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Une “feuille de route” pour les 75% d'énergie renouvelable en 2030


Une “feuille de route” pour les 75% d'énergie renouvelable en 2030
Tahiti, le 15 décembre 2022 - Dans le cadre du plan de “transition énergétique 2015-2030”, l’UPF hébergeait les Ateliers DEFIER du 12 au 14 décembre. Des chercheurs se sont réunis pour réfléchir à des projets visant à-ce que, avant 2030, 75 % de l’électricité produite en Polynésie provienne d’énergies renouvelables. Leur “feuille de route” a été présentée mercredi.

Un groupe de chercheurs s’est réuni pour les Ateliers DEFIER du 12 au 14 décembre à l’Université pour réfléchir à des solutions permettant de respecter les objectifs fixés par le Plan de transition énergétique 2015-2030. Après plusieurs mois de travaux coordonnés à distance, quatre groupes ont ainsi développé chacun une thématique spécifique : le “Stockage et production”, l’utilisation d’“Énergie marine”, de “Biomasse” et enfin la gestion et “structuration du réseau électrique” polynésien.

Mercredi 14 en fin d’après-midi, l’heure était à l’exposé de leur “feuille de route”. Le document résume l’essentiel des recherches faites par le groupe au cours des derniers mois. “Ces trois derniers jours, nos travaux se sont intensifiés, mais ça fait un an qu’on travaille”, explique Franck Lucas, enseignant-chercheur à l’UPF. L’ambitieux objectif final est de permettre à la Polynésie française de parvenir à se fournir à 75 % en énergie d’origine renouvelable à l’horizon 2030.

Hydrogène, biomasse, solaire, etc.

Les projets étudiés exposés utiliser les ressources présentent sur place. L’Atelier 1 a ainsi suggéré mercredi la mise en place d’un système de production d’énergie à partir d’hydrogène. L’avantage est que le système pourrait s’alimenter grâce au dessalement de l’eau, et avec de l’énergie solaire. Toujours en utilisant les ressources disponibles sur le territoire, l’Atelier 2 a proposé d’utiliser les énergies mécaniques enclenchées par les courants ou par la houle. Il serait ainsi possible de faire fonctionner des hydroliennes, grâce au courant des passes. Dans le même genre, un TWEC, pour Tahiti Wave Energy Challenge, produirait de l’énergie en utilisant la force des vagues. Les énergies thermiques n’ont pas pour autant été laissées à la marge. L’équipe aspire à développer les système Swac, un système permettant d’utiliser l’eau froide des grands fonds marins comme source comme source pour climatiser les habitations. Une technologie déjà installée au centre hospitalier, à l’hôtel The Brando et à l’Intercontinental de Bora Bora. Installer un système ETM, pour tirer profit de l’énergie thermique des mers, pourrait aussi permettre de produire de l’électricité en utilisant la différence de température des eaux du Pacifique.

La troisième équipe de chercheurs a proposé de démocratiser l’exploitation de biomasse pour produire de l’énergie. Notamment grâce à trois ressources principales : la matière sèche végétale ; les algues ; et les déchets. Une centrale biomasse produit de l'électricité grâce à la vapeur d'eau dégagée par la combustion de la matière. Cette vapeur est utilisée pour faire tourner une turbine reliée à un alternateur.


Le groupe de chercheurs a souligné qu’il était nécessaire de conformer le réseau électrique local pour lui permettre de supporter la variation des flux énergétiques. “Un panneau solaire, en fonction de son exposition, ne va pas produire de la même intensité électrique en continu. Il est donc important d’adapter le réseau électrique”, prend comme exemple Jérôme Buire, chercheur représentant de l’Atelier 4. Selon son équipe, il est aussi essentiel d’appréhender “l’arrivée des véhicules électriques, qui vont solliciter fortement le réseau” et de répondre aux “besoins énergétiques en prenant en compte les risque de congestions”.
 

Groupe d’intérêt scientifique

Les grandes directives étant établies sur la feuille de route, il faut maintenant appréhender la suite. “Un grand nombre de projets commencent à émerger. Pour les réaliser on va avoir besoin de partenaires. Il faut structurer nos projets, en collaborant avec des laboratoires locaux, et métropolitains”, clame le professeur Franck Lucas. Les chercheurs des Ateliers DEFIER entendent créer le GIS, ou “Groupement d’intérêt scientifique”. Différents laboratoires, métropolitains comme locaux, entreprises et associations, sont conviés à s’impliquer au sein de ce consortium.

Le CNRS, LRCS (université de recherche situé en Picardie), l’université Dauphine Paris, font partie des campus métropolitaines ciblées par les chercheurs. La participation du laboratoire polynésien GePaSud, et de l’université de la Polynésie française est “essentielle” insiste Franck Lucas.
“Nous solliciterons l’engagement des entreprises locales pour qu'elles puissent bénéficier du transfert de technologies qui va être élaboré par les laboratoires dans le cadre du projet GIS”, poursuit le professeur.

Et questions finances, ils ont la solution : “En créant des consortiums de recherche public/privé, on peut aller toquer à la porte de plusieurs guichets. L’alimentation principale va se faire par les laboratoires concernés et par les partenaires extérieurs. On compte aussi beaucoup sur l’aide du Pays”, expose Franck Lucas. “Il faut voir comment ça évolue, mais on peut se dire que d’ici 2030, 80 à 90 % de l’énergie sera produite de manière responsable”, rigole le chercheur en rappelant que si l’objectif des 75 % est atteint, “on aura déjà accompli notre mission”.

La réaction mitigée du ministre de la Recherche

“Il faut au moins qu’on ait atteint les 75 % en 2040. Il ne faut pas aller chercher des solutions qui vont être mises en œuvre dans 20 ans. Je veux être pragmatique. Je suis maire, et président d’une communauté de communes”, a réagi le maire de Teva I Uta et ministre en charge de la Recherche. Tearii Alpha semble aussi sceptique quant à l’ambition de former un Groupement d’intérêt scientifique par les chercheurs.

“Tout ce que vous avez dit, la biomasse, le bois, les algues, les déchets domestiques… Il y a des porteurs de projet privés qui veulent déjà se lancer là-dedans. Ils ne nous ont pas attendu, ce n'est pas le GIS qui va venir organiser ça. Par contre, si le groupement s’organise rapidement, il faudra faire des sélections de dossiers, pour éviter de se lancer dans des solutions qui n’ont pas été efficaces”, a relativisé le ministre. 

Concerter les concessions

“Il y a un peu plus de 35 concessions en Polynésie. Ce qui signifie qu’il y a 35 chefs de projet par rapport à ses réseaux indépendants. Ce n'est pas le Pays qui va aller convaincre les communes des îles pour le choix des solutions. Il faut faire un travail de concertation auprès des élus, des propriétaires de concession et auprès des opérateurs”, a aussi estimé Tearii Alpha en se tournant vers Pascal Ortega. Récemment, quatre communes des îles Sous-le-vent se sont associées pour créer une société publique locale pour gérer la concession pour la production d’électricité à la suite d’EDT. 

D’après le maire de Teva I Uta, pour pousser la transition énergétique des communes, il faut arriver à proposer des tarifs intéressants. Sans compter que pour le ministre, “si tout ce qu’on fait ne vient pas baisser ou ne vient pas maintenir le prix de l’électricité dans les différentes concessions de la Polynésie, il n’y a pas d’enjeu. Je dis peut-être une connerie, mais quand le prix du pétrole va baisser, tout ce qu’on dit là va tomber un peu aux oubliettes”.

Rédigé par Guillaume Marchal le Jeudi 15 Décembre 2022 à 19:48 | Lu 1758 fois