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Un “dépannage” qui cachait un trafic de drogue à Tahiti


Dans les téléphones des prévenus, analysés par les enquêteurs, les stupéfiants deviennent des “salades” ou des “concombres”.
Dans les téléphones des prévenus, analysés par les enquêteurs, les stupéfiants deviennent des “salades” ou des “concombres”.
Tahiti, le 6 octobre 2025 - Trois hommes étaient présentés ce lundi en comparution immédiate devant le tribunal de première instance de Papeete pour trafic de stupéfiants. Pas un “gros réseau”, mais un trafic bien réel, où l’ice et le paka circulaient sous couvert de “dépannage”.
 
Le silence se fait dans la salle d’audience du tribunal de première instance ce lundi. Trois hommes se présentent tour à tour devant la présidente Florence Tessier. G., 34 ans, M., 44 ans, et H., 34 ans, sont jugés pour transport, détention, offre, cession, acquisition et usage illicites de stupéfiants – du paka et de l’ice – commis entre novembre 2024 et octobre 2025 à Taiarapu-Est.
 
L’affaire, d’apparence modeste, dévoile un petit réseau solidement tissé. Des “copains” qui s’échangent, vendent, consomment. Et des mots codés. Car dans leurs téléphones, soigneusement analysés par les enquêteurs, les stupéfiants, pourtant mortels, deviennent “des salades” ou “des concombres”. Une enquête numérique minutieuse que la présidente salue : “Un travail incroyable d’analyse”.
 
G., “le cultivateur du besoin”
 
Chez G., consommateur occasionnel qui se dit “clean” depuis quelques mois, les gendarmes découvrent 17 plants de cannabis, 49 sticks de paka et un bubble pour la consommation d’ice. L’homme, en contrat d’intérim, explique avoir cultivé pour “aider sa famille”. “Ça rapporte”, dit-il. En revanche, il assure avoir arrêté la vente de l’ice et du cannabis lorsqu’il a compris que “les choses devenaient sérieuses”. Mais pour la présidente Tessier, cette justification ne tient pas : “Vous parlez d’un business d’une petite échelle alors que vous avez 17 plants…” “Il n’a pas d’antécédents mais il a essayé de minimiser sa participation dans le dossier”, souligne la procureure Marion Vinault. L’avocate du prévenu, Me Viviane Genot, plaide l’insertion : G. travaille, a une compagne et un projet d’enfant. 
 
M. ne nie pas avoir revendu. Il parle de “dépannage”. Lors du procès, on raconte son parcours : maçon, père de six enfants, ancien obèse passé de 208 à 73 kilos après une opération. “J’ai consommé de l’ice pour rester en forme”, explique-t-il. Chez lui, les gendarmes ont retrouvé de l’argent et 0,36 gramme de paka et sept sachets vides. “De quoi conditionner sept sachets de 0,05 g pour la revente”, calcule la procureure. La présidente, agacée, insiste : “Vous parlez de dépannage ? Il faut appeler un chat un chat. Ce n’est pas ‘je dépanne’, c’est ‘je trafique’ !” L’avocate, elle, évoque un père de famille courageux et honnête au point d’avoir réduit son allocation Cotorep lorsqu’il a repris la pêche. 
 
“En Polynésie, on s’aide” 
 
Dernier à la barre, H., déjà condamné à plusieurs reprises, est consommateur régulier du paka et de l’ice, “très installé dans le trafic” selon la procureure. C’est pour lui que G. et M. ont revendu de la drogue à plusieurs reprises. 
 
Une revente qu’ils présentent souvent comme une forme d’“entraide”. Mais pour la procureure Marion Vinault, l’argument ne passe pas : “En Polynésie, on dit qu’on s’aide. Mais ce n’est pas de l’aide, c’est de l’offre”. Elle requiert jusqu’à 36 mois d’emprisonnement dont 12 avec sursis, assortis d’obligations de soins et d’interdiction de contact.
 
Tout au long de l’audience, les trois hommes tentent de minimiser leurs actes. Mais les messages retrouvés par les gendarmes ne laissent que peu de doute. 
 
Au moment du délibéré, la présidente prononce donc des peines distinctes mais assorties des mêmes obligations : soins, travail, interdiction de contact entre eux et obligation de s’acquitter des sommes dues au Trésor public. G. écope de 18 mois de prison dont 12 assortis d’un sursis probatoire de deux ans. M. est condamné à 30 mois dont 12 mois avec sursis probatoire pendant deux ans, et voit en outre son précédent sursis d’un an révoqué. H., le plus lourdement sanctionné, reçoit quatre ans de prison dont un avec sursis probatoire pendant deux ans. Les trois hommes sont maintenus en détention à l’issue de l’audience.

Rédigé par Darianna Myszka le Mardi 7 Octobre 2025 à 08:18 | Lu 2070 fois