mais le recours au Port autonome pour participer au financement de ses nouveaux appareils.
 
Dans une vidéo diffusée vendredi, Nuihau Laurey annonce qu'Ahip a saisi le haut-commissaire au titre du contrôle de légalité. L'élu demande au représentant de l'État d'examiner la décision du conseil d'administration du Port et, le cas échéant, de la déférer devant le tribunal administratif. “Est-ce que c'est la mission du Port autonome de financer de nouveaux avions ? Bien évidemment non”, estime-t-il. Pour Ahip, l'établissement public, dont la mission première est portuaire, serait ainsi utilisé par le gouvernement pour soutenir une entreprise privée, de surcroît en concurrence avec Air Tahiti, dont le Pays est actionnaire.
 
Mais c'est surtout le passif judiciaire du dossier qui fait bondir Nuihau Laurey. “Le gouvernement vient contourner une décision, deux décisions de justice même”, accuse-t-il.
 
Le 27 janvier, le tribunal administratif avait en effet annulé trois arrêtés accordant à la société Natireva, maison mère d'Air Moana, un prêt de 600 millions de francs et deux garanties d'emprunt d'environ 537 et 400 millions. Les juges avaient estimé que ces aides ne respectaient pas les conditions prévues par la réglementation du Pays. Début juillet, Natireva a tenté d'obtenir de la cour administrative d'appel de Paris le sursis à exécution de ces jugements dans l'attente de l'examen de ses appels au fond. Une demande rejetée le 10 juillet, laissant donc les annulations prononcées par le tribunal pleinement exécutoires à ce stade.
 
Le Port prend le relais
 
C'est dans ce contexte qu'est intervenu le nouveau montage autour de la défiscalisation des ATR d'Air Moana. Et c'est précisément ce que conteste Ahip. Nuihau Laurey y voit un “détournement de procédure” et considère que le Port vient désormais “remplacer le Pays” pour financer les appareils de la compagnie aérienne inter-îles. Il constate également que la décision n'a pas été unanime au sein du conseil d'administration de l'établissement public.
 
Le sujet est d'autant plus sensible que le Port a également indiqué vouloir examiner d'autres opérations de défiscalisation, notamment au bénéfice d'Air Tahiti. Une manière de répondre au risque de distorsion de concurrence, mais qui ne règle pas, aux yeux d'Ahip, la question de fond : jusqu'où un établissement chargé des infrastructures portuaires peut-il intervenir dans le financement du transport aérien ?
 
L’offensive dépasse d’ailleurs rapidement le seul dossier Air Moana. Nuihau Laurey dénonce une politique du transport aérien sans “boussole”, avant de voir dans cette nouvelle affaire une illustration du problème qui se pose désormais à l’exécutif : comment continuer à gouverner jusqu’à la fin de la mandature lorsque ceux qui sont devenus majoritaires à l’assemblée sont en désaccord avec les choix du gouvernement ? “Est-ce qu’on va continuer comme ça pendant deux ans ?”, interroge-t-il, en plaidant une nouvelle fois pour des élections anticipées.

Rédigé par Stéphanie Delorme le Vendredi 24 Juillet 2026 à 16:50 | Lu 559 fois