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Un chant de Tiga sur un album de Moby : une « aventure » qui pose des questions



Benjamin, guide de randonnée, en 2015, dans la grotte Malou, à Tiga. « C’est un endroit que les vieux ont fréquenté pour trouver des chants et des danses. Les créations sont ensuite perpétuées auprès des jeunes. » C’est un chant ainsi ramené qu’a utilisé Moby dans l’album Play. Photo Fabien Dubedout (photo NC)
Benjamin, guide de randonnée, en 2015, dans la grotte Malou, à Tiga. « C’est un endroit que les vieux ont fréquenté pour trouver des chants et des danses. Les créations sont ensuite perpétuées auprès des jeunes. » C’est un chant ainsi ramené qu’a utilisé Moby dans l’album Play. Photo Fabien Dubedout (photo NC)
NOUMEA, le 21 juin 2018 (LNC) - Vendredi soir, spécialistes et curieux ont rendez-vous au centre Tjibaou pour évoquer la protection du patrimoine immatériel. Le point de départ : l’étrange présence d’un chant de Tiga sur l’album Play, de Moby.

En 1999 Moby sort son album Play, succès critique et commercial, dans lequel le musicien électro a samplé de nombreuses musiques afro-américaines. Il se conclut sur My Weakness,un titre atmosphérique, mystique dans lequel un chant a capella tourne en boucle. « J’aime la musique aussi déroutante que belle », expliquera Moby à propos de ce morceau, dans un article du magazine américain Rolling Stone paru à l’occasion des 10 ans de Play. Peu après, le titre est utilisé pour le générique de L’Enfer du dimanche, film à succès d’Oliver Stone.
C’est à ce moment-là que des Calédoniens entendent le titre et ne tardent pas à reconnaître Nyine u a tero. Nyine u a tero, c’est beaucoup plus qu’une chanson pour les gens de Tiga. Dans le fameux mythe de cette île musicale, deux jeunes guerriers envoyés explorer les grottes à la recherche d’eau tombent sous le charme de la musique, jouée par des lutins. « C’est par ce morceau-là que les deux personnages ont été enchantés, envoûtés et ont choisi de ramener le chant plutôt que l’eau », décrit Kemejie Passa, président de l’association Ininata son’ore ededo . Deux sentiments dominent chez les gens de Tokanod, l’autre nom de l’île. D’abord, «pas la colère, mais l’étonnement et des questions, pourquoi notre chant, comment ? » Mais aussi « nous étions fiers, contents quelque part, parce que c’est notre histoire qui est allée là, c’est une partie de l’âme de Toka qui y est. »


Enregistrements d'éthno musicologues

Ce n’est qu’en février 2017 que l’association culturelle décide d’entamer des démarches, en prévision de son 10e anniversaire. Pourquoi pas tenter d’entrer en contact avec Moby et même de l’inviter, « aller à sa rencontre et lui dire qui on est, que nous sommes les détenteurs de cette histoire». Ininata son’oree dedo commence par se tourner avec la Sacenc, en apprend davantage sur Moby et découvre que plusieurs films et documentaires réutilisaient le chant approprié par Moby. Parallèlement, l’association tâche de découvrir où Moby a pu se procurer le chant. Lui-même ne semble pas s’en souvenir. Toujours dans Rolling Stone, il décrit l’extrait comme celui d’un choeur africain, ajoutant « je l’ai samplé il y a douze ans, je ne sais plus d’où ça vient ».

Après avoir mené l’enquête, en recensant les moments où le morceau avait été chanté, les membres de l’association sont formels : l’enregistrement a été fait au moment de l’inauguration du temple de Tiga, en 1986. « Nous avons une vidéo, on a comparé et il n’y a aucun doute » , pose Kemejie Passa. Mieux, sur la vidéo apparaissent deux personnes en train d’enregistrer. Et l’on sait qu’en 1986, période où le kaneka était en gestation, des ethno musicologues étaient présents sur le Caillou pour contribuer à définir la musique du pays.

Au fil de leur chemin, les gens de Tiga découvrent un projet de loi du pays de 2010, jamais finalisé, qui inventait le concept de droits intellectuels autochtones, taillé sur mesure pour défendre et valoriser les savoirs coutumiers.Une découverte qui fait évoluer la démarche : l’association renonce pour l’instant à contacter Moby et préfère organiser une conférence sur le patrimoine immatériel, la propriété intellectuelle. «Nous avons voulu mener une démarche, un combat pays pour discuter de ces questions fondamentales. Nous sommes allés à la rencontre des gens qui peuvent nous apporter des réponses. (…) Notre objectif est vraiment de re-présenter ce projet de loi pour pouvoir protéger notre patrimoine», conclut Kemejie Passa. Rassemblant plusieurs experts de la question, la conférence, qui ouvre le week-end culturel de Tiga au centre culturel Tjibaou, promet d’être passionnante.

Julia Trinson - Les Nouvelles Calédoniennes

Rédigé par Julia Trinson le Jeudi 21 Juin 2018 à 08:18 | Lu 1945 fois




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