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Tuerie de Christchurch: la tentation sécuritaire inquiète en Nouvelle-Zélande



Wellington, Nouvelle-Zélande | AFP | vendredi 12/03/2020 - Patrouilles de police armées, surveillance renforcée... Le niveau de sécurité est monté d'un cran depuis le carnage dans les mosquées de Christchurch il y a un an, mais certains s'inquiètent d'une tentation sécuritaire qui ferait perdre son âme à la paisible Nouvelle-Zélande.

L'archipel du Pacifique Sud s'était toujours enorgueilli de sa remarquable douceur de vivre, due notamment à une très faible criminalité. A titre d'exemple, le taux d'homicide par arme à feu en 2016 y était 20 fois inférieur à celui des Etats-Unis.
D'où le choc, le 15 mars 2019, quand 51 fidèles musulmans furent froidement abattus en pleine prière du vendredi dans deux mosquées de Christchurch par un suprémaciste blanc australien qui avait totalement échappé aux radars du renseignement intérieur néo-zélandais.
Une enquête a été lancée sur les éventuels manquements des services de police, pour vérifier notamment si la crainte d'attentats jihadistes ne les aurait pas conduit à négliger la surveillance de la mouvance d'extrême-droite.
En attendant ses conclusions, les services de sécurité se sont promis de tout faire pour éviter un nouvel attentat islamophobe.
La cheffe du renseignement néo-zélandais (NZSIS), Rebecca Kitteridge, a demandé des pouvoirs de surveillance accurs et, pour la première fois, la police a testé le déploiement de patrouilles.
 

- "Source d'inspiration" -

 
Mme Kitteridge a affirmé que l'alerte antiterroriste demeurait au niveau "moyen", un an après le carnage de Christchurch, ce qui signifie qu'un attentat "pourrait se produire". Avant la tuerie des mosquées, l'alerte était au plus bas.
"L'attaque a en pu encourager certains, être une source d'inspiration", a-t-elle averti en février devant une commission d'enquête parlementaire.
Après le 15 mars, ses services ont creusé plus de 450 signalements suspects dont beaucoup impliquaient des personnes aux "idées racistes, nazies, identitaires ou suprémacistes".
Le nombre d'enquêtes en cours concerne entre 30 et 50 personnes, selon Mme Kitteridge, et certaines d'entre elles n'auraient jamais été visées par des investigations avant Christchurch.
"Leur existence est surtout sur internet et ces personnes utilisent souvent des espaces de discussion cryptés, ce qui fait que c'est très, très compliqué pour les agences de renseignement", a-t-elle dit, réclamant un débat sur ces espaces cryptés.
Début mars, un homme de 19 ans a été arrêté dans une enquête sur des menaces postées sur Telegram contre une des deux mosquées attaquées à Christchurch.
 

- "Ce que le terroriste voulait" -

 
En un an, deux importantes mesures de sécurité publique ont été prises: un vaste programme de contrôle et rachat des armes en circulation, ainsi qu'une expérimentation de patrouilles armées dans trois régions.
Les policiers en patrouille ne portent pas d'arme en Nouvelle-Zélande. Il existe toutefois des unités spécialisées, les Armed Offender Squads (AOS), mobilisables si nécessaire.
L'éventuelle systématisation du port d'arme est loin de faire l'unanimité.
John Buttle, criminologue à l'Université de technologie d'Auckland, y voit une réponse impulsive qui ne réduira pas le risque d'attentat.
Il rappelle que la dernière tuerie de masse en Nouvelle-Zélande remonte à 1990 et que l'archipel n'avait, avant Christchurch, plus connu d'attentat depuis le sabotage du Rainbow Warrior de Greenpeace par les services français en 1985.
"Face à quelque chose qui se produit si rarement, doit-on bouleverser notre politique, s'armer et se militariser?", s'interroge-t-il.
Armer les policiers a aussi une implication sur les Maoris et les communautés du Pacifique, les deux populations les plus confrontées en temps normal aux forces de l'ordre, relève M. Buttle.
L'ex-policier Chester Borrows, qui préside un conseil gouvernemental planchant sur la réforme de la justice, s'inquiète aussi de l'impact sur les minorités.
"Déployer des véhicules de forces d'intervention armées jusqu'aux dents comme si elles voulaient en découdre n'est pas la meilleure façon de nouer le dialogue avec ces communautés", a-t-il récemment dit sur Radio New Zealand.
Pour M. Buttle, armer la police est une ligne rouge à ne pas franchir et la réponse à la tuerie des mosquées doit être mûrement réfléchie.
"Cela commence à empiéter sur nos libertés", accuse-t-il. "Or ce n'est pas en changeant notre mode de vie qu'on doit répondre à cela."
"On est en train de faire ce que le terroriste voulait. Ne me dites pas qu'il n'est pas en train de sourire en voyant cela."

le Vendredi 13 Mars 2020 à 05:05 | Lu 843 fois





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