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​Whale watching : la “loterie” peut continuer


Me Édouard Varrod en compagnie des plaignants, vendredi à l’issue de l’audience des référés.
Me Édouard Varrod en compagnie des plaignants, vendredi à l’issue de l’audience des référés.
Tahiti, le 25 juillet 2026 – Les cinq prestataires écartés du nouveau dispositif d’autorisation pour l’observation des baleines n’ont pas obtenu sa suspension. Le juge des référés a rejeté samedi les recours de Full Full, Moorea Blue Diving Center, Tahiti by Boat, Teahupoo Lagoon Tour et Tikehau Ocean Tour, estimant qu’aucun des moyens avancés ne faisait naître de doute sérieux sur la légalité des décisions contestées. Une “loterie” pour les professionnels, une “course à l’échalote” pour le Pays : la bataille se poursuivra désormais devant le tribunal, sur le fond.
 
Ils demandaient au minimum de pouvoir travailler cette saison. Ce sera non. Après plus de deux heures d’une audience exceptionnellement longue vendredi, le juge des référés a rejeté les cinq recours déposés contre le nouveau dispositif encadrant l’approche des baleines dans une décision rendue samedi. Sans même avoir besoin de se prononcer sur l’urgence, le tribunal considère qu’“en l’état de l’instruction”, aucun des moyens avancés n’est susceptible de créer un “doute sérieux” sur la légalité des décisions attaquées.
 
Un revers d’autant plus lourd que le principe même d’un encadrement faisait finalement peu débat. Les requérants ne contestaient ni la nécessité de protéger les mammifères marins, ni même celle de limiter le nombre de bateaux. “Imposer un quota, pourquoi pas ?”, résume leur avocat, Me Édouard Varrod. Ce qu’ils attaquent, c’est la manière de départager des professionnels pourtant tous certifiés : l’ordre d’enregistrement des dossiers complets sur une plateforme ouverte le 26 juin, sans possibilité de connaître sa place dans la file.
 
Le Pays défend au contraire la nécessité de freiner une activité qui a changé d’échelle. Son représentant a rappelé qu’à Moorea, le nombre de prestataires est passé de deux en 2004 à 46 en 2024, soit une multiplication par 23 en vingt ans. Une pression qui, selon lui, n’est pas sans conséquence sur les cétacés. Même en limitant à trois le nombre de bateaux présents simultanément, “ça peut vouloir dire que pour une baleine, toute la journée, elle a trois bateaux qui lui tournent autour, avec des nageurs, avec tout ce qui s’ensuit, avec le bruit”.
 
“Loterie” contre “course à l’échalote”
 
Mais c’est bien la méthode choisie pour départager les candidats qui a cristallisé les critiques. Une “loterie”, martèle Me Varrod. Le Pays préfère parler de “course à l’échalote”. Tous les candidats ayant préalablement obtenu la certification nécessaire, leurs compétences ont déjà été évaluées. Peu importe dès lors qu’un professionnel exerce depuis dix ans et un autre depuis un an : “S’il est certifié, il est certifié”, a défendu son représentant.
 
Une logique difficile à entendre pour certains anciens du secteur. Le représentant de Full Full a ainsi expliqué à l’audience avoir commencé le whale watching en 2010, “par passion”, bien avant l’instauration des quotas. Il assure même avoir réclamé à l’époque un encadrement de l’activité. Ce à quoi on lui aurait répondu qu’il n’était pas possible de limiter le nombre de prestataires. Quinze ans plus tard, les baleines représentent désormais 80 % de son chiffre d’affaires. Trois années sans autorisation ? “Je mets la clé sous la porte”, a-t-il lancé, refusant de voir 15 années de travail remises périodiquement “dans une grosse boule qu’on fait tourner”. L’ordonnance confirme d’ailleurs l’enjeu économique avancé par la société : son carnet de réservations était quasiment complet et la saison des baleines représente 80 % de son chiffre d’affaires annuel.
 
La situation de Tikehau Ocean Tour et Teahupoo Lagoon Tour est encore différente. Tous deux ont reçu, le 3 juillet, une décision leur accordant leur autorisation, avant de se la voir retirer dix jours plus tard. Ils demandaient notamment au juge de rétablir cette première décision, estimant qu’elle avait créé des droits à leur profit. Là encore, le tribunal n’a retenu aucun doute sérieux sur la légalité du retrait.
 
“Ce n’est pas un jeu”
 
À l’audience, le prestataire de Teahupo'o a raconté son soulagement après le premier feu vert : “J’explose de joie”. Il s’était également étonné de voir d’autres professionnels rester dans le quota malgré des signalements : “Moi, j’ai fourni une vidéo qui montre qu’effectivement, ils ne respectent pas. Je voulais savoir pourquoi aujourd’hui ce prestataire-là est encore dans les campagnes.” Et lorsque le Pays a évoqué les motivations “pécuniaires” des requérants, plusieurs se sont indignés. “Ce n’est pas un jeu, je ne suis pas motivé que pour l’argent”, a insisté le professionnel de Teahupo'o. “À chaque fois que je me mettais avec les baleines, je ressentais cette connexion avec nos tupuna, nos ancêtres.”
 
Le calendrier constituait l’autre grande faille dénoncée par les requérants. Lorsque les candidatures ont été ouvertes le 26 juin, le quota qui allait leur être opposé n’était pas encore publié. L’arrêté le fixant, daté du 29 juin, n’est entré en vigueur que lors de sa publication au JOPF le 30 juin, alors même que la plateforme Paraoa était ouverte depuis quatre jours.
 
Pour Me Varrod, cela est revenu à faire jouer la réglementation rétroactivement. Avec une comparaison autrement plus parlante : “Vous imaginez si demain on disait : finalement sur la RDO, ce n’est plus 90 km/h, c’est 70 km/h, et c’est valable pour la semaine dernière. Donc tous les gens qui roulaient à 90, on va les verbaliser.”
 
Le juge des référés n’a donc pas vu dans cet argument, pas plus que dans les autres moyens soulevés, de quoi faire naître un doute sérieux sur la légalité des décisions contestées. Il n’a dès lors même pas eu à trancher l’urgence, pourtant au cœur des témoignages vendredi. Pour les cinq prestataires, place désormais aux réservations à annuler, aux engagements pris auprès des clients et des équipes à défaire, dans une saison des baleines qui a déjà commencé sans eux. Reste la bataille au fond : leurs recours en annulation doivent encore être jugés. Mais ce ne sera que dans plusieurs mois.

“Vous avez organisé la désorganisation”

Le principe du contingentement ne date pas de cette année. Il a été instauré par un arrêté du 25 avril 2024, qui a notamment introduit dans le code de l’environnement le traitement des dossiers selon leur “ordre d’arrivée”.
 
C’est en 2026 que le dispositif est devenu autrement plus contraignant. La plateforme de candidature a ouvert le 26 juin. Le lendemain était publié le texte portant la durée des autorisations de un à trois ans, alors que certains avaient déjà déposé leur dossier. Puis, le 30 juin, ont été publiés les quotas applicables pour 2026 à 2028 : 46 dérogations à Moorea, 31 à Tahiti, sept à Rurutu et quatre à Bora Bora.
 
C’est ensuite l’ordre d’enregistrement des dossiers complets qui départage les professionnels certifiés. Une pièce manquante peut donc faire perdre plusieurs places. Tahiti by Boat, par exemple, contestait l’exigence d’une “convention d’affrètement” alors que son gérant avait conclu un contrat de location avec un loueur professionnel : son dossier, jugé incomplet, a été renvoyé “en bout de file”.
 
Un calendrier et une mécanique que Me Varrod a vivement dénoncés vendredi, rappelant que les entreprises doivent anticiper leurs réservations, leurs recrutements et leurs investissements bien avant l’ouverture de la saison. “Vous avez organisé le chaos, vous avez organisé la désorganisation”, a-t-il lancé en direction du Pays.

Rédigé par Stéphanie Delorme le Samedi 25 Juillet 2026 à 15:35 | Lu 978 fois