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Vaimiti Vanel, force constante


Tahiti, le 24 novembre 2021 - Fondatrice de la Conserverie de Tahiti, Vaimiti Vanel, compte parmi les 24 finalistes du concours Innovation Outre-mer. Elle est à Paris pour défendre son projet qu'elle mène avec patience et sagesse depuis 2017. Les résultats du concours sont annoncés dans la matinée du 25 novembre (en France).

Le concours Innovation Outre-mer récompense, depuis 2015, les projets innovant des régions et territoires d’outre-mer. Vaimiti Vanel, cette année, a présenté son entreprise, la Conserverie de Tahiti. Comme elle, ils ont été 150 à présenter leur candidature. La Polynésienne compte parmi les 24 finalistes. Elle est actuellement à Paris pour défendre son projet, le nom des vainqueurs seront annoncés ce 25 novembre. "Toute cette aventure, c’est déjà beaucoup. Je gagne en visibilité, cela m’a obligé à reprendre mon projet en main, à restructurer mes idées, mais j’y suis pour gagner", avoue Vaimiti Vanel.

L’aventure Innovation Outre-mer a démarré en avril pour la Conserverie de Tahiti. Six mois plus tard, le 4 octobre, Vaimiti Vanel a appris qu’elle était finaliste. Elle a dû alors rassembler des fonds pour financer son déplacement en métropole, réaliser une vidéo de présentation de son entreprise avant le 31 octobre. "Cette vidéo a été diffusée comme celles de tous les autres finalistes à la Station F (un campus de startups, NDLR), à Paris", précise Vaimiti Vanel. Ce qui est une belle promotion pour l’entrepreneuse polynésienne qui assure vouloir, au-delà de son projet, vouloir soutenir le terroir polynésien. Il lui a aussi fallu s’entraîner à la prise de parole en public, préparer sa présentation orale, travailler la diction et la posture, choisir le bon vocabulaire. Un programme chargé mené à grande vitesse.

Sublimer les produits polynésiens

Depuis le lancement de son entreprise, Vaimiti Vanel vise à la fois le marché local et le l’international. Elle prend son temps, elle n’a pas encore démarré l’export. Elle a eu un premier contact avec Outre-Mer Network, à l'initiative du concours, il y a trois ans "mais je n’étais pas encore prête à participer". Elle souhaitait, avant, développer son activité. Pour cela, il lui fallait d’abord augmenter son volume de production. "J’avais besoin d’un terrain plus grand, toujours à Papara j’y tiens, pour construire un laboratoire plus grand." En effet, les nouvelles machines prennent de la place. Elle a finalement trouvé le terrain. Elle espère ouvrir son nouveau site de production ainsi qu’un nouvel espace conceptuel dédié au terroir, à l’alimentation et la culture avant la fin de l’année 2022.

À Paris, elle a défendu son projet dans le cadre du concours, mais aussi pris des rendez-vous professionnels pour présenter ses produits dans des épiceries fines et pour voir ce qui se faisait ailleurs en gastronomie. Elle a cherché de l’inspiration pour nourrir sa propre vision : "Mêler modernité et tradition, sublimer les produits polynésiens". Elle se rapproche doucement, mais surement, de son but.

Un heureux malentendu

Née à Papeete, Vaimiti Vanel a fait toute sa scolarité à Papara. Elle a obtenu un baccalauréat scientifique en 2006. Elle a intégré l’école d’ingénieur de Purpan à Toulouse sur un malentendu. "Je pensais faire des sciences vivantes… Quand on m’a demandé d’acheter des bottes et que j’ai eu mes premiers cours sur l’élevage et les vaches, je me suis interrogée." En fait, la filière s’intitulait Sciences du vivant, agriculture, agroalimentaire, marketing et management. Ce qui explique la situation. "Mais c’est vraiment sans regret !" Elle a apprécié l’enseignement, les matières, mais aussi l’école qu’elle avait choisie. Elle a trouvé dans cette école un côté humain qu’elle a apprécié. Elle a été diplômée en 2011.

Vaimiti Vanel a la fibre entrepreneuriale. À 16 ans déjà, elle créait une ligne de bijoux que sa mère vendait. Ses cours en marketing et management lui ont beaucoup apporté. Ils ont conforté son souhait de monter un jour sa propre entreprise.

Son projet a commencé à germer lorsqu’elle est entrée dans la vie professionnelle en France, dans le Gers plus précisément. "Un territoire magnifique, le pays du foie gras, des conserves." Dans cette région, elle était responsable du système d’information au sein de la coopérative agricole à l’Isle-Jourdain. Elle avait un poste de cadre, bien payé, avec des responsabilités et des perspectives d’évolution. Elle y est restée cinq ans. "Les deux dernières années, on m’appelait pour me débaucher." Elle avait un bel avenir professionnel.

Et puis elle a eu sa fille. Elle a voulu lui "offrir la chance de grandir en Polynésie". Et puis elle a pris du recul. Elle aspirait finalement à plus de sens au quotidien dans ses tâches. À son poste, elle servait plusieurs centaines d’agriculteurs, "mais je pouvais faire plus, je pouvais mettre mes compétences à quelque chose de plus grand". Vaimiti Vanel trouve que la vie l’a "gâtée". Aussi a-t-elle toujours eu "un esprit de contribution". Toutes ces raisons ont pesé dans la balance de sa décision. "Je suis rentrée."

Elle a pris un billet retour pour la Polynésie. Dans ses bagages se trouvait son projet de Conserverie de Tahiti. "En fait, quelques temps avant de rentrer j’ai reçu, en guise de cadeau, un coffret d’une marque française appelée La Belle-iloise. Cela m’a inspirée, je me suis dit qu’on avait nous aussi en Polynésie un terroir à valoriser", reconnaît-elle.

Retour à Tahiti

En 2016, dix ans après avoir obtenu son baccalauréat, elle a retrouvé son île. "Je suis arrivée avec mes machines, prête à me lancer." La Conserverie de Tahiti est née en 2017. Elle est implantée à Papara, car Vaimiti Vanel tient à dynamiser les districts. Elle a le souci du respect des ressources et des produits, mais aussi de ses salariés. "Je mets un point d’honneur à les former et j’ai pour objectif d’augmenter leur salaire de 50% dès que cela sera possible." La QSHE (qualité, hygiène, sécurité, environnement) et le bien-être de son personnel ne sont pas des vains mots pour l’entrepreneuse. Pour l’instant, elle est heureuse d’avoir traversé ses deux dernières années sans avoir à licencier. "Pour moi l’aventure entrepreneuriale est une aventure humaine."

La Conserverie de Tahiti se présente comme "une marque d’épicerie fine éco-responsable de Polynésie". Elle propose des rillettes dont une dernière-née au piment à base de thon Yellowfin pêché en Polynésie. Elle propose aussi du pesto (patate douce-basilic), du sweet relish, du ketchup à la papaye, des achards, du chutney ainsi que des douceurs sucrées. Toutes ses recettes sont originales, Vaimiti Vanel les compose avec le soutien de son équipe. Elle privilégie "l’ultra local", c’est-à-dire les fruits et légumes majoritairement cultivés à moins de 10 kilomètres de la conserverie. "Ce qui m’anime, c’est de montrer qu’une femme polynésienne peut réussir et aussi que l’on peut être respectueux des humains et de l’environnement." Tout cela est au cœur de son modèle économique et le restera.


Rédigé par Delphine Barrais le Mercredi 24 Novembre 2021 à 19:35 | Lu 2718 fois