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Trump menace de déployer l'armée si les violences continuent



Washington, Etats-Unis | AFP | mardi 02/06/2020 - Le président Donald Trump a promis lundi de restaurer l'ordre dans une Amérique en proie à un déferlement de colère historique, menaçant de déployer l'armée si les villes et les Etats ne faisaient cesser les violences.

Une semaine après l'homicide à Minneapolis de George Floyd, un homme noir de 46 ans asphyxié par un policier blanc, New York, Los Angeles et des dizaines d'autres villes américaines ont renforcé leurs mesures sécuritaires, décrétant ou rallongeant un couvre-feu nocturne.

Face aux troubles se surajoutant à la pandémie de coronavirus, Donald Trump a annoncé d'un ton martial le déploiement de "milliers de soldats lourdement armés" et policiers à Washington pour mettre un terme "aux émeutes" et "aux pillages".

Il a jugé que les troubles de la veille dans la capitale fédérale étaient "une honte". 

Appelant les gouverneur à agir vite et fort pour "dominer les rues" et briser la spirale des violences, il leur a lancé une mise en garde.

"Si une ville ou un Etat refuse de prendre les décisions nécessaires pour défendre la vie et les biens de ses résidents, je déploierai l'armée américaine pour régler rapidement le problème à leur place", a-t-il lancé, dénonçant des actes de "terrorisme intérieur". 

Tandis qu'il s'exprimait dans les jardins de la Maison Blanche aux airs de camp retranché, la police a effectué des tirs de gaz lacrymogène pour disperser des manifestants rassemblés à l'extérieur de l'enceinte.

L'objectif était de libérer le champ vers l'église Saint John, bâtiment emblématique tout proche qui a été dégradé dimanche soir. Le président s'y est rendu à pied, entouré de membres de son cabinet, pour s'y faire photographier, une Bible en main.

Par dizaines voire centaines de milliers, des Américains ont manifesté samedi et dimanche contre les brutalités policières, le racisme et les inégalités sociales, exacerbées par la crise du Covid-19.

- Deux autopsies -
La première ville du pays, New York, a annoncé doubler la présence de ses forces de police et instaurer un couvre-feu de 23H00 lundi à 05H00 mardi.

De Boston à Los Angeles, de Philadelphie à Seattle, le mouvement de protestation s'est exprimé de façon majoritairement pacifique le jour, mais a aussi donné lieu à des embrasements nocturnes et des destructions à grande échelle.

A l'origine de la colère figure le calvaire subi par George Floyd, qui lors de son interpellation a suffoqué, menotté et gisant par terre, sous le genou d'un policier, dont les collègues sont demeurés passifs.

M. Floyd est mort asphyxié en raison d'une "pression forte et prolongée" exercée sur son cou et sa cage thoracique, a affirmé lundi Ben Crump, l'avocat de la famille de la victime, en révélant les résultats d'une autopsie indépendante. 

L'autopsie officielle, rendue publique dans la foulée, a également conclu à une pression létale au niveau du cou de l'Afro-Américain, ayant causé l'arrêt de son coeur.

"I can't breathe"

Ni le renvoi de l'agent coupable de la bavure, Derek Chauvin, ni son arrestation postérieure n'ont calmé les esprits, bien au contraire: les protestations se sont propagées dans au moins 140 villes américaines.

Face aux affrontements mêlant manifestants, casseurs et forces antiémeute, les soldats de la Garde nationale ont été déployés dans plus de deux douzaines de métropoles, dans un climat de tension inédit depuis les années 1960.

Une réponse sécuritaire d'ampleur qui s'est accompagnée d'un recours à des véhicules blindés de transport de troupes, à l'utilisation de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc.

Chicago, Denver, Los Angeles, Salt Lake City, Cleveland, Dallas, Indianapolis: une à une les métropoles américaines ont décidé d'imposer un couvre-feu à leurs habitants. A Washington, l'heure de celui-ci a été avancée lundi à 19H00. A Los Angeles, à 18h00.

Le président Trump, confronté aux désordres civils les plus graves de son mandat, a accusé son rival démocrate à la présidentielle de novembre, Joe Biden, d'oeuvrer à la sortie de prison des fauteurs de troubles. Les forces de l'ordre ont procédé à des milliers d'interpellations. 

M. Biden, le visage couvert d'un masque, s'est lui rendu lundi dans l'église d'une paroisse noire de son Etat du Delaware pour y rencontrer des responsables locaux. 

L'ancien vice-président de Barack Obama compte sur cet électorat pour remporter la Maison Blanche. Une réserve d'électeurs qui a appris à scander "Black Lives Matter" ("La vie des Noirs compte") et "I can't breathe" ("Je ne peux pas respirer"), les derniers mots de M. Floyd.

Balles en caoutchouc

L'agent Derek Chauvin, qui a été inculpé d'homicide involontaire, doit comparaître le 8 juin devant un tribunal.

Pas de quoi espérer donc une baisse immédiate de la tension ambiante, d'autant que cette même semaine prochaine seront célébrées les obsèques de George Floyd, au Texas.

"Nous avons des enfants noirs, des frères noirs, des amis noirs, nous ne voulons pas qu'ils meurent. Nous sommes fatigués que ça se répète, cette génération ne se laissera pas faire. Nous en avons assez de l'oppression", a expliqué à l'AFP Muna Abdi, une manifestante noire de 31 ans à Saint-Paul, capitale du Minnesota.

L'émotion a dépassé les frontières des Etats-Unis.

Des manifestations contre les brutalités policières et le racisme aux Etats-Unis ont aussi eu lieu durant le week-end en Grande-Bretagne, en Allemagne ou au Canada et lundi en Nouvelle-Zélande. Lundi toujours, des milliers de personnes se sont rassemblées à Dublin et Amsterdam.

Les rivaux des Etats-Unis dans le monde, Chine et Iran en tête, n'ont eux pas laissé passer l'occasion de critiquer Washington. Pékin a notamment dénoncé la "maladie chronique" du racisme aux Etats-Unis.

Rédigé par RB le Lundi 1 Juin 2020 à 15:47 | Lu 304 fois





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