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​L’État dresse ses barrières maritimes contre la coke


Tahiti, le 18 février 2026 - Après la conférence de presse sur l’action de l’État en mer la semaine dernière, et avant celle sur le bilan de la délinquance en Polynésie française la semaine prochaine, les autorités de l’État ont tenu à faire le point sur le trafic de drogue en mer. Les chiffres sont inquiétants, non pour les Polynésiens qui ne sont pas destinataires de ces drogues, mais pour nos voisins du Pacifique. Déjà 11,5 tonnes de cocaïne saisies en mer depuis le début de l’année.

 
Conférence de presse musclée, ce mercredi, à la base navale de Papeete où le haut-commissaire, Alexandre Rochatte, le procureur général, Frédéric Benet-Chambellan, la procureure Solène Belaouar, le contre-amiral Guillaume Pinget, le général de gendarmerie Stéphane Brunet et le Directeur des douanes, Serge Puccetti, ont fait le point sur les récentes saisies de cocaïne au large des côtes polynésiennes et dans des conteneurs sous douane.
 
Aidées par des renseignements des services de pays étrangers, principalement l’Australie et les États-Unis, les forces armées de Polynésie française ont déjà intercepté 11,5 tonnes de cocaïne pure. Une quantité de poudre qui, une fois coupée, peut être 4 à 8 fois supérieure à celle retrouvée.
 
Cette action se déroule dans le cadre du plan de lutte contre les stupéfiants développé en Polynésie française qui cible localement le cannabis et l’ice, mais aussi la drogue en transit vers d’autres pays. “Une chaîne d’actions”, comme le déroule le contre-amiral Pinget, “qui allie volet diplomatique, services de renseignements et services judiciaires”. Une obligation désormais guidée par un constat : “La mer reste la voie privilégiée du trafic”, explique le contre-amiral.
 
Pour intervenir, des moyens conséquents sont déployés. Bateau de l’armée, hélicoptère, imagerie spatiale et bien sûr la présence des fusillés-marins. “Chaque année, les équipes suivent une formation Narcops”, poursuit le contre-amiral. “Cette année, trois opérations ont été menées dans le respect strict du droit français et du droit international”, rappelle-t-il, comme pour faire écho au comportement de cow-boy mené par les États-Unis qui pilonnent les bateaux suspects dans le Pacifique en dépit de toutes conventions internationales, punissant de mort les éventuels narco-trafiquants, avant jugement.

Des saisies, mais pas d’arrestations

Ces interpellations se déroulent toutes dans les eaux proches de notre ZEE. La drogue saisie dernièrement a systématiquement été retirée de ses emballages plastiques et jetée en mer “dans le respect de l’environnement”, tiennent à rassurer les autorités qui restent “discrètes sur les méthodes employées”.
 
Pour elles, pas de possibilité de finir avec des requins tueurs de série Z, shootés à la cocaïne, ou un sashimi de thon un peu poudreux. Tout est relâché en dehors des zones de pêche.
 
La méthode pour détruire les saisies a interpellé le public, de même que l’absence d’arrestations et de possibilité de traduire les trafiquants en justice. Le procureur général, Frédéric Benet-Chambellan, et la procureure Solène Belaouar s’en expliquent. Des procédures de dissociations ont été demandées afin que la marchandise interceptée soit détruite. Mais pour éviter que les prisons de Tahiti ne s’engorgent encore plus, les trafiquants ont été rendus à la mer où les autorités de leurs pays respectifs les attendent pour les présenter à la justice. “Nous avons des décisions à prendre”, explique le procureur général. “Avons-nous des chances de remonter la filière ? Avons-nous des gens connus de nos services ? Quelles sont les contraintes si on prend l’affaire, en termes de traduction linguistique, de capacité d’incarcération ?”
 
Aussi, les hommes sont bien souvent relâchés une fois la drogue saisie, et signalés aux autorités de leurs pays. Même chose pour le bateau qui est alors fiché. Parfois cet abandon de poursuite est demandé par le pays où est immatriculé le bateau, comme lors de la dernière saisie où la Tanzanie a refusé que les marins soient arrêtés. “C’est de la prérogative du pays où le bateau bat pavillon”, explique le haut-commissaire Rochatte. “Nous ne pouvons alors pas intervenir.”
 
Il y a deux jours, un autre bateau immatriculé en Tanzanie a été arrêté dans le Pacifique avec à son bord 6,6 tonnes de cocaïne par les autorités du Salvador. La plus grande saisie de drogue de l’histoire du pays. Cette cocaïne était, a priori, destinée aux États-Unis.

Rédigé par Bertrand PREVOST le Mercredi 18 Février 2026 à 17:04 | Lu 556 fois