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Uturoa, tous prêts pour le retour aux urnes


Tahiti, le 11 mars 2021 – Suite à la demande du rapporteur public du Conseil d'État d'annuler les élections municipales, la tavana sortant Sylviane Terooatea et celui qui l'avait battue de dix voix Matahi Brotherson se préparent à un retour aux urnes, tous les deux “confiants” dans le choix des électeurs de la commune de Ra'iatea.
 
Nous l'annoncions hier, le rapporteur public du Conseil d'État a demandé mercredi à Paris la confirmation de l'annulation des élections municipales de Uturoa prononcée par le tribunal administratif de Papeete en octobre dernier. La juridiction parisienne rendra sa décision la semaine prochaine, mais la commune Raromatai peut déjà s'attendre à retourner aux urnes.

C'est l'ancienne tavana Sylviane Terooatea qui avait demandé cette annulation et a finalement obtenu gain de cause. Lors du second tour des municipales en juin dernier, elle avait recueilli 1 371 suffrages alors que la liste menée par Matahi Brotherson avait récolté 1 381 voix, soit seulement dix de plus que la maire sortante.
Sylviane Terooatea avait lancé un recours pour annuler ces élections, arguant que des irrégularités au niveau des procurations avaient eu lieu. Contactée, l'intéressée se déclare “très contente” et ajoute qu'elle “reste confiante sur la décision du Conseil d'État mais aussi de la suite”.

Confiance affichée

L'actuel tavana de Uturoa, Matahi Brotherson, a appris la nouvelle très tôt mercredi matin. Il a commencé par mettre en cause la logique du Conseil d'État. Il considère que les juges n'ont pas la même lecture que lui et ses colistiers : "Ils ne comprennent certainement pas le français qu'on leur a appris car c'est vraiment un cas d'école” (sic). Le tavana sur la sellette explique que son équipe et lui ont apporté les preuves que les dix procurations mises en cause dans cette élection venaient de leur adversaire, l'ancienne tavana Sylviane Terooatea : “On a pu prouver que ce sont ses colistiers qui étaient attributaires de ces procurations, c'est pour cela que je ne comprends pas du tout”.
Mais qu'à cela ne tienne, ce dernier reste confiant, regrettant cependant que la population soit obligée, dans les mois à venir, de revenir aux urnes, tout en égratignant au passage son adversaire. “On est en démocratie. Je pense que peut-être elle ne veut pas quitter le pouvoir, elle s'accroche à son siège. Mais je plains la population car elle va devoir se déplacer pour aller affirmer son choix”.

Pourquoi s'inquiéter quand on l'a emporté la première fois avec une avance titanesque de dix voix ?
Les autres candidats aux municipales ont également répondu. Cette décision ne semble pas perturber outre mesure la tête de liste de “No te nunaa Uturoa” Marc Thuau, qui avait fusionné lors du second tour avec Matahi Brotherson : "Le rapporteur a rendu sa décision, que voulez vous que je vous dise (...). On verra bien comment cela va se passer”. Il ajoute que “retourner aux urnes, c'est un investissement financier (...). J'en ai fait les frais. Après (les élections, ndlr) je suis tombé malade (...). Je ne pense pas qu'on y retourne. Après cela reste à discuter avec mon groupe. Je n'ai pas projeté sur un retour aux urnes”.

Visiblement peu motivé par de nouvelles joutes électorales, Marc Thuau précise que, même si cette expérience a été “très belle”, il a décidé de s'occuper de sa famille. “Je continue à vivre tranquillement ma petite vie pépère et pour me faire changer d'avis, il faudra s'accrocher”. Un candidat de moins donc…

Quant à Johann Roopinia, tête de liste de “Te aho api no Uturoa” qui avait lui aussi rejoint Matahi Brotherson au second tour, il considère que “c'est prématuré de se prononcer sur le sujet (...). Maintenant, quelle que soit sa décision, on s'y pliera”. Sachant qu'il ne s'agit pas d'une option, on pouvait s'en douter.

Toujours tous contre une

L'ancienne et le nouveau tavana vont donc probablement s'opposer dans ce nouveau duel.
Le tavana Matahi Brotherson assure qu'il repart avec la même équipe que celle du second tour. Il balaye au passage la rumeur selon laquelle existe au sein de sa majorité des dissensions. “C'est elle qui fait courir ces bruits là (...). On s'entend et on travaille énormément d'où les résultats qu'on a en quelques mois (...). On discute et on travaille ensemble. Chacun a ses opinions mais on fait une synthèse de toutes ces opinions et on arrive à trouver un consensus et à avancer”.
Même son de cloche chez Johann Roopinia : "Tout va bien chez nous, mais effectivement la partie adverse n'arrête pas de semer la zizanie, alors qu'il n'y a rien du tout”. Il précise repartir avec Matahi Brotherson, “on continuera dans le même sens”.

Le Conseil d'État se prononcera la semaine prochaine, ce qui obligera très probablement les habitants de Uturoa à se déplacer aux urnes pour aller “affirmer” ou infirmer leur choix.

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Vendredi 12 Mars 2021 à 09:33 | Lu 1803 fois