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Une santé plus fragile qu’en Hexagone, et des écarts marqués avec les autres Outre-mer


Tahiti, le 2 février 2026 - Obésité massive, diabète endémique, accès aux soins inégal… Le Conseil économique social et environnemental tire la sonnette d’alarme et appelle à une refonte profonde des politiques de santé dans les territoires ultramarins.
 
Premier enseignement du rapport du Conseil économique, social et environnemental (Cese) : malgré une amélioration globale depuis 50 ans, l’état de santé reste plus dégradé dans une grande partie des territoires ultramarins qu’en France hexagonale.
 
En Polynésie française, l’espérance de vie atteint 74,7 ans pour les hommes et 79,1 ans pour les femmes, soit près de cinq ans de moins qu’en métropole (80 ans pour les hommes, 85,6 pour les femmes). La Polynésie fait partie, avec Mayotte, la Guyane, la Nouvelle-Calédonie et Wallis-et-Futuna, des territoires où l’espérance de vie demeure inférieure à la moyenne nationale, contrairement à la Martinique, la Guadeloupe ou La Réunion qui s’en rapprochent désormais. Ces écarts s’expliquent en grande partie par la prévalence des maladies chroniques. Sur ce point, la Polynésie se distingue particulièrement. Alors que 48,8 % de la population française est en surpoids ou obèse, ce taux dépasse 50 % dans l’ensemble des Outre-mer. Mais dans le Pacifique, les chiffres explosent : 48 % des adultes sont obèses en Polynésie française, contre environ 20 % en Guadeloupe, Martinique et Guyane, 16 % à La Réunion et 26 % à Mayotte. À Wallis-et-Futuna, plus de 70 % de la population adulte est même concernée par l’obésité. Un record national. Conséquence directe : la Polynésie affiche également l’un des taux de diabète les plus élevés des Outre-mer.  Le Cese indique que 15 à 20 % des adultes polynésiens sont diabétiques, souvent avec des complications sévères comme l’insuffisance rénale ou les amputations. Une situation bien plus marquée que dans l’Hexagone, et comparable aux territoires les plus touchés du Pacifique.
 
À cela s’ajoute la progression des usages de substances psychoactives dans plusieurs territoires ultramarins, identifiés par le Cese comme une nouvelle urgence de santé publique – un phénomène particulièrement préoccupant en Polynésie avec la diffusion de la méthamphétamine (l’ice), qui accentue la vulnérabilité sociale et la pression sur un système de soins déjà fragilisé.
 
À l’échelle nationale, le Cese rappelle que la mortalité reste plus élevée dans les territoires ultramarins qu’en France hexagonale à âge égal, notamment pour les maladies cardio-vasculaires et endocriniennes. En Polynésie française, le taux brut de mortalité s’établit à 3,65 ‰, inférieur à celui des Antilles mais révélateur d’un vieillissement rapide combiné à une forte prévalence de pathologies chroniques.
 
Des risques spécifiques en Outre-mer 
 
Autre différence majeure avec l’Hexagone : l’organisation même des soins. Là où la métropole repose sur un maillage dense de médecine de ville, de spécialités et d’hôpitaux, les territoires ultramarins cumulent éloignement géographique, pénurie de personnels et concentration des équipements. En Polynésie, l’essentiel du plateau technique lourd est regroupé à Tahiti, obligeant les habitants des archipels à recourir fréquemment aux évacuations sanitaires. Le Cese souligne que cette dépendance structurelle, commune à plusieurs outremers mais exacerbée par l’insularité polynésienne, crée des pertes de chance pour les patients et alourdit considérablement le coût des parcours de soins. 
 
Enfin, le rapport rappelle que certains facteurs de risque sont spécifiques à plusieurs territoires : exposition au chlordécone aux Antilles, forte prévalence du tabagisme en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie, ou encore héritage des essais nucléaires dans le Pacifique. Autant d’éléments qui contribuent à expliquer pourquoi, dans les outremers, les chances de survie à certains cancers restent inférieures à celles constatées en France hexagonale. 


Ce que préconise le Cese
 
Face à ce tableau préoccupant, le Conseil économique, social et environnemental avance une série de mesures structurantes.
Parmi les plus importantes :
  • Repenser totalement les évacuations sanitaires avec un cadre harmonisé et un budget revalorisé, afin de garantir une égalité réelle d’accès aux soins, quel que soit le territoire.
  • Rétablir l’égalité financière avec l’Hexagone : le Cese demande une expertise de la Cour des comptes sur le financement des soins et les surcoûts ultramarins, aujourd’hui insuffisamment compensés.
  • Sécuriser l’approvisionnement en médicaments en classant le fret pharmaceutique comme transport d’intérêt vital et en supprimant les taxes locales sur les produits de santé.
  • Mesurer enfin le reste à charge réel pour les patients, y compris les frais de transport et d’hébergement, souvent lourds pour les familles polynésiennes.
  • Reconnaître la médecine traditionnelle à travers un cadre juridique, pour mieux articuler savoirs locaux et médecine conventionnelle, tout en sécurisant les pratiques. 
Le Cese appelle également à investir massivement dans la prévention (nutrition, addictions, activité physique), à renforcer la formation locale des soignants, et à développer la télémédecine.
 
Une question d’égalité républicaine
 
Au-delà des chiffres, le message est politique : la santé en Outre-mer reste un angle mort des politiques nationales. Sans stratégie spécifique et moyens adaptés, les écarts avec la métropole continueront de se creuser. Pour la Polynésie française, confrontée à une explosion des maladies chroniques et à une pression croissante sur son système de soins, l’enjeu est clair : passer d’une médecine essentiellement curative à une véritable culture de la prévention. Faute de quoi, préviennent les rapporteurs, le coût humain et financier ne pourra qu’augmenter.


Rédigé par Darianna Myszka le Lundi 2 Février 2026 à 18:00 | Lu 597 fois