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22 ans de réclusion pour le voleur qui avait causé la mort d'un papy



22 ans de réclusion pour le voleur qui avait causé la mort d'un papy
PAPEETE, 28 juin 2019 - La cour d'assises a condamné Lewis Opuu à 22 ans de réclusion criminelle vendredi à l'issue de deux jours d'audience. Le 21 décembre 2016, ce jeune homme de 24 ans avait tabassé M. B., 83 ans, lors du cambriolage de son domicile, à Aute sur les hauteurs de Pirae. 

Après avoir consacré une première journée d’instruction à l’audience à la personnalité de l’accusé, la cour d’assises a tenté d’établir, vendredi, les causes de la mort, le 30 décembre 2016, de Monsieur B., 83 ans. Neuf jours plus tôt, le vieil homme avait sauvagement été tabassé par un jeune homme de 21 ans, à son domicile de Aute sur les hauteurs de Pirae, lors d’un cambriolage. 
  
L’agresseur, Lewis Opuu, était renvoyé devant la cour d’assises pour le crime de "vol avec violence ayant entraîné la mort sans intention de la donner". Un acte crapuleux qui lui valait avant même que ne démarre son procès, d’être sous la menace d’une peine de réclusion criminelle à perpétuité.  
  
Atteint de multiples ecchymoses, de plaies ouvertes sur le visage et à l'arrière du crâne, gravement menacé par une fracture de la deuxième vertèbre cervicale, le papy molesté était mort neuf jours plus tard, à la suite d’une intervention chirurgicale de la dernière chance.

"Fin de vie tragique", a constaté l’avocat général Brigitte Angibaud, lors de ses réquisitions. Dans le même temps, sur le banc des parties civiles, la famille de ce père et grand-père si brusquement retiré du monde était plongée dans une affliction évidente. Douleur des parties civiles, rappel pour la cour ; l'avocat général a martelé une ultime fois, la scène du drame : "Un premier coup de poing au visage terrasse le vieil homme. Puis, comme si ce n’était pas suffisant, d’autres coups de pied, tous à la tête, suivront. (…) Un déchainement de violence extrême et gratuite. Là où ça fait mal. Là où ça peut tuer.  (...) Ce jour-là, en s’acharnant sur lui comme il l’a fait, Lewis Opuu n’a pas seulement volé quelques chèques, 3 000 francs en espèces, une carte bancaire et un téléphone qu’il revendra 2 000 francs. Il lui a aussi volé sa vie !

"Je voulais qu’il se rendorme"

A l'audience, l’accusé n’a jamais cherché à se défausser, ni à minimiser ce déferlement de violence qu'il avait commis "sans chercher à comprendre". Sur demande, il a mimé à plusieurs reprises, depuis le box des accusés, les coups portés à la tête, alors que le vieil était déjà à terre : "Je voulais qu’il se rendorme". Ce jour-là, en tout début d'après-midi, il était en "chasse", sur les hauteurs de Pirae. Ce résident de Mahaena, était descendu spécialement en ville pour voler. Deux jours plus tôt, dans le même quartier, il avait déjà commis quelques larcins. Et procédé à un repérage dans ce quartier privilégié pour son "calme". Sans argent pour prendre le bus, là, il avait besoin d'un véhicule pour retourner chez lui, au PK 35 sur la côte Est de Tahiti. Le Suzuki Vitara avait été repéré dans le garage de M. B.. Il lui fallait les clés. Et il n’a reculé devant rien, pas même devant la certitude qu'il avait de rencontrer quelqu'un dans la maison visée : "Je m’en fichais à ce moment-là. Je voulais voler et rentrer." 
  
Après deux ans et demi en détention provisoire à Nuutania, adepte d'un groupe de parole biblique animé par un aumônier des Témoins de Jéhovah, ses déclarations laissent penser que sa conception du monde a changé maintenant. Il laisse entendre qu'il est dans la rédemption. Aujourd’hui il déclare qu’il "mérite d’être puni" et se dit prêt à "accueillir la peine maximale". 
  
La peine maximale c'est aussi ce que demande, peu ou prou, la représentante du ministère public. "A crime ultime, peine ultime. Perpétuité, c’est le repère de la loi pour les crimes ultimes. C’est le repère que vous ne devrez pas oublier, lors de vos délibérations", a aussi martelé l’avocat général, en demandant aux jurés de prononcer "une peine de réclusion de 22 à 25 ans."  

C'est la conception de l'affaire qu'auront choisi de retenir, en leur intime conviction, la majorité des 13 jurés. Six au moins d'entre eux ont estimé que Lewis Opuu s'était rendu coupable de vol, le 21 décembre 2016 au domicile de M. B. La majorité a également estimé que le jeune homme avait commis ce délit avec violence. Des éléments que l'intéressé n'a jamais niés. Mais le caractère criminel de ce fait divers s'est manifesté lorsque six au moins des jurés ont dit avoir l'intime conviction que ces violences ont causé la mort de la victime, 9 jours plus tard. Les 22 ans de réclusion criminelle ordonnés à l'encontre du jeune homme de 24 ans tombaient alors comme une peine logique.

L'agression a-t-elle causé la mort ?

Mais cette question du lien entre l’agression et la mort de la victime a été centrale, vendredi lors de l’instruction de ce procès d’assises. Et la réponse que devait lui réserver les jurés, en leur intime conviction, serait déterminante pour le quantum de la peine d'emprisonnement. Coupable du crime crapuleux le plus grave qui soit, ou du délit de vol avec violence ayant entraîné un interruption temporaire totale (ITT) de plus de 8 jours ? D’un côté, c’est la peine maximale éventuellement assortie d’une peine de sûreté ; de l’autre une peine d’emprisonnement de 10 ans, voire du double en cas de récidive. Peine éventuellement réductible, alors qu’il venait déjà de passer les 30 derniers mois en détention provisoire. 
  
Cette question de la qualification pénale des faits avait déjà mobilisé la procédure, courant 2018. Lewis Opuu n'a été renvoyé devant la cour d’assises il n’y a que quelques mois. Jusqu’en décembre dernier, il était sous le coup d’une ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel. C’est suite à une procédure d’appel engagée par les parties civiles que la chambre de l’instruction avait redéfini la qualité des faits reprochés au jeune homme en "vol avec violence ayant entraîné la mort sans intention de la donner".  
  
Entendue, le Dr Facon, médecin légiste, l’a rappelé vendredi matin : la victime, âgée de 83 ans était atteinte d’une cardiopathie hypertensive et de divers troubles de la circulation sanguine. Le vieil homme est décédé d’un arrêt cardiaque sur la table d’opération. Sur un plan purement factuel et médical, l’agression et la mort de l'octogénaire ne sont pas directement et exclusivement reliées. Monsieur B. n'est pas décédé d'une aggravation de ses blessures.  
  
Lors de sa plaidoirie, Me Robin Quinquis a d'emblée tenu à interpeller la cour en soulignant que la crainte des parties civiles était que Lewis Opuu "sorte de prison avant d’avoir purgé une peine exemplaire". Surtout, il l'a rappelé ensuite, jurisprudences de cassation en main : au plan juridique, une cause certaine suffit, la mort ne doit pas nécessairement être relié à un élément factuel direct et exclusif. En l'espèce, Monsieur B. a été violemment agressé. Il a lors de ce passage à tabac été victime d’une fracture cervicale qui présentait de graves complications. Il est mort durant l’opération chirurgicale alors que cette intervention ne pouvait être évitée sans engager le pronostic vital de la victime. 
  
Me Raoul Aureille a de son côté beaucoup insisté sur la nature réelle de ce qui doit être reproché à son client : un vol avec violence ayant entraîné une ITT de plus de 8 jours. Et non la mort de Monsieur B. d'autant que pour lui, rien ne permet d'exclure qu'elle soit consécutive à une erreur opératoire : "Mon client est prêt à payer pour ce qu'il a fait. Mais il faut que la peine soit juste. Il faut surtout qu’elle soit appropriée à ce qui lui est véritablement imputable." Il a demandé à la cour de ne pas dépasser les 15 ans de réclusion dans leur peine. L'avocat n'a visiblement pas été entendu. Mais il l'annonçait avant même que ne tombe le verdict : "Si la peine est supérieure à 20 ans, je fais appel." Il a 10 jours.

Rédigé par Compte-rendu d'audience Jean-Pierre Viatge le Vendredi 28 Juin 2019 à 18:50 | Lu 1940 fois





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