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Trump contre Powell: le bras de fer qui relance le débat sur l'autonomie des banques centrales


Crédit ANDREW CABALLERO-REYNOLDS, Jim WATSON / AFP
Crédit ANDREW CABALLERO-REYNOLDS, Jim WATSON / AFP
Francfort, Allemagne | AFP | mardi 13/01/2026 - L'enquête pénale américaine contre le président de la Fed, Jerome Powell, relance le débat sur l'indépendance des banques centrales. Est-il visé pour ne pas avoir suivi les souhaits du président Trump, qui veut une politique monétaire plus souple ? 

Mardi, plusieurs grandes banques centrales, dont la BCE, ont publiquement soutenu M.Powell dans un communiqué commun — un geste inédit qui souligne l'importance du sujet.

- Pourquoi une banque centrale doit être indépendante ? -
Une banque centrale doit, selon la doctrine économique, rester indépendante des pressions politiques pour prendre les décisions qui lui permettront de maintenir l'inflation, sur la durée, à un niveau jugé modéré, par exemple autour de 2%, permettant d'assurer la perspective d'une relative "stabilité des prix". 

Christine Lagarde, présidente de la BCE, rappelle régulièrement que cette stabilité protège le pouvoir d'achat des citoyens et la confiance dans la monnaie unique, alors qu'une inflation élevée risque de rogner le pouvoir d'achat, de rendre les prix imprévisibles et ainsi de fragiliser la confiance dans l'économie.

Cette confiance est indispensable pour que les ménages dépensent, que les entreprises investissent et que l'économie fonctionne correctement.

Les responsables politiques ont, eux, souvent des échéances de court terme: dans la perspective des élections, ils peuvent souhaiter que la banque centrale baisse les taux pour relancer rapidement la croissance et l'emploi. 

Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump n'a eu de cesse de reprocher à M.Powell d'avoir trop tardé à réduire le loyer de l'argent, au mépris de l'indépendance de la Fed gravée dans ses statuts. 

Mme Lagarde avertissait l'été dernier qu'une prise de contrôle de la politique monétaire américaine par Trump serait "un danger très sérieux" pour l'économie mondiale.

- L'indépendance, garant de la stabilité des prix ? -
L'idée dominante est qu'une banque centrale libre de toute pression politique contrôle mieux l'inflation. 

Mais, comme le souligne Jennifer McKeown, économiste chez Capital Economics, "les preuves sont moins claires" lorsqu'on regarde l'histoire économique récente.

L'indépendance seule n'explique pas, selon elle, la baisse de l'inflation depuis les années 1990, qui tient aussi à la mondialisation, aux progrès technologiques et à l'absence de chocs économiques majeurs.

Le rôle d'une banque centrale serait surtout celui de garde-fou, prêt à prendre des décisions parfois impopulaires, comme le fait de maintenir des taux élevés, pour éviter des problèmes plus tard.

- Éviter l'exemple turc -
Même si l'indépendance n'a probablement joué qu'un rôle mineur dans la baisse de l'inflation, "tout recul de l'autonomie de la politique monétaire enverrait un signal inquiétant", avertit Jennifer McKeown.

L'expérience turque illustre ce risque : les interventions politiques répétées ont fait perdre toute crédibilité à la banque centrale d'Ankara, entraînant une inflation supérieure à 80 % en 2022 et une forte dépréciation de la livre, avec une inflation toujours au-dessus de 30% aujourd'hui.

- 2026, année test ? -
L'année en cours sera un "test de résistance" pour l'indépendance de la Fed et pour la stabilité du système financier mondial, selon Stephan Bales, économiste à la banque publique allemande KfW.

Les banques centrales doivent déjà jongler entre maintenir des taux suffisamment élevés pour contrôler l'inflation et éviter une crise de la dette publique. 

Le niveau élevé de la dette en zone euro, notamment en France, pourrait "accroître la pression sur la BCE pour orienter sa politique au service du financement des États", avertit Carsten Brzeski, économiste chez ING.

Or, "sans leur indépendance, les banques centrales pourraient glisser vers un financement monétaire à grande échelle, avec des conséquences inflationnistes beaucoup plus dramatiques", conclut Jennifer McKeown.

le Mardi 13 Janvier 2026 à 05:46 | Lu 87 fois