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A l'approche du déconfinement, l'idée d'une régionalisation en discussion



Paris, France | AFP | jeudi 23/04/2020 - A moins de trois semaines du début du déconfinement, l'idée d'une levée des mesures de restrictions progressive et différenciée dans chaque région semble faire son chemin, au moment où l'exécutif s'entretient avec des élus locaux inquiets.

Alors que le gouvernement multiplie les consultations pour élaborer la mise en oeuvre compliquée de sortie du confinement, Emmanuel Macron a déjà évoqué mercredi lors d'un déplacement en Bretagne, la possibilité de mesures différentes "selon les secteurs d'activité ou selon les régions". 

"Une des propositions sur lesquelles travaille le gouvernement c'est d'adapter les mesures de déconfinement à la réalité, la réalité d'une école, la réalité d'un quartier, la réalité d'une commune, d'un département ou d'une région", a expliqué jeudi le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner sur BFMTV. 

"La situation n'est pas la même en Nouvelle-Aquitaine où il y a eu moins de cas de Covid ou en Ile-de-France où le virus circule beaucoup. Ce sera aux autorités sanitaires de nous faire des recommandations", a renchéri le ministre de l'Economie Bruno Le Maire sur Franceinfo.

Il a plaidé pour une réouverture de "tous les commerces" le 11 mai, à l'exception des restaurants, bars et cafés "qui feront l'objet d'un traitement spécifique".

L'hypothèse d'une sortie de confinement différenciée selon les zones géographiques aurait la faveur de certains élus locaux.

"Pourquoi faire subir à un département où il n'y a que quelques dizaines de personnes hospitalisées pour Covid des fermetures pendant des mois et des mois", s'est ainsi interrogé sur franceinfotv Le président de la région Normandie Hervé Morin (Les Centristes).

Casse-tête

Les ministres concernés ont remis mercredi à Matignon une première mouture de leurs plans sectoriels, qui seront intégrés d'ici la fin du mois dans un projet global aux allures de casse-tête.

Si l'hypothèse d'un déconfinement régionalisé est retenue, le gouvernement mettra-t-il en place des restrictions de circulation entre des territoires aux règles différentes ? Le gouvernement n'a livré aucune indication précise à ce stade.

Le Premier ministre Edouard Philippe en déplacement à Strasbourg où il a visité le CHU s'entretiendra jeudi après-midi en visioconférence avec les présidents de région pour préparer cette "stratégie de déconfinement".

Emmanuel Macron devait lui discuter jeudi matin avec des maires et les représentants de leurs associations dont l'AMF (Association des maires de France).

Les maires en charge des écoles primaires s'inquiètent notamment du retour des élèves dans les classes. "Il s'agit d'un enjeu sanitaire considérable", souligne l'AMF, pour qui les questions liées "au port de masques ou de désinfection des locaux" doivent être traitées en priorité.

Selon les premières indications du ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer, mardi, le retour à l'école sera étalé sur trois semaines par niveaux de classe, avec des groupes de 15 élèves au maximum.

L'ouverture des crèches et des écoles le 11 mai représenterait "un risque inacceptable pour les Corses", a prévenu le président de l'Assemblée de Corse, l'indépendantiste Jean-Guy Talamoni. "En ce qui nous concerne, les tests et les masques constituent deux conditions sine qua non à une sortie sécurisée du confinement", a-t-il plaidé.

Sur ce sujet, l'Académie de médecine souhaite que les masques anti-projections soient dès maintenant "obligatoires dans l'espace public".

"Epidémie massive"

En Nouvelle-Calédonie, une partie des élèves a repris les cours, avec effectifs réduits, règles d'hygiène et consignes de distanciation. Au lycée Lapérouse de Nouméa, certains professeurs portent des masques "mais il faut qu'ils articulent bien sinon on ne comprend pas", s'amuse Swell, élève en terminale S.

 Alors que le gouvernement est d'autre part interpellé après plusieurs soirs d'incidents en banlieue parisienne, le ministre de l'Intérieur a estimé jeudi que ces tensions étaient dues notamment "à l'effet de la dureté du confinement".

Plus globalement, le contexte sanitaire reste toujours aussi incertain, alors que le nouveau coronavirus n'est pas près d'être vaincu, a averti mercredi l'Organisation mondiale de la Santé.

Le bilan reste élevé avec 21.340 morts en France, 544 de plus en 24 heures, même si le nombre de patients en réanimation baisse depuis deux semaines. 

Département jusqu'ici épargné, le Cantal a enregistré trois premiers décès et un foyer a été identifié au centre hospitalier de Saint-Flour, au sein du service de médecine où étaient hospitalisés des patients au départ testés négatifs.

L'épidémie est toujours "massive, sévère", a rappelé le directeur général de la Santé Jérôme Salomon.

Et, selon des estimations de l'Institut Pasteur, seuls 6% des Français auront été infectés par le coronavirus le 11 mai. 

Une étude épidémiologique dans un lycée de Crépy-en-Valois, un des foyers de l'épidémie dans l'Oise, a d'autre part révélé que 26% des enseignants, lycéens et leur famille possédaient des anticorps contre le virus. Des chiffres là aussi bien trop faibles pour atteindre une immunité de groupe suffisante pour stopper l'épidémie.

Baisse de la consommation électrique

Signe du ralentissement économique majeur, la consommation d'électricité a baissé de 20% depuis l'entrée en vigueur des mesures de confinement, baisse imputée principalement aux secteurs de l'industrie et des services, a indiqué RTE.

Les conséquences économiques et sociales sont également très lourdes. Le chômage partiel a franchi la barre des 10 millions de salariés concernés. Et le déficit de la Sécurité sociale atteindra le niveau abyssal de 41 milliards d'euros cette année.

L'Etat met sur la table un plan d'aide massif de 110 milliards d'euros, voté jeudi dans la nuit par le Sénat. Députés et sénateurs se réuniront jeudi en commission mixte paritaire afin de s'accorder sur un texte commun. 

De nombreuses voix, dont celle du Haut Conseil pour le climat, appellent toutefois à ne pas reproduire la même erreur qu'en 2008, quand le plan de relance avait favorisé des activités polluantes.

Le secteur automobile, en tout cas, redémarre doucement après plus d'un mois de pause. Renault a notamment annoncé la reprise de sa production en France.

Cette crise pèse aussi sur les plus vulnérables : les appels au 119, le numéro d'urgence pour l'enfance en danger, ont bondi de 89% la semaine passée, a indiqué le secrétaire d'Etat Adrien Taquet.

le Jeudi 23 Avril 2020 à 03:16 | Lu 208 fois




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